Les films qui dévoilent l’âme cachée de Venise

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L’image de Venise est celle d’une carte postale : des balades en gondole sous le soleil et des places bondées de touristes. Mais ce n’est qu’un visage de la ville. Voici une immersion dans une autre Venise : une cité crépusculaire, souvent en hiver, enveloppée de brouillard et de silence, un labyrinthe de pierre et d’eau qui devient un miroir de l’âme.

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Les réalisateurs visionnaires n’utilisent pas la ville comme un simple décor, mais l’élèvent au rang de protagoniste, une entité complexe et contradictoire. Sa beauté sublime et sa décrépitude inexorable deviennent une puissante allégorie pour explorer les thèmes universels du désir, de la mortalité, de la folie et de la perte. Ses canaux deviennent les artères d’un corps malade, ses ruelles les impasses de la psyché, ses palais somptueux des coquilles vides cachant des secrets indicibles.

Ce guide est un chemin qui unit les grands classiques aux productions indépendantes les plus dérangeantes. C’est un itinéraire qui utilise l’iconographie de la ville pour raconter des vérités inconfortables sur l’existence humaine. Préparez-vous à découvrir une Venise que vous n’avez jamais vue, un lieu de l’âme aussi magnifique qu’effrayant.

Mort à Venise (1971)

Official Trailer - DEATH IN VENICE (1971, Luchino Visconti, Dirk Bogarde, Björn Andresen)

Le compositeur Gustav von Aschenbach, convalescent à Venise, développe une obsession pour la beauté androgyne d’un jeune garçon polonais nommé Tadzio. À mesure que son engouement grandit, une épidémie silencieuse de choléra commence à se répandre dans la ville, dissimulée par les autorités pour ne pas nuire au tourisme.

Luchino Visconti ne se contente pas de filmer Venise ; il l’utilise comme une scène baroque pour la désintégration d’un homme. Le somptueux Grand Hôtel des Bains sur le Lido est une cage dorée où l’ordre intellectuel d’Aschenbach s’oppose au chaos de la passion. La ville elle-même, avec sa magnificence lentement engloutie par la lagune et l’odeur douceâtre de la maladie mêlée à l’air salin, devient la métaphore parfaite de sa déchéance physique et morale. La cinématographie de Pasqualino De Santis capture une ville malade, fiévreuse sous le vent du sirocco, dont la beauté mortelle séduit et condamne le protagoniste.

Ne les regardez pas (1973)

Don't Look Now (1973) Trailer #1 | Movieclips Classic Trailers

Un couple anglais, John et Laura Baxter, s’installe à Venise après la noyade tragique de leur jeune fille. Tandis que John travaille à la restauration d’une église, ils rencontrent deux sœurs âgées, dont l’une, aveugle, prétend pouvoir « voir » leur fille. John, sceptique, commence à avoir des prémonitions troublantes et aperçoit une mystérieuse silhouette enfantine vêtue d’un manteau rouge dans les ruelles de la ville.

Nicolas Roeg transforme Venise en un labyrinthe psychologique qui reflète l’état mental fragmenté d’un homme dévasté par le chagrin. Loin de tout cliché touristique, sa Venise est hivernale, désolée, enveloppée d’un brouillard humide qui brouille les frontières entre le réel et le surnaturel. Les canaux ne sont pas des voies romantiques mais des présages de mort, des miroirs d’eau rappelant sans cesse la tragédie. La ville, avec ses ruelles étroites identiques et ses coins aveugles, devient l’architecture même de la douleur et de la prémonition, un lieu où le passé n’est jamais mort et où l’avenir est un piège inévitable.

Bread and Tulips (Pane e tulipani) (2000)

PANE E TULIPANI | Trailer italiano

Lors d’une excursion en bus, Rosalba, femme au foyer de Pescara, est laissée derrière à une aire de repos. Au lieu d’attendre que son mari et ses fils reviennent la chercher, elle décide impulsivement de faire de l’auto-stop et de réaliser un petit rêve : visiter Venise. Ce qui devait être une brève escapade se transforme en une nouvelle vie, grâce à des rencontres avec des personnages excentriques et bienveillants qui l’aident à se redécouvrir.

Silvio Soldini nous offre l’une des représentations les plus authentiques et vitales de la ville, une Venise quotidienne, loin des flux touristiques. La caméra s’enfonce dans les sestieri populaires, parmi les fils à linge, les marchés locaux et les tavernes fréquentées par les Vénitiens. Ce n’est pas la ville-musée, mais un lieu vivant, un organisme palpitant qui accueille Rosalba et lui offre une seconde chance. La photographie lumineuse et les plans larges marquent la transition d’une vie domestique claustrophobe vers une liberté retrouvée, montrant que la véritable magie de Venise ne réside pas dans ses monuments, mais dans sa capacité à être un lieu de renaissance.

Atlantide (2021)

Atlantide - Nederlands ondertitelde trailer

Daniele est un jeune homme de Sant’Erasmo, une île à la lisière de la lagune vénitienne. Il vit en marge de son propre groupe de pairs, obsédé par le culte du « barchino », ces hors-bords surboostés qui filent à des vitesses folles dans les canaux. Son rêve de posséder le bateau le plus rapide pour gagner le respect se heurte à une réalité d’aliénation et à la dégradation sociale et environnementale qui ronge sa génération.

Yuri Ancarani réalise une œuvre hypnotique et radicale, à mi-chemin entre documentaire et fiction, qui révèle une Venise marginale et méconnue. Loin de la place Saint-Marc, le film explore la sous-culture juvénile de la lagune, un monde de moteurs, de trap music et de nihilisme désespéré. La lagune n’est pas un paysage à contempler, mais une arène psychédélique où se consume un rite d’initiation masculine violent et voué à l’échec. Atlantide est un portrait puissant de la Venise contemporaine, une ville fantôme qui sombre non seulement dans l’eau mais aussi dans la négligence et la perte d’identité.

Giallo à Venise (Giallo a Venezia) (1979)

Giallo a Venezia (Mario Landi, 1979) - Leonora Fani, Gianni Dei, grissini e cozze

Un couple est retrouvé brutalement assassiné le long d’un canal. L’inspecteur De Paul commence son enquête, découvrant un monde trouble de dépravation sexuelle, d’orgies et de consommation de drogues impliquant les victimes. Alors qu’il tente de reconstituer leurs dernières heures, un tueur mystérieux continue de frapper avec une férocité sans précédent, laissant une traînée de corps horriblement mutilés.

Ce film de Mario Landi est sans doute l’exemple le plus extrême de la manière dont le cinéma de genre a utilisé Venise, la dépouillant de tout romantisme pour en faire un théâtre de misère et de violence. La cinématographie altère la beauté de la ville, ne montrant que ses recoins les plus sordides, ses canaux boueux et ses intérieurs claustrophobes. La décadence n’est plus une métaphore esthétique mais une condition physique et morale. Dans ce film culte, la cité lagunaire devient un enfer humide et pluvieux, un lieu parfait pour un giallo qui pousse à l’extrême la représentation de la perversion et du gore.

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Senso (1954)

À Venise en 1866, durant les derniers mois de l’occupation autrichienne, la comtesse Livia Serpieri, partisane de la cause italienne, tombe follement amoureuse de Franz Mahler, un lieutenant charmant mais cynique de l’armée ennemie. Submergée par une passion autodestructrice, Livia trahira ses idéaux politiques et sa propre famille dans un tourbillon de jalousie et de dégradation qui fait écho à l’effondrement d’une époque entière.

Luchino Visconti réalise un mélodrame somptueux, une fresque historique en Technicolor où la décadence d’une classe sociale se reflète dans l’opulence des palais vénitiens. La scène d’ouverture au Teatro La Fenice est emblématique : le drame sur scène déborde dans la vie réelle, déclenchant la tragédie. Venise n’est pas seulement le décor du Risorgimento, mais le symbole d’un monde aristocratique magnifique et corrompu destiné à tomber. La passion de l’héroïne la consume ainsi que ses principes, tout comme la guerre et le temps consument la beauté de la ville.

Le Confort des étrangers (1990)

The Comfort of Strangers (1990) Trailer | Christopher Walken | Rupert Everett

Un couple anglais, Colin et Mary, est en vacances à Venise pour tenter de raviver leur relation défaillante. Perdus dans le labyrinthe des ruelles étroites, ils rencontrent un homme local énigmatique et charmant, Robert, qui les invite dans sa somptueuse demeure. Là, ils rencontrent sa femme, Caroline, et sont peu à peu entraînés dans un jeu psychologique pervers et dangereux, où l’hospitalité se transforme en piège mortel.

Paul Schrader, d’après un scénario de Harold Pinter, transforme le rêve romantique vénitien en un cauchemar éveillé. La ville, baignée d’une lumière ambrée et séduisante, devient un espace de menace psychologique. Ses ruelles ne mènent nulle part, symbolisant l’impasse émotionnelle du couple. La beauté des palais et l’élégance de leurs hôtes cachent une violence latente et une perversion mortelle. Schrader suit la tradition littéraire qui voit Venise non pas comme le berceau de l’amour, mais comme la « ville de la mort », un lieu où le désir mène à la destruction.

Vampire à Venise (Nosferatu a Venezia) (1988)

Vampire in Venice (1988) Trailer

Le professeur Catalano se rend à Venise pour enquêter sur la possible présence du vampire Nosferatu, dont la dernière apparition remonte au carnaval de 1786. Lors d’une séance, le vampire est réveillé de son sommeil séculaire et reprend sa errance dans la ville, laissant derrière lui une traînée de mort et de séduction. Son existence tourmentée cherche une fin, qu’il croit pouvoir trouver dans l’amour d’une femme vierge.

Malgré une production tumultueuse, cette suite apocryphe du chef-d’œuvre de Herzog est un film culte qui réinvente le mythe du vampire sur un mode gothique et décadent. La performance fiévreuse de Klaus Kinski, refusant de porter un maquillage prothétique, nous offre un Nosferatu nouveau, plus humain et tourmenté. La somptueuse photographie de Antonio Nardi saisit une Venise spectrale et onirique, un tombeau aqueux parfait pour une créature immortelle lasse de vivre. La ville devient une extension de l’âme du vampire : ancienne, belle et en ruines.

Qui l’a vue mourir ? (Chi l’ha vista morire?) (1972)

Who Saw Her Die? (1972) - Theatrical Trailer

Le sculpteur Franco Serpieri est à Venise avec sa jeune fille Roberta. Un jour, la fillette disparaît mystérieusement et est retrouvée noyée dans un canal, victime d’un tueur en série d’enfants. Tandis que la police patauge dans l’obscurité, Franco entame sa propre enquête désespérée, plongeant dans un monde de secrets et de perversions cachés derrière la façade respectable de la ville.

Aldo Lado réalise l’un des meilleurs gialli italiens des années 70, transformant Venise en un labyrinthe mortel. La cité lagunaire, avec ses canaux brumeux et ses ruelles sombres, devient un personnage menaçant, un lieu où l’horreur peut se cacher à chaque coin. La partition obsédante d’Ennio Morricone, avec son chœur de voix d’enfants, crée un contraste glaçant entre l’innocence de l’enfance et la brutalité des meurtres. Lado utilise magistralement l’architecture de la ville pour générer un suspense presque insoutenable.

L’Anonyme vénitien (Anonimo Veneziano) (1970)

"Anonimo Veneziano" trailer (1970)

Musicien au Teatro La Fenice, ayant découvert qu’il est atteint d’une maladie en phase terminale, il invite son épouse, dont il est séparé depuis des années, à Venise. Pendant toute une journée, les deux errent dans la ville, revisitant les lieux de leur amour et confrontant souvenirs, regrets et paroles non dites. C’est leur dernière rencontre poignante, un adieu à la vie et à un amour qui ne s’est jamais complètement éteint.

Enrico Maria Salerno, à son premier film en tant que réalisateur, peint un portrait mélancolique et crépusculaire de Venise. Loin de la foule, la ville automnale, avec ses couleurs atténuées et son atmosphère silencieuse, devient le parfait écho du drame des protagonistes. Chaque place, chaque pont, chaque aperçu de la Giudecca ou des quartiers moins connus est empreint de mémoire et de nostalgie. La ville, comme le protagoniste, est en agonie, et sa beauté décadente accompagne le compte à rebours vers la fin avec une poésie poignante. La célèbre partition de Stelvio Cipriani scelle l’atmosphère inoubliable du film.

Shun Li et le Poète (Io sono Li) (2011)

Shun Li, une immigrée chinoise, est envoyée travailler comme barmaid dans une taverne à Chioggia, la « petite Venise ». Là, dans un monde fermé et masculin de pêcheurs, elle noue une amitié inattendue et poétique avec Bepi, un vieux pêcheur d’origine slave surnommé « le Poète ». Leur lien, fait de silences et de poèmes, se heurte aux préjugés de leurs deux communautés.

Andrea Segre raconte une histoire d’immigration et de rencontre avec une rare sensibilité, utilisant la lagune de Chioggia comme un espace métaphorique. L’eau et le brouillard, qui enveloppent tout de tons gris, reflètent l’isolement et la mélancolie des protagonistes. La lagune est décrite comme « féminine, calme et mystérieuse », un lieu de suspension où deux solitudes peuvent se rencontrer. Le film montre une Venise du travail et de la vie réelle, une frontière où différentes cultures se touchent, s’affrontent et parfois, se reconnaissent.

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Le Canal des Anges (Il canale degli angeli) (1934)

'Il canale degli angeli' piccola apparizione del prestigatore Otello Ghigi

Dans une Venise en pleine transformation industrielle, un ouvrier est victime d’un accident du travail. Pendant sa convalescence, sa femme Anna tombe amoureuse d’un capitaine de navire. Leur jeune fils est témoin de cet amour naissant et, bouleversé, tombe malade. Cette liaison jette le fragile équilibre familial dans la crise, sur fond d’une ville qui change de visage.

Le seul long métrage de fiction du pionnier du cinéma italien Francesco Pasinetti, ce film est un précieux document. Anticipant le Néoréalisme de près d’une décennie, Pasinetti montre une Venise inédite, non rhétorique, vécue par ses habitants et ses ouvriers. Les images au style documentaire des chantiers navals et des navires creusant de nouveaux canaux offrent un aperçu d’une modernisation qui remet en cause non seulement le paysage mais aussi la structure sociale et familiale traditionnelle. Une œuvre fondamentale pour comprendre une autre histoire du cinéma vénitien.

Nid de Vipères (Ritratto di borghesia in nero) (1978)

Ritratto di Borghesia in Nero - Splendida Ornella Muti - Clip#1 by Film&Clips

À Venise en 1938, à la veille de la guerre, le jeune étudiant en musique Mattia est introduit dans les salons de la haute bourgeoisie. Là, il tombe amoureux de sa professeure de piano, Carla, entamant une liaison sordide qui déclenche une spirale de chantage, trahison et crime. Derrière la façade de respectabilité se cache un monde de corruption morale, d’ambition et de pouvoir.

Tonino Cervi adapte une nouvelle de Peyrefitte, déplaçant l’action de Paris à Venise, un choix qui n’est pas anodin. La tortuosité des ruelles vénitiennes devient le pendant physique de la complexité des sentiments des personnages. Le film est tourné presque entièrement dans des intérieurs somptueux et étouffants, représentant la prison dorée d’une classe sociale en pleine décadence morale. La ville extérieure n’apparaît qu’en aperçus, souvent de nuit ou enveloppée du noir des funérailles, symbolisant comment la pourriture intérieure est sur le point de se répandre à l’extérieur également, avec l’avènement du fascisme et de la guerre.

Les Ailes du pigeon (1997)

The Wings of the Dove (1997) Trailer | Helena Bonham Carter | Linus Roache

Londres, début du XXe siècle. Kate Croy, pour ne pas perdre sa position sociale, convainc son amant sans le sou, le journaliste Merton Densher, de séduire une riche héritière américaine, Milly Theale, qui est en phase terminale et voyage en Europe. Le plan est que Merton l’épouse, hérite de sa fortune, et puisse enfin vivre avec Kate. Le trio se retrouve à Venise, où le plan diabolique se heurte à des sentiments inattendus.

Dans cette adaptation du roman de Henry James, Venise devient la scène finale où manipulation et désir entrent en collision avec la mort. La ville, avec sa beauté poignante, amplifie la dimension tragique de l’histoire. Ce n’est pas un lieu de libération, mais le cadre luxueux où la corruption morale des protagonistes se révèle. L’atmosphère romantique de la Sérénissime est empoisonnée par le calcul et la tromperie, faisant de la dégradation physique de Milly le reflet de la faillite éthique de Kate et Merton.

Summertime (1955)

Summertime 1955 Trailer HD

Jane Hudson, une secrétaire américaine d’âge mûr, arrive à Venise pour les vacances dont elle a toujours rêvé. Seule et pleine d’insécurités, elle erre dans la ville en se sentant comme une observatrice extérieure de la vie et de l’amour. Sa rencontre avec Renato, un charmant antiquaire vénitien, ouvre la porte à une histoire d’amour aussi intense qu’éphémère, la forçant à affronter sa solitude.

David Lean réalise une lettre d’amour poignante à Venise, capturant sa magie en Technicolor éclatant. Mais au-delà de la beauté visuelle, le film est une réflexion profonde sur la solitude et le désir. Venise n’est pas seulement le décor d’une histoire romantique, mais le catalyseur de l’expérience émotionnelle de Jane. Sa beauté presque douloureuse accentue le sentiment de mélancolie de la protagoniste, faisant de sa brève histoire d’amour une expérience douce-amère qui la transformera à jamais. Un classique qui allie sensibilité d’auteur et attrait populaire.

Eva (1962)

Eva (1962) Bande Annonce originale US [HD]

Tyvian, un écrivain gallois qui a acquis la célébrité en faisant passer le manuscrit de son frère décédé pour le sien, arrive à Venise pour la première du film adapté de son livre. Là, il rencontre et devient obsédé par Eva, une prostituée cynique et cruelle de haute classe. Commence alors une relation masochiste de soumission et d’humiliation, qui conduira Tyvian à une ruine économique et psychologique totale.

Le réalisateur américain Joseph Losey, exilé en Europe, signe une œuvre impitoyable et glaciale. Sa Venise est froide, presque hostile, dépourvue de toute chaleur. Les canaux et les palais deviennent le décor indifférent d’une descente aux enfers. Le film, tourné en noir et blanc expressionniste par Gianni Di Venanzo, nie tout romantisme à la ville, l’utilisant comme un désert émotionnel où se consume la destruction d’un homme. Une œuvre radicale qui anticipe les thèmes que Losey développera dans ses chefs-d’œuvre ultérieurs.

L’Ombre ensanglantée (Solamente nero) (1978)

Solamente nero (1978) ORIGINAL TRAILER [HD 1080p]

Stefano, professeur d’université, revient pour une période de repos sur l’île de la lagune vénitienne où il est né et où vit son frère, prêtre. Son arrivée coïncide avec une série de crimes brutaux qui bouleversent la tranquillité de la petite communauté. En enquêtant, Stefano découvre un réseau de secrets, d’hypocrisie et de folie caché derrière la façade respectable de l’île.

Antonio Bido, après The Cat with the Jade Eyes, réalise un autre giallo tendu et atmosphérique. Bien que le cadre soit une île de la lagune (reconnaissable comme Murano), le film saisit parfaitement le malaise du paysage vénitien. Les atmosphères sombres et brumeuses, les canaux silencieux et les secrets que la communauté tente d’enterrer créent un fort sentiment d’angoisse. De nombreux critiques le considèrent comme redevable à Pupi Avati et à son La Maison aux fenêtres qui rient, transposant l’horreur de la province de la plaine du Pô à l’environnement tout aussi isolé et mystérieux de la lagune.

Maudits à Venise (Nero veneziano) (1978)

Les jeunes orphelins Mark et Christine emménagent à Venise dans la pension de leur tante et oncle sur l’île de la Giudecca. Mark, qui est aveugle, est tourmenté par des visions effrayantes où un homme mystérieux commet des actes diaboliques. Lorsqu’une série de morts inexpliquées frappe sa famille, ses cauchemars semblent devenir réalité, suggérant une conspiration satanique.

Ugo Liberatore réalise un film d’horreur gothique et surréaliste, imprégné d’une atmosphère morbide et décadente. Le cadre sur la Giudecca, séparée du cœur touristique de Venise, crée un monde à part, un microcosme isolé où le mal peut s’enraciner. La cinématographie d’Alfio Contini enveloppe la ville d’un « voile mortuaire », renforçant sa beauté spectrale. La lagune devient une barrière qui sépare non seulement la terre ferme mais aussi le bien du mal, la lumière des ténèbres, dans un film qui fait de l’ambiguïté et du malaise sa signature stylistique.

La Chambre interdite (Anima persa) (1977)

ÂMES PERDUES (Anima persa) de Dino Risi - Official trailer - 1977

Le jeune Tino s’installe à Venise pour étudier, logeant dans un ancien palais décadent appartenant à sa tante et son oncle. Il remarque bientôt des bruits étranges et inquiétants venant du grenier. Il découvre qu’un autre oncle, le frère de son hôte, y vit en reclus depuis des années, considéré comme fou. Tino commence à enquêter sur les secrets de la famille, révélant une vérité choquante et monstrueuse.

Dino Risi déplace le cadre du roman original de Giovanni Arpino de Turin à Venise, un choix parfait. La ville devient spectrale, « sombre et agitée », et le palais noble un organisme malade qui cache la folie. Plus qu’un thriller, c’est une histoire de fantômes, où le passé hante le présent. La cinématographie livide de Tonino Delli Colli fait de Venise un lieu funéraire, transformant le drame psychologique en un véritable conte d’horreur gothique.

The Terrorist (Il terrorista) (1963)

Le Terroriste Bande annonce VOSTFR 2024 Trailer VF

Venise, hiver 1943. Un groupe de partisans, dirigé par un ingénieur idéaliste et intransigeant, tente d’organiser la résistance armée contre les nazis-fascistes. Cependant, leurs actions se heurtent aux divisions internes au sein du Comité national de libération, aux craintes de la population et aux doutes moraux sur la violence. Le protagoniste se retrouvera de plus en plus isolé dans sa lutte.

Gianfranco De Bosio réalise un film atypique et courageux sur la Résistance, dépourvu de toute rhétorique célébratoire. Sa Venise hivernale, grise, brumeuse et repoussante est l’exact opposé de l’iconographie de la ville et reflète parfaitement l’atmosphère de clandestinité, de suspicion et de drame moral des protagonistes. Les ruelles désertes et les places vides deviennent le théâtre de filatures et de rencontres secrètes, dans un univers claustrophobe qui exprime la dureté et la solitude de la lutte partisane. Une œuvre fondamentale, avec un grand Gian Maria Volonté.

Yuppi du (1975)

Adriano Celentano - Yuppi du

Felice est un homme pauvre vivant à Venise avec sa fille, en mémoire de sa femme Silvia, qu’il croit s’être suicidée. Sa vie est bouleversée lorsque Silvia, qui en réalité avait fui à Milan pour épouser un riche homme, revient. Felice se retrouve face à un choix entre son amour passé et son bonheur présent, dans un monde qui oppose la simplicité de la vie populaire au vide de la société bourgeoise.

Œuvre atypique et inclassable, Yuppi du est une comédie musicale écologiste et anticapitaliste réalisée par et avec un Adriano Celentano en état de grâce. Sa Venise n’a rien de réaliste : c’est une scène surréaliste et féerique, un lieu de l’âme où les personnages communiquent en chantant et dansant. Le film est une expérience créative libre et vitale, qui utilise la ville de manière totalement personnelle et non conventionnelle, la transformant en théâtre pour sa très personnelle allégorie sociale. Un classique culte absolu.

Dangerous Beauty (1998)

Dangerous Beauty (1998) Trailer | Catherine McCormack | Rufus Sewell

Dans la Venise du XVIe siècle, la jeune Veronica Franco, incapable d’épouser l’homme qu’elle aime à cause de son rang social modeste, est poussée par sa mère à devenir courtisane. Grâce à son intelligence, sa culture et sa beauté, elle devient l’une des femmes les plus puissantes et influentes de la ville, poétesse reconnue et conseillère des hommes d’État, jusqu’à ce que la peste et l’Inquisition menacent sa position.

Bien que production américaine, le film raconte une histoire profondément vénitienne, celle de la courtisane et poétesse Veronica Franco. La Venise de la Renaissance est représentée comme une scène magnifique et contradictoire : un centre de culture, d’art et de liberté de pensée, mais aussi une société patriarcale où le seul chemin vers l’affirmation intellectuelle d’une femme passait par la vente de son corps. Le film explore ce paradoxe, montrant une ville aussi splendide que impitoyable.

La Vénitienne (La venexiana) (1986)

"The Venetian Woman" (1986) excerpt #1

Venise, XVIe siècle. Deux nobles dames, la veuve Angela et la jeune mariée Valeria, sont consumées par un désir inassouvi. Toutes deux ont jeté leur dévolu sur Jules, un jeune et séduisant étranger qui vient d’arriver en ville. Usant de leurs servantes comme intermédiaires, les deux femmes s’engagent dans une compétition subtile mais impitoyable pour attirer le jeune homme dans leurs lits pour une nuit de passion.

Adapté d’une pièce anonyme du XVIe siècle, le film de Mauro Bolognini est une œuvre raffinée et chargée d’érotisme. La Venise du film est un lieu presque entièrement féminin, un labyrinthe d’intérieurs somptueux, d’alcôves et de jardins secrets où se consument les désirs des protagonistes. La photographie de Giuseppe Lanci et la musique de Ennio Morricone créent une atmosphère suspendue et sensuelle, où la ville devient un théâtre de la séduction, un lieu où la frustration sentimentale alimente un désir presque prédateur.

La Main de l’étranger (1954)

1954 - Film - "La mano dello straniero" Alida Valli Angelo Cecchelin

Le petit Roger arrive à Venise pour retrouver son père, un major des services secrets britanniques, mais l’homme disparaît mystérieusement. Convaincu qu’il a été enlevé, le garçon commence à le chercher seul, s’aventurant dans une ville qu’il ne connaît pas. Avec l’aide d’une gouvernante et d’un employé d’hôtel, il se retrouve impliqué dans une intrigue d’espionnage international sur fond de Guerre froide.

Adapté d’une histoire de Graham Greene et réalisé par Mario Soldati, ce thriller italo-britannique rappelle l’atmosphère de Le Troisième Homme, mais la transpose dans le contexte unique de Venise. La ville, avec ses canaux brumeux et ses recoins sombres, devient un lieu de mystère et de danger, vu à travers les yeux effrayés mais déterminés d’un enfant. C’est une Venise inhabituelle, un carrefour d’espions et d’agents secrets où la beauté des décors contraste avec une intrigue pleine de tension.

Le Bourreau de Venise (Il boia di Venezia) (1963)

Dans la Venise du XVIIe siècle, le cruel inquisiteur Guarnieri règne sur la ville. Son plus grand ennemi est Sandrigo, le fils du Doge, qui s’oppose à sa tyrannie. Pour se débarrasser de lui, Guarnieri le fait faussement accuser d’un crime et le condamne à mort. L’exécution est confiée au bourreau, un homme masqué qui est en réalité le vrai père de Sandrigo, ignorant l’identité du condamné.

Ce film d’aventure en costume, ou cape et épée, est un exemple classique du cinéma de genre italien qui s’inspire largement de l’imagerie historique de la Sérénissime. Bien que sans grandes prétentions d’auteur, Le Bourreau de Venise utilise efficacement l’iconographie du pouvoir vénitien – le Conseil des Dix, l’Inquisition, les palais du pouvoir – pour construire un récit populaire d’intrigues, de duels et de rebondissements. Une plongée dans la Venise la plus romantique et aventureuse.

Paganini Horror (1989)

Paganini Horror (1989) - Trailer HD 1080p

Un groupe de rock entièrement féminin, pour relancer leur carrière, achète une partition inédite du violoniste Niccolò Paganini à un individu mystérieux. Elles décident de l’enregistrer et de tourner un clip vidéo dans l’ancienne villa du compositeur, une vieille maison à Venise. Mais la musique réveille l’esprit démoniaque de Paganini, qui commence à exterminer les membres du groupe et leur équipe un par un.

Luigi Cozzi réalise un film d’horreur bizarre et fascinant, un classique culte du cinéma de genre italien de la fin des années 80. Bien que la majeure partie de l’action se déroule à l’intérieur de la villa maudite, sacrifiant le paysage vénitien, la ville sert de cadre gothique parfait pour cette histoire faustienne. Le mélange de l’iconographie du musicien diabolique, des atmosphères horrifiques et de l’esthétique rock des années 80 fait du film une œuvre unique en son genre, un petit joyau de créativité underground.

Le Messager (1971)

The Go-between - Trailer

À l’été 1900, le jeune Leo est invité à passer les vacances dans la propriété campagnarde d’un camarade de classe fortuné. Là, il se retrouve à jouer le rôle de messager involontaire pour la sœur aînée de son ami, Marian, et un fermier locataire local, Ted, qui entretiennent une liaison clandestine et interdite. Cette expérience marquera à jamais sa perception de l’amour et du monde adulte.

Ce chef-d’œuvre de Joseph Losey, avec un scénario de Harold Pinter, bien que ne se déroulant pas à Venise, est une pièce fondamentale pour comprendre l’œuvre de deux auteurs qui ont également exploré en profondeur les psychologies torturées et les atmosphères oppressantes dans la ville lagunaire (Eva pour Losey, The Comfort of Strangers pour Pinter). Le film analyse les thèmes de la division des classes, du désir interdit et de la perte de l’innocence avec une maîtrise qui éclaire leur approche narrative, en faisant un contrepoint thématique parfait à leurs œuvres vénitiennes.

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Image de Fabio Del Greco

Fabio Del Greco

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