Au-delà des sentiers battus : 20 films se déroulant dans les bois

Table of Contents

La forêt, dans notre imaginaire collectif, n’est jamais simplement un rassemblement d’arbres. C’est le lieu « autre », où les lois de la ville cessent d’exister. Il y a les grands films qui ont utilisé cet espace sauvage pour des histoires inoubliables — et vous les trouverez ici. Mais le véritable cœur de ce cinéma, qui rejette la familiarité, est attiré par sa « réalité énigmatique ».

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Dans les films d’auteur, la forêt respire. Elle devient une entité active, un miroir des traumatismes psychologiques des personnages, un catalyseur de la folie, une archive de superstitions anciennes, ou un purgatoire métaphysique.

Ce guide définitif est un chemin qui unit les piliers fondamentaux, des films les plus célèbres aux œuvres indépendantes les plus radicales. Nous explorerons des films qui utilisent le cadre forestier non pas comme un simple contenant, mais comme le cœur battant du récit : un lieu où l’horreur populaire redécouvre ses racines païennes, le thriller de survie analyse le désespoir humain, et le drame d’auteur trouve la scène parfaite pour la désintégration psychologique.

Chapitre 1 : Les Bois Païens – Horreur Populaire et Mythes Anciens

L’horreur populaire est intrinsèquement liée au cinéma indépendant. C’est un sous-genre qui prospère sur un sens du lieu, de l’isolement, et la collision entre la rationalité moderne et des croyances anciennes et tordues. Dans ces films, la forêt n’est pas vide ; c’est un temple grouillant d’anciens dieux, d’esprits et de rituels oubliés, où le paysage lui-même exige un sacrifice.

The Red House

The Red House
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Thriller noir de Delmer Daves, États-Unis, 1947.
Une jeune fille nommée Meg vit avec son frère adoptif Pete et son père âgé dans une ferme isolée. La maison est entourée de bois et de terres apparemment inaccessibles connues sous le nom de « La Maison Rouge ». La maison est enveloppée de mystère et de légendes locales, et sa présence jette une ombre menaçante sur la vie de Meg et de sa famille. Lorsque Meg commence à aller à l'école, elle tombe amoureuse de Nath, un de ses camarades de classe. Les tensions montent lorsque Nath décide d'explorer le domaine de la Maison Rouge et tente de découvrir les secrets cachés à l'intérieur. Cela provoque la réaction inquiète et intimidante du père de Meg et de Pete, qui semblent vouloir cacher quelque chose d'obscur lié à la Maison Rouge.

La Maison Rouge est un thriller psychologique qui explore les secrets enfouis du passé de la famille et leur impact sur le présent. L'atmosphère sombre et claustrophobe de l'histoire crée un sentiment de suspense et de mystère. Au fur et à mesure que l'histoire se déroule, les secrets de la Maison Rouge et leurs liens avec la famille émergent, menant à des révélations choquantes et à un climax tendu. Le film mêle des éléments de noir et de suspense avec des éléments de drame familial. Il est connu pour sa cinématographie évocatrice et les performances intenses du casting, et explore des thèmes tels que la culpabilité, le secret et la rédemption, avec un regard psychologique sur des dynamiques familiales complexes. C’est une œuvre moins connue du genre thriller psychologique qui est devenue un film culte au fil des ans grâce à son intrigue captivante et ses performances intenses.

LANGUE : Anglais
SOUS-TITRES : Espagnol, Français, Allemand, Portugais

Hagazussa (2017)

Hagazussa - Official UK Trailer HD

Dans les Alpes autrichiennes du XVe siècle, la jeune Albrun vit en paria dans une cabane isolée. Ostracisée par les villageois qui la croient sorcière et hantée par le traumatisme de la mort de sa mère, elle sombre lentement dans un vortex de paranoïa, de visions païennes et de folie.

Hagazussa, un terme en vieux haut allemand signifiant « sorcière » ou « chevaucheuse de haies », est une horreur populaire psychologique qui utilise la forêt comme un héritage toxique. La forêt alpine oppressante, constamment enveloppée de brouillard, n’est pas un refuge pour Albrun ; c’est une prison émotionnelle qui reflète visuellement sa déchéance mentale. Le réalisateur Lukas Feigelfeld explore la psyché d’une femme marquée par la superstition. La forêt est sa seule compagne, mais c’est une compagne qui murmure des secrets sombres, confondant traumatisme et surnaturel. La nature devient la scène d’un rituel grotesque, une exploration viscérale de la manière dont l’isolement et la misogynie peuvent transformer une victime en monstre que les autres ont toujours voulu voir.

November (2017)

November Trailer #1 (2018) | Movieclips Indie

Dans un village estonien pauvre et désespéré du XIXe siècle, les paysans survivent à un hiver brutal en recourant à la magie, au vol et à des pactes avec le diable. Ils créent des kratts, des serviteurs magiques faits d’outils agricoles et d’os, pour les aider. Dans ce monde désolé, la jeune Liina utilise la magie pour conquérir l’amour non partagé de Hans.

November est un « fantasy-noir » qui dépeint les bois comme un marché surnaturel désolé. La photographie extraordinaire en noir et blanc dépouille le paysage de tout romantisme. Ce n’est pas la nature enchantée des contes de fées ; c’est un lieu brutal où la survie a un coût spirituel tangible. Les bois sont l’endroit où l’on rencontre le diable pour acheter une âme pour leur kratt, et où ces créatures bizarres et merveilleuses — faites de charrues, de faucilles et de crânes d’animaux — prennent vie. C’est un folk horror sur le désespoir : la forêt n’offre aucun mysticisme, seulement un pacte faustien pour passer un autre hiver.

Luz : La Fleur du Mal (2019)

LUZ THE FLOWER OF EVIL Official Trailer (2019)

Dans une communauté montagnarde reculée en Colombie, un prédicateur connu sous le nom d’El Señor dirige ses fidèles d’une main de fer. Il revient au village portant un enfant qu’il croit être le nouveau Messie. L’arrivée de l’enfant, conjuguée à l’éveil de la féminité des trois filles du prédicateur, déclenche une spirale de violence, de doute et de terreur mystique.

Ce folk horror colombien est un trip acide qui mêle fanatisme religieux et horreur primordiale de la nature. La forêt tropicale montagneuse n’est pas païenne ; c’est un espace hyper-catholique et hallucinatoire, un lieu « lyrique et poétique » qui sert de miroir à « l’obscurité qui vit en nous ». À la manière d’un Jodorowsky rencontrant la jungle, le film utilise une beauté luxuriante comme contraste brutal à une foi corrompue. Les bois sont le témoin de la folie humaine, un lieu où la nature et la féminité sont systématiquement corrompues par le désir primitif de l’homme de contrôler le divin.

Errementari (2017)

Errementari: The Blacksmith and the Devil (2017) | Trailer

Situé au Pays basque en 1843, le film suit un forgeron craint et isolé qui, selon la légende locale, a un pacte avec le diable. Lorsqu’une orpheline, Usue, s’introduit dans sa forteresse dans les bois pour récupérer une poupée, elle découvre que le forgeron retient un véritable démon enchaîné dans sa forge.

Basé sur un conte populaire basque, Errementari est un conte de fées gothique et sombre. Les bois ici sont le classique darkwood du folklore européen : une barrière physique et superstitieuse séparant le village civilisé du mystère indicible. La forêt de Patxi est un purgatoire auto-imposé, un lieu où la boue, le fer et le feu de sa forge se mêlent au surnaturel. C’est un film visuellement riche qui traite le folklore avec un sérieux absolu, utilisant les bois comme un royaume liminal où humains et démons de l’enfer peuvent littéralement entrer en collision.

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Sennentuntschi (2010)

Sennentuntschi (2010) Trailer

Dans un village isolé des Alpes suisses, une mystérieuse femme muette apparaît de nulle part. Sa présence coïncide avec les soupçons que trois bergers solitaires, rendus fous par la solitude, ont créé un « Sennentuntschi » : une poupée de paille animée par le diable pour satisfaire leurs désirs charnels.

Ce thriller folklorique suisse est un brillant exercice d’ambiguïté. Le cadre alpin, similaire à Hagazussa, est un vide psychologique. La forêt d’altitude est un lieu de solitude si profonde que la superstition et la violence masculine refoulée remontent à la surface. Le film tisse habilement la légende du Sennentuntschi avec une énigme policière, nous laissant dans le doute : la femme est-elle un démon né du désespoir des bergers, ou une victime humaine sur laquelle la communauté projette ses peurs les plus sombres ? Les bois sont le catalyseur de la folie collective.

Le Renne blanc (1952)

Trailer: Valkoinen peura / The White Reindeer (1952) Restoration

Dans la désolée Laponie finlandaise, la jeune épouse d’un éleveur de rennes, Pirita, se sent seule et sexuellement frustrée. Elle se tourne vers un chaman local pour une potion d’amour, mais un sacrifice raté la transforme, lors de la pleine lune, en un renne blanc vampirique qui attire les chasseurs locaux vers leur mort.

Un chef-d’œuvre fondamental de l’horreur folklorique. Les « bois » ici sont les étendues infinies et aveuglantes de neige de la Laponie. Le réalisateur Erik Blomberg utilise ce paysage minimaliste comme une puissante métaphore visuelle de la solitude de Pirita. Sa transformation est un acte sublime de rébellion : frustrée par son mari chasseur, elle devient la proie la plus convoitée et mortelle, une incarnation vampirique de la nature sauvage elle-même. C’est une analyse incroyablement moderne de la répression et du désir féminins, déguisée en conte mythologique.

Chapitre 2 : La nature comme Église de Satan – Horreur existentielle et folie

Dans ces films, les bois ne sont pas seulement un lieu de dieux anciens, mais un agent actif du chaos psychologique. C’est un « limbe tordu de l’âme ». C’est « l’Éden » de Lars von Trier, un lieu où la nature ne guérit pas mais infecte, démantelant la rationalité et amplifiant la douleur jusqu’à ce qu’elle se transforme en pure horreur.

Antichrist (2009)

Antichrist (2009) ORIGINAL TRAILER [HD 1080p]

Après la mort tragique de leur fils unique, un couple se retire dans une cabane isolée au cœur des bois appelée « Éden ». Lui, thérapeute, tente de soigner son extrême chagrin et sa culpabilité, mais la nature environnante devient un catalyseur de folie, de violence sexuelle et d’une terrifiante révélation sur la nature du mal.

Lars von Trier, écrivant depuis les profondeurs de sa propre dépression, crée le manifeste définitif des bois comme enfer psychologique. Le nom « Éden » est une ironie cruelle. La nature ici ne guérit pas ; elle tourmente. C’est le lieu où, comme le déclare « Elle », « la nature est l’église de Satan. » Les bois de Antichrist sont une entité primordiale et maligne, un « chaos qui règne » et trouve son expression parfaite dans la désintégration psychologique du protagoniste. Les bois sont l’espace lapsarien où le chagrin, le sexe et la culpabilité s’effondrent, menant à l’un des actes les plus troublants et discutés du cinéma jamais créés.

A Field in England (2013)

A Field In England - Official Trailer

Durant la guerre civile anglaise, un groupe de déserteurs fuit une bataille et traverse un champ envahi par la végétation. Ils sont capturés par un alchimiste et forcés, sous l’influence de puissants champignons hallucinogènes, à chercher un trésor enfoui. Leur santé mentale se dissout rapidement dans un cauchemar paranoïaque.

Ben Wheatley condense l’horreur des bois en un seul champ. Cette « forêt horizontale » est un purgatoire, un microcosme d’une nation en guerre contre elle-même. La nature elle-même, ingérée via les champignons, devient l’antagoniste. Dans un noir et blanc fiévreux et stroboscopique, le paysage devient une prison psychédélique. Il n’y a pas d’échappatoire. C’est un film viscéral qui montre les bois (ou le champ) comme un lieu où les hiérarchies humaines et les lois de la physique sont démantelées, ne laissant qu’un cri primordial.

Without Name (2016)

WITHOUT NAME Trailer (2017) Horror Movie

Un géomètre, Eric, fuit une vie familiale troublée pour une mission : cartographier une ancienne forêt irlandaise reculée. Les bois, que les locaux appellent « Sans Nom » parce qu’ils refusent d’être cartographiés, semblent posséder leur propre intelligence et commencent à éroder sa santé mentale.

C’est un éco-horreur lovecraftien. Les bois sont le monstre : une entité consciente, ancienne et indifférente. Les outils modernes d’Eric — son équipement de géomètre — représentent une invasion de la technologie dans la nature, et les bois résistent activement. Ils refusent d’être nommés ou compris. Par une utilisation magistrale du son et une atmosphère psychédélique, la forêt démantèle l’ego du protagoniste. C’est un film terrifiant sur la nature en tant que « Autre » cosmique, un lieu qui nous observe et nous juge.

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Onibaba (1964)

Onibaba 鬼婆 (1964) - Unofficial trailer

Au Japon du XIVe siècle, ravagé par la guerre civile, une vieille femme et sa belle-fille survivent en attirant des samouraïs déserteurs dans un vaste champ de roseaux susuki. Elles les tuent, jettent les corps dans une fosse et vendent leur armure. Leur symbiose mortelle est menacée par l’arrivée d’un voisin et par la jalousie sexuelle.

Les « bois » dans Onibaba sont une mer claustrophobique de roseaux. Ce paysage n’est pas solide ; il est en perpétuel mouvement, inquiétant. Les roseaux cachent la fosse, la cabane et les meurtres, créant un « drame de chambre en plein air ». Les roseaux sont le parfait corrélatif objectif de l’existence primordiale des femmes, animées uniquement par les instincts jumeaux : la survie et la sexualité. Le vent qui secoue sans cesse les roseaux est la bande-son de leur désespoir. C’est un chef-d’œuvre d’horreur érotique où le paysage est, à toutes fins utiles, à la fois complice et prison.

Chapitre 3 : L’Impulsion Primitve – Survie et Conflit avec la Nature Sauvage

Cette section est dédiée au drame de survie et à l’horreur. Ici, la forêt est l’adversaire physique et tangible. C’est un lieu qui dépouille les protagonistes de la civilisation, les réduit à leurs besoins fondamentaux, et les force à affronter leur propre animalité dans une lutte darwinienne pour la vie.

Backcountry (2014)

BACKCOUNTRY - BEAR ATTACK SCENE (2015)

Un couple citadin, Alex et Jenn, part camper au cœur de la nature sauvage canadienne. Alex, pour prouver sa masculinité, refuse une carte et insiste pour emprunter un sentier fermé. Ils se perdent rapidement, et leur mésaventure tourne au cauchemar lorsqu’ils sont traqués par un ours noir prédateur.

Backcountry est une critique féroce de la « crise de la masculinité ». L’arrogance et l’insécurité d’Alex sont les véritables moteurs de la tragédie. La forêt, magnifiquement filmée, est brutalement indifférente. Ce n’est pas un ennemi mythologique ; c’est un système écologique réel avec des conséquences réelles. L’ours n’est pas « maléfique » ; il agit simplement selon sa nature. Le film utilise la forêt comme scène pour démontrer comment l’ego masculin et le refus d’admettre sa fragilité sont les faiblesses les plus mortelles face à la véritable nature sauvage, non romantique.

The Survivalist (2015)

The Survivalist (2017) - Official Trailer (HD)

Dans un futur proche post-effondrement, un homme vit seul dans une cabane, cultivant un petit jardin caché au cœur de la forêt. Son existence précaire et paranoïaque est bouleversée par l’arrivée de deux femmes, une mère et sa fille, cherchant nourriture et refuge, déclenchant une négociation tendue pour la survie.

Dans ce thriller dystopique, les bois sont un Éden défendu avec douleur. C’est la seule chose qui sépare la vie de la famine. Le film est un « drame de chambre » austère et tendu, presque dépourvu de dialogues. La forêt n’est pas un lieu d’évasion spirituelle, mais un retour à un état animal. La survie a réduit l’existence à seulement trois éléments : la terre (nourriture), la violence (défense) et le sexe (négociation). C’est un portrait brut et impitoyable de ce qu’il reste de l’humanité lorsque la société disparaît.

Grizzly Man (2005)

Grizzly Man (2005) Official Trailer - Werner Herzog Documentary HD

Le documentaire de Werner Herzog retrace la vie et la mort de Timothy Treadwell, un écologiste amateur qui a passé treize étés à vivre sans armes parmi les grizzlis en Alaska. Le film utilise des images tournées par Treadwell lui-même, avant que lui et sa compagne ne soient déchiquetés par l’un des ours qu’il aimait.

Grizzly Man est un examen philosophique de notre perception de la nature sauvage. Herzog met en scène un affrontement entre deux visions du monde : d’un côté, la vision romantique de Treadwell, un « marginal social » qui voit la forêt comme un paradis de « renaissance » et les ours comme des amis ; de l’autre, la vision brutale d’Herzog, qui ne voit dans la nature que « chaos et meurtre ». La nature sauvage de l’Alaska est le juge impassible de ce débat, et le destin de Treadwell est la réponse terrifiante d’Herzog au sentimentalisme humain.

Spoor (2017)

SPOOR (POKOT) - trailer EN

Dans un village isolé de Pologne, à la frontière avec la République tchèque, Janina Duszejko, une vieille femme excentrique, militante pour les droits des animaux et astrologue, est dévastée par la disparition de ses chiens. Lorsque les chasseurs les plus en vue de la région commencent à être tués de manière mystérieuse, elle suggère à la police que les animaux de la forêt prennent leur revanche.

Adapté d’un roman de la lauréate du prix Nobel Olga Tokarczuk, Spoor est un « thriller judiciaire » qui se transforme en fable écologique. La forêt ici est victime d’un patriarcat brutal et d’une culture de la chasse enracinée. Le film d’Agnieszka Holland personnifie la rage de « Mère Nature » dans le personnage de Janina. Les bois deviennent un lieu de justice mystique, une œuvre fascinante qui interroge où s’arrête l’écologisme et où commence l’écoterrorisme, transformant la forêt en une entité qui, enfin, riposte.

Chapitre 4 : L’Éden des réfugiés, perdu – Fuite de la société et drame psychologique

Dans ce chapitre, les bois sont un choix délibéré. Ils sont un refuge recherché, une fuite active de la société. Mais cette isolation volontaire, souvent commencée comme une utopie, devient une épreuve pour les liens humains, une prison psychologique, ou la manifestation douloureuse d’un traumatisme que la civilisation n’a pas pu guérir.

Leave No Trace (2018)

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Will, un vétéran souffrant de SSPT, vit illégalement et hors réseau avec sa fille de treize ans Tom dans un vaste parc forestier public à Portland, Oregon. Lorsqu’ils sont découverts, leur symbiose parfaite est menacée par la tentative de la société de les réintégrer, forçant Tom à choisir entre le monde et son amour pour son père.

Debra Granik offre un portrait d’une tendresse et d’une intelligence déchirantes. Les bois ici sont un « refuge », un « Éden » nécessaire pour la psyché blessée de Will. C’est le seul endroit où le bruit du monde s’apaise. Mais la tragédie magnifiquement articulée du film est que le paradis d’un père est une cage pour sa fille. La forêt est le lieu de leur amour parfait, mais elle est aussi le symbole de leur déconnexion avec le monde. C’est un superbe drame indépendant qui culmine dans la prise de conscience de Tom : « la même chose qui ne va pas chez toi, ne va pas chez moi. »

Dogtooth (2009)

Dogtooth - Official Trailer

Un mari et une femme maintiennent leurs trois enfants désormais adultes complètement isolés du monde extérieur dans un enclos clôturé. Les enfants vivent selon un ensemble déformé de règles et un vocabulaire inventé, croyant qu’ils ne peuvent quitter la maison que lorsque leur dent de chien tombe.

Yorgos Lanthimos, chef-d’œuvre de la « Weird Wave » grecque, ne se déroule pas dans une forêt sauvage, mais dans son substitut bourgeois : un jardin clôturé. Ces « bois » manucurés sont une prison psychologique. La haute clôture est la limite du monde connu. L’extérieur, la « vraie forêt », est un lieu diabolisé, peuplé de « chats » meurtriers. Lanthimos utilise cet espace vert isolé pour mettre en scène une allégorie terrifiante et absurde du totalitarisme, du contrôle patriarcal et de l’isolationnisme politique.

La Planète la plus solitaire (2011)

The Loneliest Planet - Official Trailer | IFC Films

Un jeune couple fiancé, Alex et Nica, fait une randonnée avec un guide local dans les majestueuses montagnes du Caucase en Géorgie. Leur voyage idyllique est interrompu par un seul geste momentané — un acte de lâcheté d’Alex face à une menace — qui change irrévocablement leur relation.

C’est le « cinéma lent » à son plein potentiel psychologique. Les « bois » ici sont le paysage montagneux du Caucase, « écrasamment ouvert et terriblement fermé ». La réalisatrice Julia Loktev utilise l’immensité et l’indifférence de la nature sauvage comme une chambre d’écho. Il n’y a pas de monstre. Le paysage à couper le souffle devient une prison de silence, forçant le couple à marcher pendant des heures dans les retombées émotionnelles de leur « petit incident ». La nature ne les attaque pas ; elle se contente d’observer leur lien se défaire.

It Comes at Night (2017)

It Comes at Night Trailer #1 (2017) | Movieclips Trailers

Après qu’une maladie hautement contagieuse a détruit le monde, une famille se barricade dans une maison isolée au cœur des bois. Leur fragile ordre est menacé lorsqu’une autre jeune famille cherche refuge, déclenchant une spirale de paranoïa, de méfiance et de violence.

Le coup de génie de ce film A24 réside dans son effet d’appât et de substitution. Il n’y a pas de monstre dans les bois. Le « ça » qui vient la nuit n’est pas une créature, mais la peur, la paranoïa, la suspicion. Les bois « profondément isolés » servent de cocotte-minute. En l’absence de société, la forêt devient le lieu où la seule loi qui compte est la protection de la famille nucléaire. C’est un thriller psychologique tendu et terrifiant, non pas sur l’horreur cachée dans les arbres, mais sur « ce dont vous seriez capable » pour protéger les vôtres.

Chapitre 5 : La Zone Sombre – Paysages Métaphysiques et les Blessures de la Guerre

Dans cette dernière section, les bois transcendent le physique. Ils deviennent un espace métaphysique, un purgatoire, ou un paysage de l’âme. Ce ne sont pas de vraies forêts, mais des projections de la psyché, souvent marquées à jamais par le traumatisme de la guerre, où la nature elle-même est une plaie ouverte.

Stalker (1979)

Stalker (Сталкер) (1979) trailer

Un « Stalker », un guide professionnel, accepte d’emmener un Écrivain et un Professeur dans la « Zone » : une zone mystérieuse, militarisée et dangereuse où l’on dit qu’une « Chambre » existe, capable d’exaucer les désirs les plus profonds et véritables d’une personne.

Le chef-d’œuvre métaphysique d’Andrei Tarkovsky présente la « Zone » comme la forêt cinématographique ultime. C’est un paysage post-industriel que la nature a repris, un « monde imbibé » de vert, d’eau et de rouille. La Zone est une entité vivante, un labyrinthe qui n’est pas physique mais psychologique. Elle n’obéit pas aux lois de la physique, mais à celles de l’âme. Les bois, ici, sont un pèlerinage philosophique vers le cœur de la foi humaine, du cynisme et du désir.

Come and See (1985)

COME AND SEE Trailer

Durant l’occupation nazie de la Biélorussie en 1943, l’adolescent Flyora rejoint avec enthousiasme les partisans soviétiques. Au lieu d’aventure et de gloire, le garçon plonge dans un cauchemar fiévreux et surréaliste, témoin d’atrocités inimaginables qui le feront vieillir prématurément.

Le film antimilitariste d’Elem Klimov est peut-être le film le plus dévastateur jamais réalisé. Les « bois et marais » de Biélorussie sont le théâtre de l’horreur. Il n’y a pas d’échappatoire. Les bois sont la cachette des partisans et, en même temps, le lieu des massacres des villages. Klimov transforme la forêt en un « cauchemar de la Seconde Guerre mondiale », un lieu mythique et infernal. La célèbre scène où Flyora traverse la « boue infecte » n’est pas une survie : c’est une descente aux enfers sur terre, avec les bois comme témoins muets.

Tu ne seras pas seule (2022)

You Won't Be Alone - Official Trailer

Dans un village macédonien du XIXe siècle, une jeune fille est enlevée et transformée en sorcière muette par un esprit ancien. Curieuse de la vie, la nouvelle sorcière entame une odyssée, tuant et prenant la forme de diverses personnes et animaux pour comprendre ce que signifie être humain.

Un folk horror macédonien qui renverse les attentes. La forêt est le berceau du « monstre », l’espace du surnaturel. Mais le film ne s’intéresse pas à l’horreur de la forêt ; il s’intéresse à la curiosité de la sorcière envers le village. C’est un Terrence Malick rencontre l’horreur, où la forêt représente un état pré-humain, et la protagoniste, Nevena, utilise ses pouvoirs terrifiants pour un voyage lyrique et émouvant vers l’humanité. La forêt est l’origine, mais l’humanité (avec toute sa douleur) est la destination.

Valhalla Rising (2009)

'Valhalla Rising' Trailer HD

Un guerrier viking muet et borgne s’échappe de sa captivité et rejoint un groupe de croisés chrétiens. Leur navire, enveloppé d’un brouillard sans fin, accoste sur une terre inconnue — le « Nouveau Monde » — qu’ils prennent pour l’Enfer, alors que leur foi et leur raison s’effondrent.

C’est le « voyage au cœur des ténèbres » de Nicolas Winding Refn. Les bois d’Amérique du Nord ne sont pas une terre promise ; ils sont un vide métaphysique. Les chrétiens, dont la foi s’effondre, projettent leurs terreurs sur un paysage qui leur est simplement indifférent. Refn traite « la nature comme la seule vraie divinité ». La forêt est silencieuse, primordiale, et ne répond pas à leurs prières. C’est cette absence de Dieu, ce vaste silence vert, qui les détruit, transformant le film en un cauchemar viking existentiel.

Naked (1993)

Naked (1993) - Was I Bored?!

Johnny, un vagabond volubile, brillant et misogyne, fuit Manchester et entreprend une odyssée nocturne à travers les rues désolées d’un Londres post-Thatcher, entrant en collision avec d’autres marginaux dans un vortex de nihilisme, de philosophie et de désespoir.

Le film final est une hérésie, une provocation. Naked est un film situé dans les bois où les bois n’existent pas. Ou plutôt, les bois sont la ville. Mike Leigh présente le Londres nocturne non pas comme un sommet de civilisation, mais comme une jungle urbaine, un « paysage atomisé et fragmenté », froid et hostile. Johnny est le survivant, l’animal-philosophe qui se déplace à travers cette nature sauvage de béton. Inclure Naked sert à prouver le point final : les « bois » dans le cinéma indépendant ne sont pas une question d’arbres, mais un état d’esprit. C’est le lieu en marge, où la société échoue.

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Image de Fabio Del Greco

Fabio Del Greco

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