Films Comiques Français à Regarder

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Aller au-delà de la façade de la comédie française est un acte nécessaire pour quiconque aime le cinéma. Le monde connaît et apprécie les comédies populaires, ces succès au box-office records qui, de Intouchables à Bienvenue chez les Ch’tis, ont exporté un humour confortable et universel. Mais le véritable cœur battant, l’âme critique et innovante, réside aussi ailleurs.

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Ce guide est une invitation à explorer ce territoire, un cinéma qui cherche non seulement le consensus mais la réflexion. Les œuvres qui suivent utilisent le rire non pas comme une fin, mais comme un outil : un scalpel acéré pour disséquer les angoisses sociétales contemporaines et les fragilités des relations humaines. C’est un « cinéma du malaise » qui, dans le sillage de maîtres comme Jacques Tati, trouve l’absurde dans le quotidien et l’élève au rang d’art.

À travers cette sélection, nous découvrirons les détours surréalistes de visionnaires comme Quentin Dupieux et plongerons dans la comédie sociale. C’est un chemin qui unit les films les plus célèbres au cinéma d’auteur le plus complexe. Ce ne sont pas de simples films drôles ; ils sont formellement inventifs, intellectuellement stimulants et, dans leur esprit le plus profond, résolument français.

Au poste !

AU POSTE ! - Bande annonce

Un homme, Fugain, découvre un cadavre dans son immeuble et se rend au commissariat pour déposer une déposition. Ce qui devrait être un interrogatoire de routine avec le commissaire Buron se transforme en une session épuisante et surréaliste qui dure toute la nuit. La logique se dissout, le quatrième mur est brisé, et la réalité même de l’enquête est remise en question dans un crescendo d’absurdité.

Au poste ! est la porte d’entrée idéale dans l’univers de Quentin Dupieux, un réalisateur qui a fait de la démolition des conventions narratives sa marque de fabrique. Le film se présente comme une pièce de chambre policière, confinée presque entièrement dans un bureau terne, mais il utilise ce cadre familier uniquement pour le démonter de l’intérieur. La comédie ne naît pas de blagues ou gags traditionnels, mais de l’acceptation impassible par les personnages d’événements totalement illogiques. Un témoin avec un œil de verre qui tombe sans cesse, des dialogues qui se replient sur eux-mêmes jusqu’à perdre tout sens, et une rupture spectaculaire du quatrième mur qui n’est pas un simple clin d’œil, mais une déclaration poétique.

Dupieux se révèle comme un héritier contemporain du surréalisme de Luis Buñuel, utilisant l’absurde non comme un simple exercice stylistique, mais comme un outil critique. Au poste ! est une satire féroce sur le vide du langage et la fragilité des structures narratives que nous tenons pour acquises. L’interrogatoire devient une métaphore du processus cinématographique lui-même, avec un réalisateur-policier tentant d’extraire une histoire cohérente d’un témoin-spectateur de plus en plus confus. Le film est un défi hilarant à l’intelligence du spectateur, une invitation à rire de notre propre besoin de trouver du sens là où, peut-être, il n’y en a pas.

Zero for Conduct

Zero for Conduct
Maintenant disponible

Comédie, de Jean Vigo, France, 1933.
Les vacances sont terminées et il est temps pour les enfants de retourner dans la terrible pension, dirigée par des tuteurs obtus et conformistes, incapables d'encourager le développement d'un esprit de liberté et de créativité. La seule chose dont ces professeurs austères sont capables est d'attribuer un "zéro" pour la conduite. Mais les garçons décident de se rebeller avec la complicité du nouveau surveillant, Huguet, différent de tous les autres. Ainsi, une véritable révolution éclate. Jean Vigo décrit avec audace et un esprit subversif le désir de liberté des enfants, avec une critique impitoyable de l'institution scolaire, qui rappelle de près certaines séquences mémorables du cinéma de Fellini. Peut-être que le cinéaste italien avait vu le film de Vigo ? Cela semble très, très probable. Le film fut interdit par la censure française et n'eut pas de projection publique avant 1945.

Sujet de réflexion
Le conditionnement familial, scolaire et médiatique est probablement la cause principale de l'échec existentiel de millions de personnes. Ce sont des ennemis invisibles, contre lesquels il est difficile de se défendre, qui provoquent la perte de l'estime de soi et de la créativité nécessaires pour atteindre des objectifs ambitieux. Le conditionnement social, culturel et religieux est un thème fondamental dans la vie de chaque être humain, et l'un des sujets principaux des filmographies de maîtres du cinéma tels que Fellini, Truffaut, et bien d'autres.

LANGUE : Français
SOUS-TITRES : Anglais, Espagnol, Allemand, Portugais

Love at First Fight (Les Combattants)

Les Combattants - Bande Annonce

Arnaud, un jeune homme calme sans grandes ambitions, passe son été avec des amis et en faisant des petits boulots pour l’entreprise familiale. Tout change lorsqu’il rencontre Madeleine, une fille aussi belle que paranoïaque, obsédée par l’entraînement militaire et convaincue de la fin imminente du monde. Fasciné par son intensité, Arnaud décide de la suivre dans un cours préparatoire militaire éprouvant, déclenchant une histoire improbable d’amour et de survie.

Lauréat du César du meilleur premier film, Love at First Fight est bien plus qu’une simple comédie romantique ; c’est un manifeste générationnel qui réinvente les règles du genre. Thomas Cailley crée une « comédie de survie » qui saisit parfaitement les angoisses d’une jeunesse qui regarde l’avenir avec un mélange de désillusion et de pragmatisme. L’humour du film naît du brillant contraste entre la normalité calme d’Arnaud et la détermination apocalyptique de Madeleine. Elle se prépare à la guerre, lui apprend à construire des cabanons de jardin : de ce choc des visions du monde naît une dynamique aussi comique que profondément touchante.

Le film est une métaphore intelligente de l’amour en des temps incertains. L’entraînement militaire, avec ses épreuves extrêmes et ses règles absurdes, devient le terrain sur lequel les deux protagonistes apprennent non seulement à se connaître mais aussi à définir leur propre place dans le monde. Cailley mêle avec maîtrise les tons de la comédie, du drame et du cinéma d’aventure, créant une œuvre originale et rafraîchissante. C’est un film qui parle de la manière dont, face à un avenir qui semble menaçant, le seul véritable acte de survie peut être de trouver quelqu’un avec qui l’affronter.

Bloody Milk (Petit paysan)

Bande-annonce de "Petit paysan"

Pierre est un jeune éleveur laitier passionné dont toute l’existence tourne autour de sa ferme. Lorsqu’une épidémie bovine éclate en France, sa vie bascule dans le chaos. Après avoir découvert que l’une de ses vaches adorées pourrait être infectée, Pierre refuse d’envisager la perspective d’un abattage massif de son troupeau et entame une lutte désespérée et paranoïaque pour cacher la vérité à tout le monde, y compris à sa sœur vétérinaire.

Bloody Milk est une œuvre extraordinaire qui démontre la capacité du cinéma indépendant français à transformer un drame social en un thriller rural tendu et angoissant, teinté d’un humour noir et presque involontaire. Le réalisateur Hubert Charuel, lui-même fils d’agriculteurs, signe un film à la fois lettre d’amour au monde agricole et critique impitoyable de ses fragilités. L’humour ici n’est jamais explicite ; il émerge de l’absurdité tragique de la situation de Pierre, un homme prêt à tout pour sauver ce qui donne un sens à sa vie.

Sa descente dans la paranoïa est racontée avec une précision presque documentaire, ce qui rend ses actions, aussi extrêmes soient-elles, terriblement compréhensibles. Le film devient ainsi une puissante allégorie de la solitude de l’individu face à un système bureaucratique impersonnel et à une crise qui le submerge. La performance de Swann Arlaud, récompensée par un César, est monumentale pour saisir le désespoir silencieux et la détermination fiévreuse d’un homme voyant son monde s’effondrer. Bloody Milk est un film qui noue l’estomac, mais sait aussi faire sourire amèrement de l’absurdité de la condition humaine.

Love on the Run

Love on the Run
Maintenant disponible

Comédie, romance, par François Truffaut, France, 1978.
Après sept ans, Antoine et Christine divorcent, tout en restant bons amis. Antoine est en couple avec Liliane, amie de Christine, a publié une autobiographie sur ses amours et trouve un emploi comme correcteur, tout en entamant une relation joyeuse, bien que tumultueuse, avec Sabine, vendeuse dans un magasin de disques.

C'est le cinquième et dernier film de la série « Antoine Doinel », qui suit la vie du personnage principal de l'enfance à l'âge adulte. Le film a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes de cette année-là. Il constitue une représentation significative des relations humaines, une réflexion intelligente et ironique sur les thèmes de l'amour, de la perte et de la croissance personnelle. C'est aussi un hommage au cinéma français des années 60 et 70, une sorte de synthèse des thèmes et styles cinématographiques que Truffaut avait explorés tout au long de sa carrière. Léaud avait incarné le personnage dans tous les films de la série « Antoine Doinel » et sa performance dans « L'Amour en fuite » est considérée comme l'une des meilleures de sa carrière. « L'Amour en fuite » a été bien accueilli par la critique et est considéré comme l'un des meilleurs films de Truffaut.

LANGUE : français
SOUS-TITRES : anglais, italien

Le Rendez-vous du Déjà-Vu (La Fille du 14 juillet)

Lors des célébrations du 14 juillet, Hector rencontre Truquette et tombe éperdument amoureux. Pour la conquérir, il décide de la suivre en vacances à la plage avec ses amis. Leur périple se transforme rapidement en une odyssée chaotique et surréaliste à travers une France en pleine crise économique, une crise si grave que le gouvernement a décidé d’avancer la fin des vacances d’été, créant une étrange division entre ceux encore en congé et ceux contraints de reprendre le travail.

Antonin Peretjatko livre un premier long-métrage qui fait souffler un vent de fraîcheur, une explosion d’anarchie et de joie cinématographique évoquant l’esprit le plus libre de la Nouvelle Vague et la comédie physique de Jacques Tati. Le Rendez-vous du Déjà-Vu est une comédie burlesque et imprévisible qui rejette toute logique narrative conventionnelle pour embrasser le chaos et l’absurde. Le prétexte de la crise économique et des vacances raccourcies devient un brillant dispositif satirique pour narrer les contradictions et les angoisses d’un pays perdu.

Le film est une succession de gags visuels, de dialogues absurdes et de situations paradoxales, tenus ensemble par une énergie contagieuse et un amour palpable du cinéma. Peretjatko joue avec les formats, les genres et les attentes du spectateur, créant une œuvre à la fois critique sociale et célébration de la jeunesse et de la liberté. C’est un cinéma qui n’a pas peur d’être bancal, imparfait, mais pour cette raison même, incroyablement vital. Un road movie estival qui se transforme en une échappée de la rationalité, un hymne à la possibilité de trouver la beauté et l’amour même au cœur de l’effondrement.

Au lit avec Victoria (Victoria)

Extrait 1 VICTORIA de Justine Triet

Victoria Spick est une avocate pénaliste à succès, mais aussi une mère célibataire au bord de la crise de nerfs. Sa vie est un équilibre chaotique entre audiences au tribunal, deux jeunes filles, un ex-mari qui la dénigre sur un blog, et une série de rencontres sexuelles ratées. L’équilibre précaire se brise lorsqu’elle accepte de défendre une amie accusée d’agression et engage un ancien client, un jeune dealer, comme baby-sitter.

Avec Victoria, la réalisatrice Justine Triet crée une version moderne, névrotique et incroyablement drôle de la comédie américaine classique à l’emporte-pièce. Le film est un portrait impitoyable mais empathique d’une femme contemporaine tentant désespérément de maintenir les morceaux de sa vie professionnelle et privée ensemble. L’humour naît de la vitesse effrénée des dialogues, de l’accumulation de situations embarrassantes et de la performance volcanique de Virginie Efira, parfaite dans le rôle d’une femme aussi compétente au travail que désastreuse dans ses relations.

Sous la surface de cette brillante comédie, Triet construit une critique aiguë et intelligente des pressions et attentes pesant sur les femmes qui tentent de concilier carrière et famille. Victoria n’est pas seulement une machine comique parfaitement huilée, mais aussi une analyse profonde de la solitude, de la justice et de la difficulté à trouver un équilibre émotionnel dans le chaos de la vie moderne. C’est un film qui parvient à vous faire rire aux éclats et, un instant plus tard, à toucher des cordes de mélancolie authentique, confirmant Justine Triet comme l’une des voix les plus originales du nouveau cinéma français.

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Le Daim

LE DAIM Bande Annonce (2019) Jean Dujardin, Quentin Dupieux

Georges, un homme d’âge moyen récemment quitté par sa femme, dépense toutes ses économies dans une veste en daim à franges, réalisant un rêve de longue date. Cette obsession se transforme rapidement en folie lorsque la veste commence à lui parler, le convainquant de poursuivre un objectif fou : être la seule personne au monde à porter une veste. Pour y parvenir, Georges devient cinéaste amateur et, avec l’aide d’un monteur, commence à dérober les vestes des gens, avec des conséquences de plus en plus violentes.

Avec Le Daim, Quentin Dupieux livre l’une de ses œuvres les plus réussies et dérangeantes, une comédie noire qui explore les thèmes de la masculinité toxique et du fétichisme avec une lucidité glaciale. Le film est un chef-d’œuvre d’humour surréaliste, où le rire naît du contraste entre la normalité apparente des situations et la logique délirante du protagoniste. La descente de Georges dans la folie n’est pas dépeinte comme une rupture psychotique, mais comme un chemin rationnel et méthodique vers un but absurde, ce qui la rend d’autant plus troublante et comiquement glaçante.

Jean Dujardin offre une performance magistrale, incarnant Georges avec un sérieux imperturbable qui rend sa folie presque crédible. Le film est une satire féroce de la société de l’image et du besoin de définir son identité par la possession d’objets. La veste en daim devient le symbole d’un désir d’unicité qui se transforme en une idéologie totalitaire et homicidaire. Le Daim est une œuvre qui parvient à être à la fois hilarante et terrifiante, un petit bijou du cinéma indépendant qui confirme Dupieux comme un maître de l’absurde.

En liberté !

En Liberté ! - Bande-annonce

Yvonne, inspectrice de police et veuve d’un collègue héros, découvre que son défunt mari n’était pas l’homme intègre que tout le monde croyait, mais un flic corrompu. Dévastée, elle tente de réparer ses méfaits, notamment en aidant Antoine, un homme qui a passé huit ans en prison à tort à cause de lui. Mais le retour à la liberté d’Antoine, désormais sujet à des accès de violence incontrôlables, déclenche une série d’événements chaotiques et imprévisibles.

Pierre Salvadori réalise une comédie brillante et sophistiquée qui joue avec les codes du genre policier pour créer quelque chose de totalement neuf. En liberté ! est un film à l’écriture complexe et stratifiée, mêlant farce, romance, action et une réflexion méta-cinématographique sur le pouvoir de la narration. L’humour naît des situations paradoxales et des dialogues fulgurants, mais aussi de la profonde humanité de ses personnages, tous magnifiquement imparfaits.

Le film célèbre la narration comme outil pour comprendre et réinventer la réalité. Yvonne raconte à son fils les exploits héroïques (et inventés) de son père, tandis qu’Antoine tente de donner sens à sa colère par des actes aussi violents que comiques. Produit par la société indépendante Les Films Pelléas, le film navigue avec agilité entre différents registres, passant de scènes purement burlesques à des moments de tendresse inattendue. Adèle Haenel et Pio Marmaï forment un duo irrésistible dont la chimie explosive est le moteur d’une comédie intelligente, originale et touchante qui a conquis la Semaine de la Critique à Cannes.

Les Garçons et Guillaume, à table !

Les garçons et Guillaume à table ! - Bande annonce

Guillaume est un garçon qui a grandi en adorant sa mère, une bourgeoise au caractère fort et autoritaire. En raison de ses manières efféminées et de sa sensibilité, tout le monde, y compris sa mère, le prend pour une fille. Convaincu lui-même d’être homosexuel, Guillaume passe son adolescence à imiter sa mère et à chercher sa propre identité, dans un parcours hilarant et émouvant à travers des internats anglais, la psychanalyse et des aventures improbables.

Guillaume Gallienne adapte pour l’écran sa pièce autobiographique, créant un premier long métrage éblouissant qui a remporté cinq César. Le film est une exploration unique et courageuse des thèmes de l’identité de genre, de la sexualité et de la relation complexe entre mère et fils. Le génie de l’opération réside dans le choix de Gallienne d’incarner à la fois son propre rôle et celui de sa mère, un procédé qui transforme le film en une analyse profonde et hilarante du processus d’identification et de différenciation.

Le style hybride, qui mêle mise en scène théâtrale et langage cinématographique, permet une transition fluide entre les souvenirs d’enfance et les réflexions d’adulte, créant une histoire à la fois intime et universelle. L’humour, toujours intelligent et jamais vulgaire, naît de situations embarrassantes, de dialogues brillants et de la capacité de Gallienne à rire de lui-même avec affection et lucidité. Me, Myself and Mum est une comédie sophistiquée et profondément humaine, une œuvre qui célèbre la liberté d’être soi-même, au-delà de toute étiquette.

Adieu les cons

ADIEU LES CONS - Bande-annonce

Lorsque Suze Trappet, coiffeuse de 43 ans, apprend qu’elle est atteinte d’une maladie en phase terminale, elle décide de consacrer le temps qu’il lui reste à retrouver le fils qu’elle a dû abandonner quinze ans plus tôt. Sa quête désespérée la conduit à JB, un fonctionnaire d’âge moyen en plein burn-out qui vient d’échouer à une tentative de suicide, et à M. Blin, un archiviste aveugle au enthousiasme contagieux. Ensemble, ce trio improbable se lance dans une aventure folle et déjantée contre la bureaucratie.

Albert Dupontel, l’un des auteurs les plus originaux et iconoclastes du cinéma français, réalise et joue dans une comédie bouleversante, une œuvre qui mêle habilement humour noir, satire sociale et mélancolie profonde. Triomphe aux Césars avec sept récompenses, dont Meilleur Film et Meilleur Réalisateur, Adieu les cons est un film au rythme effréné, presque cartoonesque, qui utilise le langage de la farce pour dénoncer l’inhumanité et l’indifférence du monde moderne.

La comédie de Dupontel est physique, explosive, mais toujours au service d’une histoire profondément humaine. Derrière les gags et les situations surréalistes se cache une critique féroce d’une société qui marginalise les plus faibles et les enferme dans un labyrinthe de règles absurdes. Le film est un hymne aux « rejetés », aux perdants, à ceux qui luttent pour trouver un peu de chaleur et de sens dans un monde qui semble les avoir oubliés. Avec une Virginie Efira extraordinaire, Adieu les cons est une fable moderne, amère et hilarante, une œuvre qui parvient à faire rire et à émouvoir aux larmes.

Mandibules

MANDIBULES Bande Annonce (Comédie, 2020) Palmashow, Quentin Dupieux

Jean-Gab et Manu, deux amis pas très futés, acceptent un travail simple : livrer une mallette en échange d’un argent facile. Pendant le trajet, ils découvrent une mouche géante dans le coffre de leur voiture. Au lieu d’avoir peur, Manu a une idée brillante : dresser l’insecte pour en faire un drone de cambriolage et s’enrichir. Leur mission change radicalement, déclenchant une série de mésaventures absurdes et de rencontres surréalistes.

Avec Mandibles, Quentin Dupieux abandonne en partie les atmosphères plus sombres et nihilistes de ses films précédents pour embrasser les tonalités d’une comédie plus ensoleillée et presque tendre. Le film est une comédie déjantée de duo, une ode à l’amitié et à la stupidité, où l’élément surréaliste (la mouche géante) n’est plus une menace, mais une opportunité, un catalyseur d’aventure. L’humour naît du sérieux absolu avec lequel les deux protagonistes, magnifiquement incarnés par le duo Palmashow, Grégoire Ludig et David Marsais, abordent leur plan dément.

Leur logique est élémentaire, leur cri de guerre « Taureau ! » est un cri absurde, mais leur dévouement à la cause est total. Dupieux construit un monde où leur idiotie est une forme de pureté, une manière de naviguer dans un univers tout aussi absurde. Le film est parsemé de personnages mémorables, notamment Adèle Exarchopoulos, hilarante dans le rôle d’une fille qui, à cause d’un accident, ne peut que crier. Mandibles est une comédie fraîche, légère et irrésistiblement drôle, un film qui célèbre la joie d’être stupide ensemble.

L’amour flou

L'AMOUR FLOU - Bande-annonce

Romane et Philippe se séparent. Après dix ans ensemble, deux enfants et un chien, ils ne sont plus amoureux. Pourtant, ils tiennent encore beaucoup l’un à l’autre, trop pour une séparation traditionnelle. Sous le regard perplexe des amis et de la famille, ils inventent une solution de vie révolutionnaire : deux appartements séparés, reliés par la chambre des enfants. Commence alors une expérience de vie post-maritale aussi folle que touchante.

Romane Bohringer et Philippe Rebbot portent à l’écran leur propre histoire vraie de séparation, créant une œuvre hybride, à mi-chemin entre fiction et documentaire, qui est l’une des comédies les plus originales, intelligentes et touchantes de ces dernières années. Récompensé par le César du meilleur premier film, L’amour flou est un film qui démonte tous les clichés sur la fin d’une histoire d’amour avec humour et sincérité. Leur idée du « sépartement » n’est pas qu’un gadget excentrique, mais une réflexion profonde sur la manière dont la famille peut se réinventer hors des conventions sociales.

Le film trouve un équilibre merveilleux entre des moments de comédie irrésistible, nés des difficultés pratiques et des jalousies de leur nouvelle vie, et des scènes d’une honnêteté désarmante. La co-réalisation saisit le quotidien de cette famille atypique avec fraîcheur et spontanéité, impliquant leurs vrais enfants et amis (dont un hilarant Richard Bohringer). L’amour flou est un hymne à l’intelligence émotionnelle, une œuvre qui montre comment il est possible de transformer la douleur d’une rupture en une nouvelle manière d’être ensemble, créative et aimante. Un petit chef-d’œuvre d’humanité.

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Arab Blues (Un divan à Tunis)

[PODCAST] Manele Labidi pour UN DIVAN A TUNIS

Après avoir vécu et travaillé pendant des années à Paris, la psychanalyste Selma décide de retourner dans sa ville natale, Tunis, pour y ouvrir un cabinet. Elle s’installe dans une banlieue populaire, mais l’entreprise s’avère plus compliquée que prévu. Dans une société encore suspendue entre tradition et modernité après la Révolution de Jasmin, ses patients forment un ensemble de névroses à la fois hilarantes et profondes, tandis qu’elle-même doit affronter une bureaucratie kafkaïenne pour obtenir son autorisation d’exercer.

Manele Labidi livre un premier long-métrage brillant et incisif, une comédie qui utilise le « divan » du psychanalyste comme une loupe pour observer les contradictions et les espoirs de la Tunisie contemporaine. Le film est une analyse sociologique drôle et profonde qui évite les clichés pour offrir un portrait pluriel et vibrant d’un pays en pleine transformation. L’humour naît du court-circuit culturel entre l’approche freudienne de Selma et la résistance de ses patients, qui confondent analyse avec confession religieuse ou services payants.

Golshifteh Farahani est parfaite dans le rôle de Selma, une femme moderne et déterminée qui agit comme un catalyseur des histoires d’une humanité diverse et colorée : de l’imam qui rêve de vêtements féminins à la coiffeuse qui cache ses insécurités derrière une façade de commérages. La réalisatrice parvient à traiter des thèmes complexes tels que la liberté d’expression, le rôle des femmes et le poids de la religion avec une rare légèreté et intelligence. Arab Blues est une comédie sociale qui fait rire et réfléchir, une œuvre nécessaire qui célèbre le pouvoir des mots dans une société qui apprend à se parler.

Rosalie Blum

ROSALIE BLUM - Bande-annonce

Vincent Machot est un coiffeur dont la vie est monotone, partagée entre son travail, un cousin envahissant et une mère oppressante. Un jour, il croise par hasard Rosalie Blum, une femme solitaire et mystérieuse, et a l’étrange impression de l’avoir déjà rencontrée. Intrigué, il commence à la suivre. Rosalie remarque qu’elle est suivie et, à son tour, demande à sa nièce Aude d’enquêter sur Vincent. Commence alors une chaîne imprévisible de surveillance et de découvertes.

Adaptant la bande dessinée éponyme de Camille Jourdy, Julien Rappeneau réalise un premier long-métrage délicieux et charmant, une comédie chorale sur la solitude et la magie des rencontres inattendues. Le film, lauréat d’un César, se distingue par sa structure narrative originale, divisée en trois chapitres, chacun dédié au point de vue d’un des protagonistes. Ce choix permet au spectateur de reconstituer lentement le puzzle de l’histoire, découvrant comment perceptions et malentendus peuvent générer des situations aussi comiques que touchantes.

La force de Rosalie Blum réside dans sa capacité à créer une atmosphère onirique et mélancolique, peuplée de personnages excentriques et profondément humains. La réalisation de Rappeneau est élégante et sensible, capable de saisir la poésie cachée dans la banalité de la vie provinciale. Le casting est parfait, avec Kyan Khojandi (créateur de la série Bref) donnant à son personnage une maladresse touchante et Noémie Lvovsky incarnant une Rosalie énigmatique et fragile. C’est un film réconfortant, un conte doux et intelligent sur la manière dont le courage de sortir de sa routine peut mener à des rencontres inattendues et merveilleuses.

La Lutte des classes

LA LUTTE DES CLASSES (2019) Bande Annonce

Sofia et Paul forment un couple parisien « bobo » (bourgeois-bohème), lui ancien musicien punk, elle avocate, vivant dans un quartier populaire en banlieue. Fervents défenseurs des écoles publiques et du brassage social, ils sont confrontés à une crise lorsque leur fils Corentin, le seul enfant blanc de sa classe, commence à se sentir isolé. Le couple fait face à un dilemme déchirant : rester fidèle à leurs idéaux ou inscrire leur fils dans l’école catholique privée voisine, comme tous les autres parents bourgeois du quartier ?

Michel Leclerc, déjà auteur de la comédie politique acclamée Les Noms de l’amour, revient avec une satire sociale aussi drôle que sans pitié. La Lutte des classes est une analyse limpide des contradictions de la gauche intellectuelle française, un film qui met en scène avec un humour caustique le conflit entre les principes théoriques et les choix pratiques du quotidien. La comédie naît précisément de ce court-circuit, de l’hypocrisie involontaire des protagonistes qui se retrouvent à trahir tout ce en quoi ils croient pour le « bien » de leur enfant.

Coécrit avec Baya Kasmi, le film est un petit chef-d’œuvre d’écriture, avec des dialogues brillants et des situations qui exposent sans pitié les névroses et les préjugés d’une certaine classe sociale. Leïla Bekhti et Édouard Baer sont parfaits pour incarner un couple crédible et complexe, dans lequel le spectateur ne peut s’empêcher de se reconnaître, même dans ses aspects les moins nobles. La Lutte des classes est une comédie intelligente et nécessaire qui pose des questions dérangeantes sur le sens de l’intégration, de l’égalité et de la cohérence dans l’Europe d’aujourd’hui.

Effacer l’historique

Effacer l'historique (2020) - Trailer with French subtitles

Dans un quartier résidentiel provincial, trois voisins peinent à gérer les problèmes de la vie numérique. Marie est victime de chantage à cause d’une sextape. Bertrand découvre que sa fille est victime de cyberharcèlement à l’école. Christine, conductrice de VTC, n’arrive pas à faire décoller ses notes clients. Désespérés et technologiquement incompétents, ils décident d’unir leurs forces et de déclarer la guerre aux géants d’Internet, se lançant dans une quête folle et apparemment sans espoir.

Le duo de réalisateurs Gustave Kervern et Benoît Delépine, maîtres d’un cinéma punk, surréaliste et profondément humain, livrent une comédie hilarante et terriblement actuelle sur notre addiction à la technologie. Delete History est une satire grotesque et irrésistible du monde contemporain, un portrait impitoyable d’une humanité aliénée et submergée par les réseaux sociaux, les centres d’appels et des algorithmes incompréhensibles. L’humour du film est corrosif, parfois mélancolique, et naît de la représentation de personnages maladroits et désespérés tentant de se rebeller contre un système qui les dépasse.

Récompensé au Festival de Berlin, ce film parvient à être à la fois profondément ancré dans la réalité (arnaques en ligne, harcèlement, précarité du travail dans l’économie des petits boulots) et totalement surréaliste dans ses solutions narratives. Le trio de protagonistes, incarné par Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero, est tout simplement parfait pour donner vie à des anti-héros modernes, aussi pathétiques qu’héroïques dans leur lutte quichottesque. Une comédie intelligente, en colère et incroyablement drôle.

Le Grand Bain (Sink or Swim)

LE GRAND BAIN Bande Annonce (2018)

Un groupe d’hommes d’âge moyen, tous confrontés à la dépression, au chômage et à des crises existentielles, trouve une échappatoire improbable dans la piscine municipale. Sous la direction de deux anciens champions, ils décident de former la première équipe masculine française de natation synchronisée. Malgré le scepticisme général et leur totale absence de grâce, leur objectif est unique : participer aux championnats du monde.

Réalisé par l’acteur Gilles Lellouche, Le Grand Bain est un « feel-good movie » qui transcende les limites du genre grâce à un scénario intelligent, un casting exceptionnel et une sensibilité profonde. Bien qu’il ait rencontré un immense succès public, le film conserve un esprit farouchement indépendant, produit par des sociétés comme Les Productions du Trésor et Chi-Fou-Mi. C’est une comédie chorale qui aborde avec humour et délicatesse le thème de la fragilité masculine, un sujet encore trop souvent tabou.

La force du film réside dans sa capacité à créer des personnages authentiques et multifacettes, chacun portant ses propres blessures et insécurités. La piscine devient un espace protégé, un lieu où ces hommes peuvent enfin baisser leur garde, montrer leur vulnérabilité et trouver dans la solidarité du groupe la force de se remettre en jeu. L’humour ne vient pas de la moquerie de leurs corps maladroits, mais de la tendresse avec laquelle leurs efforts sont dépeints. Le Grand Bain est une célébration de l’amitié et des secondes chances, un film qui fait rire, émouvoir et, surtout, du bien.

9-Month Stretch (9 mois ferme)

9 Mois ferme - Bande-Annonce (VF)

Ariane Felder est une juge incorruptible, une célibataire travailleuse acharnée et moralement irréprochable. Sa vie ordonnée est bouleversée lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte de six mois, sans aucune idée de la manière dont cela a pu arriver. Les tests de paternité révèlent une vérité encore plus choquante : le père du bébé est Bob Nolan, un criminel notoire accusé d’une agression odieuse. Ariane doit reconstituer une nuit de folie pour comprendre ce qui s’est passé.

Albert Dupontel écrit, réalise et joue dans une comédie débridée et irrésistible, une œuvre qui mêle le rythme de la farce burlesque à une satire acerbe du système judiciaire et des médias. Lauréat de deux César, dont celui de la Meilleure Actrice pour l’incroyable Sandrine Kiberlain, 9-Month Stretch est un film qui ne laisse aucun répit au spectateur, le submergeant d’une énergie comique inarrêtable. La comédie est physique, verbale et situationnelle, fondée sur une accumulation de gags, de malentendus et de rebondissements.

Sous la surface de la comédie burlesque, Dupontel insère une critique sociale féroce. Le monde du tribunal est dépeint comme un théâtre de l’absurde, peuplé d’avocats vaniteux, d’experts étranges et d’un système qui semble avoir perdu tout contact avec la réalité. La transformation d’Ariane, d’une juge distante à une femme contrainte de briser toutes les règles, est le moteur d’une histoire à la fois critique de la respectabilité bourgeoise et récit d’amour inattendu entre deux opposés. Un film hilarant et intelligent.

Love Songs for Tough Guys (Cette musique ne joue pour personne)

CETTE MUSIQUE NE JOUE POUR PERSONNE Bande Annonce (2021) JoeyStarr, François Damiens

Dans une ville portuaire désolée du nord de la France, un groupe de gangsters d’âge moyen mène une vie de violence et de petites extorsions. Leur routine est bouleversée lorsque l’amour et la poésie font irruption dans leur vie. Jeff, le chef, tombe amoureux d’une caissière et charge ses hommes de main de lui transmettre des messages d’amour maladroits. Pendant ce temps, l’un de ses hommes de confiance rejoint une troupe de théâtre pour conquérir une femme, finissant par jouer Jean-Paul Sartre.

Samuel Benchetrit réalise une œuvre poétique et surréaliste, une comédie tendre et mélancolique qui trouve la beauté dans l’absurde et la grâce dans la brutalité. Le film est un conte choral peuplé de personnages inoubliables, des gangsters au cœur tendre qui découvrent le pouvoir transformateur de l’art. L’humour, délicat et fantaisiste, naît du contraste entre le monde violent du crime et les sentiments délicats que les protagonistes commencent à éprouver.

Avec une distribution de stars réunissant certains des meilleurs acteurs du cinéma français et belge (François Damiens, Vanessa Paradis, Gustave Kervern, Bouli Lanners, JoeyStarr), Benchetrit crée une atmosphère unique, à mi-chemin entre le réalisme poétique de Marcel Carné et l’absurde d’Aki Kaurismäki. Les scènes où ces hommes rugueux s’essaient au jeu d’acteur ou tentent d’écrire de la poésie sont à la fois hilarantes et émouvantes. Love Songs for Tough Guys est un film inclassable, une fable moderne sur la capacité de l’amour et de la culture à racheter même les âmes les plus endurcies.

Fumer fait tousser

FUMER FAIT TOUSSER - Bande-annonce

La « Force Tabac » est une équipe de cinq super-héros dont les pouvoirs proviennent des substances nocives du tabac : Benzène, Nicotine, Méthanol, Mercure et Ammoniaque. Après avoir vaincu une tortue géante, leur chef, un rat baveux nommé Didier, les envoie en retraite forcée pour renforcer la cohésion du groupe, mise à mal par des querelles internes. Pendant la retraite, pour passer le temps, ils commencent à se raconter des histoires d’horreur autour d’un feu de camp, tandis que le maléfique empereur Lézardin complote pour détruire la Terre.

Quentin Dupieux frappe encore avec une parodie brillante et déjantée des films de super-héros et des séries sentai japonaises comme les Power Rangers. Fumer fait tousser est une œuvre qui déconstruit tous les clichés du genre avec un humour iconoclaste. Le véritable génie du film réside cependant dans sa structure épisodique, un film-cadre où l’intrigue principale (la menace de Lézardin) devient un simple prétexte à une série d’histoires d’horreur aussi macabres qu’hilarantes.

Dupieux s’amuse à jouer avec les attentes du spectateur, abandonnant la narration principale pour se perdre dans des digressions absurdes et amusantes. Le résultat est une anthologie comico-horrifique qui célèbre le plaisir de raconter des histoires pour elles-mêmes. Le film est un concentré de son style unique : dialogues impassibles face à l’absurde, violence soudaine et cartoonesque, et liberté créative totale. Avec un casting de fidèles (Gilles Lellouche, Vincent Lacoste, Anaïs Demoustier), Dupieux livre l’une de ses œuvres les plus drôles et accessibles, une célébration du cinéma comme pur jeu.

Chien de la casse

CHIEN DE LA CASSE - Bande-annonce officielle

Dans un petit village endormi du sud de la France, Dog et Mirales sont amis depuis toujours. Leur lien, presque fraternel mais profondément toxique, est dominé par la personnalité exubérante et cruelle de Mirales, qui ne manque jamais une occasion d’humilier le plus doux Dog. Leur équilibre précaire est brisé par l’arrivée d’Elsa, une jeune femme qui entame une relation avec Dog, déclenchant la jalousie et le ressentiment de Mirales.

Lauréat de deux César, dont celui du Meilleur Premier Film, Junkyard Dog est le premier film éblouissant de Jean-Baptiste Durand. Le film offre un portrait brut, authentique et puissant d’une amitié masculine et de la vie dans une France provinciale, loin des cartes postales touristiques. Plus qu’une simple comédie, c’est une comédie dramatique qui trouve l’humour dans les plis de la réalité, dans les dialogues incisifs et les dynamiques relationnelles de ses protagonistes. L’écriture est précise, capable de saisir la langue et les tensions d’une jeunesse qui combat l’ennui avec bravade.

Le film repose sur deux performances extraordinaires : Anthony Bajon dans le rôle de Dog et, surtout, Raphaël Quenard, véritable révélation, qui confère à Mirales une complexité incroyable, le rendant à la fois insupportable et vulnérable. La mise en scène de Durand est immersive, capable de capturer la beauté rude des paysages et la claustrophobie d’un monde où tout le monde se connaît. Junkyard Dog est une œuvre puissante et sincère, un récit d’apprentissage qui raconte avec lucidité et sans moralisme la difficulté de grandir et de se libérer des liens qui nous étouffent.

Les Pires (The Worst Ones)

Les Pires (2022) - Bande annonce HD

Une équipe de tournage arrive à Boulogne-Sur-Mer, dans le nord de la France, pour réaliser un film. Pour les rôles principaux, le réalisateur décide de choisir quatre adolescents du quartier populaire de la Cité Picasso, des gamins considérés comme « les pires » en raison de leur réputation et de leurs histoires familiales difficiles. Le tournage devient une expérience intense et déstabilisante qui brouille les frontières entre la fiction du plateau et la dure réalité de leurs vies.

Lauréat du grand prix de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes, Les Pires est un premier long métrage puissant et complexe qui explore avec intelligence et sensibilité les questions éthiques de la représentation cinématographique. Lise Akoka et Romane Gueret, toutes deux issues du casting, livrent un film méta-cinématographique qui est à la fois une comédie dramatique et un documentaire sur sa propre création. L’humour, souvent amer, naît des situations embarrassantes et des conflits qui surgissent sur le plateau.

Le film pose des questions fondamentales : est-il juste de demander à des jeunes vulnérables de revivre leurs traumatismes pour les besoins d’un scénario ? Où s’arrête l’art et où commence l’exploitation ? Les Pires n’offre pas de réponses faciles mais montre avec une grande honnêteté la complexité des relations qui se nouent entre les réalisateurs et leurs jeunes acteurs non professionnels, qui sont ici extraordinaires par leur naturel et leur intensité. C’est un film qui fait rire, s’indigner et réfléchir, une œuvre nécessaire qui interroge le rôle et la responsabilité du cinéma dans la narration des histoires des autres.

Bloody Oranges (Oranges Sanguines)

Bloody Oranges / Oranges sanguines (2021) - Trailer (English subs)

En France, au cours d’une seule nuit, les histoires de plusieurs personnages s’entrelacent. Un couple de paysans âgés, noyé sous les dettes, participe à un concours de rock pour remporter le premier prix. Un puissant ministre des finances est confronté à un scandale d’évasion fiscale. Une adolescente se prépare pour son premier rendez-vous, mais la rencontre tourne au cauchemar. Leurs trajectoires apparemment éloignées convergeront dans une explosion de violence cathartique.

Jean-Christophe Meurisse réalise une comédie noire comme l’enfer, une satire féroce et sans compromis qui déchire la société française contemporaine en lambeaux. Bloody Oranges est un film choquant, brutal, et en même temps incroyablement drôle. L’humour, corrosif et politiquement incorrect, naît de la subversion des attentes et de la représentation grotesque des maux de notre époque : précarité économique, corruption politique, violences sexuelles, et hypocrisie galopante.

Le film se structure comme un conte choral qui monte en crescendo de tension et d’absurdité, culminant dans un final où les « faibles » prennent une revanche sanglante et libératrice sur leurs oppresseurs. La mise en scène est acérée, les dialogues incisifs, et le casting en état de grâce, donnant vie à des personnages mémorables par leur mesquinerie ou leur naïveté. Bloody Oranges est une œuvre extrême, pas pour tout le monde, mais d’une lucidité et d’une puissance rares. Un coup au ventre qui force à rire de ses propres misères.

Yannick

YANNICK | Bande-annonce

Au milieu d’une représentation d’une comédie de boulevard parisienne médiocre, un spectateur, Yannick, se lève et interrompt le spectacle. Il est agent de sécurité de nuit, a fait une heure de route pour voir la pièce, et la trouve terriblement ennuyeuse. Il décide donc de prendre en otage les acteurs et le public pour réécrire lui-même la fin, dans une tentative de transformer une soirée décevante en un moment de partage artistique authentique.

Tourné en secret et sorti à l’improviste, Yannick est une nouvelle pépite de l’inépuisable Quentin Dupieux. Le film est une brillante et tendue comédie de chambre, une œuvre qui se déroule presque entièrement en temps réel sur une scène de théâtre. Avec ce dispositif minimaliste, Dupieux construit une réflexion profonde et hilarante sur la relation entre l’œuvre d’art, l’artiste, et le public. Qui a le droit de juger ? Que se passe-t-il lorsque le spectateur, de consommateur passif, devient créateur actif ?

Raphaël Quenard, étoile montante du nouveau cinéma français, livre une performance extraordinaire, faisant de Yannick un personnage complexe à la fois ridicule, menaçant, et étrangement touchant. Le film est un tour de force d’écriture et de mise en scène, un dialogue serré et imprévisible qui tient le spectateur en haleine. L’humour naît de l’embarras de la situation, de la tension croissante, et de la critique implicite d’un certain type d’art bourgeois et autoréférentiel. Yannick est une œuvre intelligente, provocante, et d’une actualité brûlante.

The Sweet Escape (Comme un avion)

Comme Un Avion - Bande-annonce

Michel, un graphiste quinquagénaire passionné d’aviation, rêve d’une vie aventureuse à l’image des pilotes de l’Aéropostale. Un jour, il a une épiphanie : un kayak ressemble après tout au fuselage d’un avion. Poussé par une impulsion irrépressible, il achète un kayak et, encouragé par sa femme, se lance dans un voyage en solitaire sur une rivière. Sa « grande expédition » se transformera en une aventure faite de petites rencontres et d’une redécouverte de lui-même.

Bruno Podalydès, avec son frère Denis, est l’une des figures majeures de la comédie d’auteur française. The Sweet Escape est sans doute son film le plus représentatif : une œuvre douce, étrange et profondément humaniste. La comédie n’est jamais bruyante, mais naît de la délicatesse des situations, de la maladresse du protagoniste et de la poésie des rencontres fortuites. Le voyage de Michel n’est pas une fuite héroïque, mais une modeste rébellion contre la monotonie du quotidien, une tentative de retrouver un sens de l’émerveillement.

Le film est une célébration des petites choses, une invitation à ralentir et à regarder le monde avec des yeux différents. Podalydès, qui joue également le rôle principal, possède un talent unique pour créer une atmosphère onirique et légèrement surréaliste, peuplée de personnages excentriques et adorables (dont une magnifique Sandrine Kiberlain). La mise en scène est contemplative, attentive aux détails et aux paysages, et le scénario regorge de dialogues brillants et d’observations aiguës sur la nature humaine. The Sweet Escape est une comédie qui fait sourire et réfléchir, un petit bijou de sensibilité et d’intelligence.

My Donkey, My Lover & I (Antoinette dans les Cévennes)

ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES - Bande-annonce

Antoinette, institutrice, attend avec impatience les vacances d’été qu’elle a prévues avec son amant, Vladimir. Lorsqu’il lui annonce à la dernière minute qu’il part en vacances avec sa femme et sa fille dans les Cévennes, une Antoinette désespérée décide de le suivre. Elle s’inscrit au même trek, un itinéraire sur les pas de l’écrivain Robert Louis Stevenson, et se retrouve face aux montagnes en compagnie d’un compagnon de voyage aussi inattendu qu’entêté : un âne nommé Patrick.

Caroline Vignal réalise une comédie délicieuse, un road movie au rythme d’âne qui a conquis le public et la critique, valant à Laure Calamy un César bien mérité de la meilleure actrice. Le film est une histoire drôle et touchante de passage à l’âge adulte qui utilise le voyage comme métaphore d’un chemin d’émancipation personnelle. La force comique du film réside principalement dans la chimie extraordinaire entre la protagoniste et son âne.

Patrick n’est pas simplement un animal, mais un personnage à part entière, doté d’une forte personnalité et d’une expressivité irrésistible. Leur relation, faite de disputes, de malentendus et de moments de tendresse profonde, est le cœur battant d’un film qui célèbre la résilience et la capacité à trouver le bonheur là où on s’y attend le moins. Laure Calamy est tout simplement parfaite dans le rôle d’une femme initialement pathétique dans son obsession romantique, mais qui redécouvre peu à peu sa propre force et indépendance. Mon Âne, Mon Amant & Moi est une bouffée d’air frais, une comédie intelligente et charmante.

Le Nom des gens

The Names of Love (2011) Official Trailer

Bahia Benmahmoud est une jeune femme extravertie, politiquement engagée à gauche. Elle a une mission très particulière : convertir les hommes de droite à ses idées en couchant avec eux. Sa stratégie, jusqu’alors infaillible, est mise en crise lorsqu’elle rencontre Arthur Martin, un homme au nom très commun qui, malgré les apparences, cache un passé complexe et une série de névroses. Leur rencontre donnera naissance à une histoire d’amour aussi improbable qu’hilarante.

Lauréat de deux Césars, pour la Meilleure Actrice (Sara Forestier) et le Meilleur Scénario Original, Le Nom des gens est l’une des comédies politiques les plus intelligentes et audacieuses du cinéma français. Le réalisateur Michel Leclerc aborde des thèmes complexes tels que l’identité nationale, le poids de l’histoire (notamment la guerre d’Algérie), et la coexistence des différentes cultures avec humour et sans tabous. Le prétexte comique de la « conversion sexuelle » devient un moyen original d’explorer les différences idéologiques et de déconstruire les préjugés de tous les bords politiques.

Le film est un feu d’artifice de dialogues brillants, de situations politiquement incorrectes et d’inventions visuelles surprenantes. Sara Forestier est bouleversante dans le rôle de Bahia, un personnage plein d’énergie et de contradictions, tandis que Jacques Gamblin est parfait en homme apparemment ennuyeux mais profondément tourmenté. Le Nom des gens est une comédie qui n’a pas peur d’être complexe et provocante, une œuvre qui montre comment on peut rire des fractures de la société sans jamais les banaliser.

La Belle Époque

LA BELLE ÉPOQUE Trailer | TIFF 2019

Victor, illustrateur désabusé de soixante ans en crise avec sa femme Marianne, est expulsé de la maison. Son fils lui offre un cadeau inhabituel : la possibilité de revivre une époque de son choix, grâce à une agence spécialisée qui crée des reconstitutions historiques minutieuses avec des acteurs et des décors. Victor n’a aucun doute et choisit de retourner au 16 mai 1974, le jour où il a rencontré pour la première fois le grand amour de sa vie, Marianne.

Nicolas Bedos écrit et réalise une comédie romantique au concept brillant et à l’exécution impeccable. La Belle Époque est un film qui mêle avec élégance nostalgie, humour et une profonde réflexion sur le temps, la mémoire et la nature de l’amour. L’idée d’une « machine à remonter le temps » théâtrale permet à Bedos de créer un jeu fascinant entre passé et présent, entre réalité et fiction, où les souvenirs sont mis en scène et, peut-être, réinventés.

Le film s’appuie sur un casting exceptionnel. Daniel Auteuil est magnifique dans le rôle d’un homme qui redécouvre la joie de vivre en s’immergeant dans le passé, tandis que Doria Tillier est lumineuse dans le double rôle de la jeune Marianne et de l’actrice qui l’incarne. Guillaume Canet, en réalisateur névrosé de la reconstitution, ajoute une touche de comédie méta-cinématographique. La Belle Époque est une comédie sophistiquée et émouvante, une œuvre qui célèbre le pouvoir des histoires pour nous faire retomber amoureux, non seulement d’une personne, mais de la vie elle-même.

Le Discours

LE DISCOURS | Bande-annonce

Adrien est à un dîner de famille. Sa petite amie, Sonia, a demandé une « pause » il y a 38 jours, et il attend anxieusement un message de sa part. La soirée, déjà cauchemardesque en soi, prend une tournure encore pire lorsque son futur beau-frère lui demande de prononcer un discours lors de son mariage. Alors que la panique s’installe, Adrien se perd dans un tourbillon de pensées, de souvenirs, d’angoisses et de fantasmes tragicomiques sur son passé, son présent et son avenir.

Adapté de la bande dessinée de Fabcaro, Le Discours est une comédie brillante et innovante, construite presque entièrement sur le flux de conscience du protagoniste. Le réalisateur Laurent Tirard réussit à traduire le monologue intérieur d’Adrien en images, créant un film à la fois hilarant et profondément identifiable. L’humour naît de la névrose du personnage, de sa tendance à catastrophiser chaque situation, et de son analyse impitoyable (et hilarante) des dynamiques familiales et des conventions sociales, comme l’absurde tradition de la « chenille » lors des mariages.

Benjamin Lavernhe, comédien de la Comédie-Française, est extraordinaire pour donner corps et voix à un personnage perpétuellement oscillant entre auto-apitoiement et lucidité. Le film est un petit chef-d’œuvre d’écriture et de montage, alternant habilement entre les temporalités et les registres narratifs, passant de la comédie romantique à la farce, jusqu’à des moments de tendresse inattendue. Le Discours est une célébration de l’angoisse comme moteur comique, une œuvre qui parle à tous ceux qui se sont déjà sentis hors de place lors d’un dîner de famille.

Yves

YVES Bande Annonce (2019)

Jérem, un jeune rappeur fauché, emménage chez sa grand-mère pour tenter sa chance dans le monde de la musique. Sa vie change lorsqu’une start-up lui offre la possibilité de tester un nouveau réfrigérateur intelligent nommé Yves. Il découvre rapidement qu’Yves est non seulement capable de gérer les courses et de donner des conseils diététiques, mais possède également un talent exceptionnel pour la composition musicale. Le frigo commence à écrire des tubes pour Jérem, le transformant en star, mais leur collaboration prendra une tournure inattendue et surréaliste.

Benoît Forgeard réalise une comédie de science-fiction originale et amusante, une satire intelligente de notre dépendance à la technologie, à l’intelligence artificielle et à l’industrie musicale. Yves est un film qui part d’une prémisse complètement absurde et la développe avec une logique impeccable, créant des situations hilarantes et des réflexions aiguës. L’humour naît de la relation entre l’humain, imparfait et ambitieux, et la machine, efficace, rationnelle et, en fin de compte, plus créative que lui.

Le film est une critique drôle de la société de la performance et de l’obsession du succès, où même un appareil électroménager peut devenir une icône pop. William Lebghil est parfait dans le rôle du rappeur médiocre qui se laisse manipuler par son frigo, tandis que Philippe Katerine, en cadre de start-up, est aussi irrésistible que jamais dans son extravagance. Yves est une comédie qui fait rire aux éclats, mais laisse aussi un arrière-goût amer, nous faisant interroger sur l’avenir de la créativité dans un monde de plus en plus dominé par les algorithmes. Une œuvre bizarre et brillante.

Apnée

APNEE - Bande annonce

Céline, Thomas et Maxence forment un trio inséparable. Ils s’aiment, vivent ensemble et veulent se marier. Tous les trois. Face au refus du maire de célébrer un mariage à trois, ils entament un périple picaresque et anarchique à travers la France, à la recherche d’un lieu dans le monde qui acceptera leur mode de vie non conventionnel. Leur parcours est une succession de rencontres étranges et de situations surréalistes, une critique radicale de toutes les institutions sociales.

Présenté à la Semaine de la Critique de Cannes, Apnée est les débuts cinématographiques de Jean-Christophe Meurisse et de sa compagnie de théâtre, Les Chiens de Navarre. Le film est une œuvre extrême, un concentré d’humour noir, provocateur et politiquement incorrect. Structuré comme une série de sketches apparemment déconnectés, le film est en réalité une critique féroce et cohérente des normes sociales : mariage, propriété privée, famille, travail.

La comédie de Apnée est abrasive, souvent dérangeante, et repose sur l’improvisation et la performance physique des acteurs. Le film n’a pas peur d’être désagréable, de pousser le spectateur hors de sa zone de confort. C’est un cinéma qui hurle sa colère contre un monde perçu comme absurde et restrictif. Sous la surface chaotique et iconoclaste, cependant, se cache une profonde tendresse pour ses personnages, trois âmes perdues qui tentent simplement de vivre leur amour librement. Un premier long métrage courageux et inoubliable, pour ceux qui aiment un cinéma sans concessions.

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Image de Fabio Del Greco

Fabio Del Greco

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