30 meilleurs films se déroulant en Sicile

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La Sicile n’est pas une île. C’est un continent cinématographique. Il y a l’image iconique que le monde connaît, celle des grands chefs-d’œuvre qui l’ont rendue légendaire — et vous y trouverez les piliers fondamentaux. Mais ce guide est aussi une contre-carte. Un voyage dans une île différente, au caractère inconfortable, archaïque et métaphysique.

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La véritable Sicile cinématographique est un purgatoire, un théâtre en plein air de l’absurde. Le cinéma d’auteur n’a pas cherché à vendre l’île, mais à la comprendre, à arracher un fragment de vérité. Ce n’est pas un simple guide, mais un chemin qui unit les films les plus célèbres aux productions indépendantes les plus radicales.

C’est une cartographie des regards : de la lutte des classes néoréaliste de Visconti à la prison métaphysique de Rossellini et Antonioni ; de l’épopée anthropologique de Vittorio De Seta au cauchemar post-atomique de Ciprì et Maresco. Jusqu’aux réalisateurs émergents d’aujourd’hui qui utilisent l’horreur et le fantastique pour dépeindre une île qui est, une fois encore, un laboratoire de langages.

Les Origines. L’Île Métaphysique

Avant de devenir un décor touristique, la Sicile fut le laboratoire du Néoréalisme et le berceau du Modernisme cinématographique. Des auteurs qui, travaillant hors de la logique des studios, ont utilisé le paysage sicilien non pour sa beauté, mais pour sa brutalité honnête. L’île est devenue le miroir de la lutte politique, de l’emprisonnement existentiel et du vide émotionnel.

La Terra Trema (1948)

🚩 LA TERRA TREMA (1948) Directed by Luchino Visconti

Un groupe de pêcheurs à Aci Trezza, exploités par des grossistes, tente de s’émanciper en devenant indépendants. Leur bateau et leur maison sont hypothéqués, mais la mer et la société se retournent contre eux. La tentative échoue, les laissant plus pauvres qu’avant, contraints de retourner travailler pour les mêmes maîtres qu’ils avaient défiés.

Chef-d’œuvre néoréaliste de Luchino Visconti, La Terra Trema est l’antithèse du cinéma de studio. Tourné entièrement à Aci Trezza avec des pêcheurs locaux jouant en dialecte strict (un choix politique radical pour l’époque), le film transforme le roman de Verga I Malavoglia en une épopée marxiste. La Sicile ici n’est pas un lieu agréable, mais une arène de lutte des classes archaïque et immobile. Visconti utilise le paysage marin non pour sa beauté, mais comme symbole d’un destin immuable, une force qui donne la vie et la reprend, reflétant l’oppression économique qui écrase les protagonistes.

Stromboli (1950)

Stromboli • Trailer original • Estreia 29/MAR

Karin, une réfugiée lituanienne (Ingrid Bergman), épouse un pêcheur de l’île de Stromboli pour échapper à un camp d’internement. Cependant, elle se retrouve prisonnière d’un environnement sauvage, primitif et hostile, dominé par le volcan. Incapable de s’intégrer et terrifiée par la nature ainsi que par la mentalité fermée des insulaires, elle tente une fuite désespérée par-dessus la montagne.

Stromboli marque le début de la collaboration entre Roberto Rossellini et Ingrid Bergman, mais c’est avant tout une œuvre révolutionnaire, un film « indépendant » qui mêle néoréalisme et drame psychologique. L’île est un personnage. Le volcan n’est pas un simple décor ; il est l’antagoniste. Rossellini utilise la Sicile volcanique des îles Éoliennes pour représenter un état de l’âme : c’est un purgatoire terrestre, un lieu d’expiation. La lutte de Karin n’est pas contre la société (comme chez Visconti), mais contre Dieu et la Nature, dans une dimension métaphysique que seul un paysage aussi extrême pouvait incarner.

L’Avventura (1960)

L'AVVENTURA (1960) - TRAILER

Lors d’une excursion en bateau aux îles Éoliennes, une jeune femme nommée Anna disparaît mystérieusement sur un îlot désert. Son amant, Sandro, et sa meilleure amie, Claudia, commencent à la chercher. Mais la recherche se transforme rapidement en un voyage erratique à travers la Sicile, au cours duquel se noue une relation marquée par le vide et l’aliénation entre les deux.

Chef-d’œuvre de Michelangelo Antonioni et film scandaleux qui a redéfini la narration cinématographique, L’Avventura est la quintessence du cinéma d’auteur indépendant. Antonioni utilise la Sicile (les îles Éoliennes, Noto, Taormine) de manière révolutionnaire. Il ignore tous les stéréotypes folkloriques et se concentre sur la géométrie désolée du paysage, qui devient le miroir de la crise morale et du vide émotionnel des protagonistes. La disparition d’Anna, jamais résolue, est le prétexte pour montrer l’incapacité des personnages à ressentir des émotions authentiques. La Sicile d’Antonioni est un espace métaphysique, aride, aveuglant, où l’architecture baroque ne fait que souligner la décadence intérieure de la bourgeoisie.

Salvatore Giuliano (1962)

Salvatore Giuliano - Trailer

Le film s’ouvre sur la découverte du corps du bandit sicilien Salvatore Giuliano en 1950 à Castelvetrano. À partir de là, la narration progresse par des flashbacks et flash-forwards non linéaires, reconstruisant les événements de sa vie, le massacre de Portella della Ginestra, et les liens complexes entre banditisme, mafia et politique dans la Sicile d’après-guerre, culminant avec le procès de Viterbe.

Œuvre politique fondamentale de Francesco Rosi, Salvatore Giuliano est un film d’enquête déguisé en cinéma d’auteur. Rosi, filmant sur les lieux mêmes des événements (Montelepre, Castelvetrano) et utilisant de nombreux acteurs non professionnels, crée une œuvre qui est l’opposé d’un film biographique. Giuliano est presque absent, une figure fantomatique. Le véritable protagoniste est le paysage sicilien : aride, poussiéreux, criblé de balles. Rosi utilise cet espace pour montrer une île où la vérité est inaccessible, enfouie sous des couches d’omertà, de corruption et de pouvoir. C’est une analyse impitoyable de la Sicile comme épicentre des mystères non résolus de la République italienne.

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Le Monde Perdu. L’Épopée Anthropologique de Vittorio De Seta

Personne n’a filmé la Sicile comme Vittorio De Seta. Décrit par Pasolini comme un « poète de la vérité » et par Scorsese comme « un anthropologue qui parle avec la voix d’un poète », De Seta a créé, entre 1954 et 1959, une série de documentaires siciliens indépendants (rassemblés dans The Lost World) qui sont une pure épopée. Tournant en éblouissant Technicolor et Cinemascope, il a capturé un monde pré-industriel et rituel au moment précis avant sa disparition, créant une véritable « mythologie du labeur ».

Lu tempu di li pisci spata (1954)

Messina 1954 "Lu Tempu Di Li Pisci Spata" - di Vittorio De Seta.

Dans les eaux du détroit de Messine, les pêcheurs pratiquent la chasse ancienne et dangereuse à l’espadon. Du haut du mât, un guetteur scrute la mer. Une fois la proie repérée, les bateaux (lontre) se lancent à sa poursuite. Le combat qui s’ensuit est un rituel violent et archaïque, un duel entre l’homme et l’animal.

Ce court-métrage est une pure poésie visuelle. De Seta utilise le Technicolor saturé et le format Cinemascope non pas pour embellir, mais pour donner une dimension épique et presque mythologique à un travail brutal. Le « temps de l’épée » est un rite répété depuis des millénaires. De Seta se concentre sur les visages, les gestes rituels et la fatigue, enregistrant les chants et les sons sans commentaire extérieur. C’est une observation participante qui élève un événement de pêche à une tragédie grecque, fixant sur pellicule un monde au bord de la disparition.

Surfarara (1955)

A tribute to Vittorio De Seta Part 2 - Surfarara (1955)

Dans les profondeurs des mines de soufre de l’intérieur sicilien, hommes et garçons travaillent dans des conditions inhumaines. Le documentaire suit les mineurs dès l’aube alors qu’ils descendent à 500 mètres sous terre, extraient la roche et la remontent à la surface, dans un cycle de labeur qui semble immuable et infernal.

Si Lu tempu était un rituel solaire, Surfarara est une descente aux enfers. De Seta porte sa caméra dans un lieu d’obscurité et d’oppression, documentant une exploitation presque féodale. La Sicile montrée ici est à mille lieues de toute côte touristique : c’est un intérieur aride et pauvre. L’usage du son est magistral : le silence n’est brisé que par le bruit des pioches, la respiration lourde et les chants mélodiques, qui ressemblent plus à des lamentations qu’à des chants de travail. De Seta saisit la culture ancestrale de la souffrance.

Contadini del mare (1955)

Contadini Del Mare (di Vittorio De Seta, 1955)

Sur la côte de Granitola, à l’aube, les pêcheurs se préparent pour la « mattanza », l’abattage du thon. La préparation des filets est méticuleuse, un rituel collectif. L’attente est rompue par l’apparition des thons, qui sont conduits dans la « chambre de la mort ». L’eau devient rouge dans une explosion de violence rituelle, qui se termine par une action de grâce à Dieu.

Similaire dans le thème à Lu tempu, ce film est encore plus structuré comme une symphonie visuelle de la mort. De Seta filme la mattanza non pas avec un regard sensationnaliste, mais avec la sacralité d’un « rite terrible et mortel ». La Sicile est une arène où le cycle vie-mort se manifeste avec une violence primordiale. L’utilisation de chants rythmiques qui accompagnent les efforts des pêcheurs transforme le travail en une danse macabre. C’est un cinéma anthropologique qui trouve l’épique dans la réalité quotidienne.

Pasqua in Sicilia (1955)

Pasqua In Sicilia - Vittorio De Seta 1955

À San Fratello, une ville des montagnes des Nebrodi, la célébration de Pâques se transforme en un événement syncrétique. Lors de la procession du Vendredi saint, la passion du Christ est interrompue par des figures carnavalesques, les « Juifs », qui soufflent dans des trompettes et perturbent la cérémonie, mêlant le sacré et le profane dans un rituel chaotique et ancien.

Ici, De Seta explore le syncrétisme religieux sicilien. L’île ne se résume pas au travail, mais aussi au rituel et au mysticisme. Le film documente une forme de résistance culturelle où les éléments païens et chrétiens fusionnent. De Seta saisit la « vitalité d’une culture non contaminée » qui exprime sa vision du monde à travers une performance collective. C’est une analyse visuelle de la manière dont la Sicile a absorbé et retravaillé la religion en une forme unique et théâtrale.

Pescherecci (1958)

"PESCHERECCI" film di Vittorio De Seta 1958

Un bateau de pêche sicilien quitte le port pour une nuit de pêche. Le documentaire suit la vie à bord : le lancer des filets, l’attente patiente, la remontée des poissons sous la lumière des lampes, et le retour au port à la première lueur de l’aube, clôturant le cycle quotidien de la survie.

Tourné trois ans après les autres courts siciliens, Pescherecci montre une évolution dans le style de De Seta. Moins centré sur la violence rituelle de la mattanza, c’est un portrait plus intime et nocturne du travail. La Sicile y est un espace d’obscurité et d’attente. De Seta capture la beauté presque abstraite des lumières sur l’eau et l’épuisement silencieux des pêcheurs. C’est un témoignage de la normalité du labeur, une élégie pour un métier qui définit l’identité de l’île.

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Parabola d’oro (1955)

Parabola d oro 1955 - Vittorio De Seta, film completo in Italiano

Dans l’intérieur sicilien, le documentaire suit le cycle de la récolte du blé. De l’aube au crépuscule, les paysans travaillent sous un soleil implacable, utilisant faucilles et méthodes anciennes. Le blé, « l’or » de la terre, est récolté avec des gestes répétés à l’identique depuis des siècles, dans un paysage aride et aveuglant.

Ce film est le pendant terrestre des films sur la mer. La « Parabole d’or » est le blé, mais aussi la parabole du labeur biblique. De Seta utilise le paysage ensoleillé et aride pour souligner la dureté du travail agricole. L’intérieur de la Sicile est présenté comme un lieu « inchangé depuis des siècles », où la relation entre l’homme et la terre repose encore sur une lutte directe et physique. C’est la conclusion parfaite du cycle Il mondo perduto, immortalisant les trois piliers de la Sicile archaïque : la mine, la mer, la terre.

Palermo Underground. L’esthétique grotesque de Ciprì & Maresco

Si De Seta cherchait la dignité dans le passé, Daniele Ciprì et Franco Maresco ont documenté la fin de toute dignité dans le présent. Le leur est le véritable cinéma underground sicilien, une attaque frontale, presque pasolinienne, contre l’image édulcorée de l’île. Rejetant à la fois la nostalgie et les épopées mafieuses, leur Palerme est un « univers cauchemardesque », un « monde égout » post-apocalyptique. Ils utilisent le grotesque, la déchéance et le blasphème comme actes politiques pour montrer une humanité régressée à un état animal.

Cinico TV (1989-1992)

Cinico TV . Volume primo 1989-1992 Trailer 5

Une série de courts métrages et de sketches réalisés pour la télévision (Rai3). Situés dans une Palerme spectrale, ils mettent en scène des personnages récurrents (comme les frères Abbate ou Paviglianiti) pris dans des situations surréalistes, grotesques et nihilistes. Le tout filmé en noir et blanc granuleux et sale.

Cinico TV est le laboratoire où Ciprì et Maresco ont forgé leur esthétique. En introduisant l’underground dans la programmation télévisuelle nationale, ils ont démantelé le langage du petit écran. Leur Sicile est un non-lieu, une périphérie existentielle peuplée de « monstres » qui marmonnent des phrases absurdes. C’est la déconstruction totale de tout folklore, une vision qui utilise l’esthétique de la déchéance pour parler du vide philosophique de l’humanité contemporaine, en partant de son épicentre : Palerme.

Lo zio di Brooklyn (1995)

LO ZIO DI BROOKLIN (1995) Regia di Cipri' E Maresco - Trailer

Dans une Palerme désolée et périphérique, un clan de Nains doit protéger un fantomatique « oncle de Brooklyn » des ambitions d’un chef rival, Don Masino. L’intrigue, presque inexistante, est un prétexte à une série de tableaux grotesques et surréalistes qui montrent une humanité en pleine régression.

Le premier long métrage du duo est « extrême et radical ». C’est une œuvre farouchement indépendante qui transpose l’esthétique de Cinico TV au cinéma. La Sicile y est un « univers de pauvreté transgressive » photographié en noir et blanc hallucinatoire par Luca Bigazzi. Le film est un « 2001 : L’Odyssée de la racaille », où la mafia est réduite à une farce grotesque entre nains et déshérités. C’est l’anti-Parrain par excellence : ici, le pouvoir n’est pas épique, il est simplement sordide.

Totò che visse due volte (1998)

🎬 Totò che visse due volte (1998) #trailer italiano

Divisé en trois épisodes, le film se déroule dans un Palerme dégradé. Les histoires s’entrelacent autour d’un chef mafieux nommé Totò, d’un « Christ pauvre » moderne qui vit dans une grotte, et du récit d’un vieux sodomite. C’est une réflexion brute sur la religion, la sexualité et la misère dans un monde sans espoir.

C’est leur chef-d’œuvre et le film qui a cimenté leur statut d’auteurs underground. Totò che visse due volte a été saisi pour diffamation de la religion, un cas clair de censure. C’est une œuvre qui attaque directement l’iconographie chrétienne, la superposant à la réalité du « monde des égouts » de Palerme. Le film utilise le blasphème comme un « geste poétique » et un « acte politique, » faisant écho à Pasolini. La Sicile est un enfer matérialiste, où les « appâts de l’angélique sont brutalisés » et où il n’y a aucune possibilité de rédemption.

Il ritorno di Cagliostro (2003)

IL RITORNO DI CAGLIOSTRO Trailer

Un faux documentaire qui reconstitue l’histoire des frères La Marca, producteurs de films improbables qui, dans les années 1950, ont tenté de créer un « Hollywood sicilien. » Leur projet culmine avec le film « Le Retour de Cagliostro, » une œuvre désastreuse qui les mène à la ruine.

Après Totò, le duo change de registre mais pas de substance. Ce mockumentaire utilise l’histoire du cinéma comme métaphore de l’échec sicilien. C’est une réflexion sur la « fin du cinéma » et l’impossibilité de créer une culture dans une terre qui dévore ses propres rêves. La Sicile est vue comme un lieu d’illusionnistes et d’échecs, où chaque tentative de grandeur (le « Hollywood sicilien ») est destinée à tourner à la farce. C’est une œuvre mélancolique et caustique sur l’identité culturelle perdue de l’île.

L’île réimaginée. Le nouveau cinéma indépendant sicilien

À partir des années 1980, une nouvelle génération de réalisateurs siciliens indépendants a commencé à utiliser l’île de manière innovante, s’éloignant à la fois du néoréalisme classique et du grotesque de Ciprì et Maresco. La Sicile est devenue un véritable laboratoire de genres : le mafia-musical, le réalisme magique, le noir existentiel, le western urbain, et l’adaptation littéraire anti-naturaliste. L’île devient une scène flexible pour explorer l’identité, le désir et la mort.

Kaos (1984)

Kaos (1984) - Trailer

Un film épisodique des frères Taviani, basé sur les « Novelle per un anno » (Nouvelles pour une année) de Luigi Pirandello. Les récits (« L’Autre Fils, » « Mal de Lune, » « Le Pot, » « Requiem ») sont reliés par un corbeau volant au-dessus d’un paysage sicilien archaïque. Le film explore la superstition, la folie, la propriété et la relation de l’homme à la terre.

Bien que les Taviani soient des auteurs établis, Kaos est une œuvre à l’esprit profondément indépendant et anti-conformiste. C’est une immersion dans la Sicile de Pirandello, un monde paysan magique et cruel. Les Taviani capturent une île lunaire, où les passions sont élémentaires et la superstition gouverne la vie. Le paysage intérieur n’est ni réaliste ni touristique ; c’est un paysage littéraire, un décor en plein air où se matérialisent les obsessions de l’identité sicilienne, suspendue entre folie et lucidité.

Palombella Rossa (1989)

Palombella Rossa (1989) - Bande annonce 2025 HD VOST

Michele Apicella, cadre du Parti communiste italien souffrant d’amnésie, se retrouve à jouer un match décisif de water-polo dans une piscine à Acireale, en Sicile. Pendant le match, des fragments de son passé politique et personnel refont surface alors qu’il tente de se souvenir de qui il est et en quoi il croit.

Bien que partiellement situé en Sicile, le film de Nanni Moretti utilise l’île comme un espace de crise et de dissociation. Le voyage sicilien pour le match devient un voyage dans l’inconscient du protagoniste. La Sicile n’est pas représentée de manière réaliste, mais comme un lieu surréaliste (une piscine chaotique) où l’idéologie politique (le communisme) fait court-circuit. Moretti choisit Acireale non pour son baroque, mais comme une périphérie de l’empire idéologique, le lieu parfait pour mettre en scène la crise et la perte d’identité de la gauche italienne.

Tano da morire (1997)

Tano Guarrasi, boucher dans le quartier Zen de Palerme, est assassiné brutalement. Alors que sa famille prépare les funérailles, le film reconstitue sa vie et son ascension au sein de la mafia. L’histoire, inspirée de faits réels, est racontée sous la forme d’une comédie musicale pop et grotesque, avec chansons et chorégraphies.

Le premier long métrage impressionnant de Roberta Torre, Tano da morire est l’un des films les plus radicaux et innovants sur la mafia. Produit indépendamment, le film accomplit un acte de profanation : il transforme la tragédie de Cosa Nostra en comédie musicale. La Sicile du quartier Zen de Palerme est une scène absurde où les parrains et les sbires chantent et dansent. Ce choix stylistique ne banalise pas la mafia, mais démolit sa mythologie : il la dépouille de son aura tragique et la réduit à une farce pop, kitsch et mortelle. C’est une puissante déconstruction culturelle.

Journal d’une Sicilienne rebelle (1997)

LA SICILIANA RIBELLE

Le documentaire de Marco Amenta reconstitue la véritable histoire de Rita Atria, une jeune fille de 17 ans issue d’une famille mafieuse de Partanna. Après le meurtre de son père et de son frère, Rita décide de briser l’omertà et de collaborer avec le juge Paolo Borsellino, révélant les secrets du clan.

Avant le film de fiction, Amenta a réalisé ce documentaire sicilien indépendant fondamental. C’est une œuvre brute qui, à travers des interviews et des archives, donne voix à une tragédie personnelle. La Sicile montrée est celle de la mafia quotidienne, de la province. Le film est crucial car il déplace le regard des massacres vers les témoins, montrant le coût humain de la rébellion : l’exil, la solitude, et le rejet par sa propre famille. C’est un portrait intime de la lutte pour la justice.

Sicilia ! (1999)

Sicilia! [EN+PT subs]

Un homme, Silvestro, revient de Milan dans son village natal en Sicile après de nombreuses années. Là, il a une longue et fondamentale conversation avec sa mère sur la pauvreté, l’infidélité de son père, et leur vie passée. Il rencontre ensuite un vendeur d’oranges, un aiguiseur de couteaux, et d’autres personnages, dans un voyage presque abstrait.

Adapté de la Conversation en Sicile d’Elio Vittorini, ce film du duo franco-allemand Straub-Huillet est l’apothéose du cinéma d’auteur anti-spectaculaire. Tourné en noir et blanc rigoureux, avec des acteurs non professionnels récitant de manière non naturaliste, le film est à l’opposé de tout folklorisme. La Sicile est réduite à son essence : paysages arides et mots. Straub-Huillet utilisent l’île comme une scène brechtienne pour faire résonner le texte de Vittorini, créant une œuvre politique et philosophique sur la mémoire et la dignité du travail.

Respiro (2002)

Trailer - Respiro (2002)🇮🇹

À Lampedusa, Grazia (Valeria Golino) est une jeune mère au caractère libre et « bizarre ». Son comportement non-conformiste n’est pas toléré par la communauté fermée de l’île. Lorsque son mari, sous la pression des villageois, décide de l’envoyer à Milan pour un traitement, Grazia s’enfuit et se cache dans une grotte, aidée par son fils Pasquale.

Produit par Fandango, Respiro est un parfait exemple de cinéma indépendant réussi. Emanuele Crialese utilise Lampedusa comme une arène primordiale. La beauté aveuglante de la mer et des falaises contraste avec la mentalité « oppressive » et cruelle de la communauté. Le film a un ton de réalisme magique, presque un conte de fées. La Sicile (Lampedusa) est un lieu de beauté qui ne tolère pas la différence ; la liberté de Grazia (chantant Patty Pravo) est une menace qu’il faut neutraliser ou expulser.

L’isola (2003)

20231208 - Costanza Quatriglio - l'isola

Sur l’île de Favignana, Turi et sa jeune sœur Teresa vivent leur adolescence. La vie est rythmée par la mer : la « Mattanza », la pêche, et la présence de la prison dont les détenus vivent presque en liberté. L’arrivée de l’été et des nouveaux venus provoque des remous, forçant les jeunes à une maturation prématurée.

Le premier long métrage de Costanza Quatriglio, L’isola, est une « fable contemporaine et documentaire ». Présenté à Cannes, le film utilise Favignana comme un microcosme. L’île est une « prison naturelle » non seulement pour les détenus mais aussi pour les habitants. Quatriglio mêle fiction et documentaire, montrant la dureté de la vie (la Mattanza) et la rapidité avec laquelle les enfants doivent « apprendre le métier ». C’est un portrait lyrique et austère d’une adolescence vécue dans un lieu clos, à la merci de la mer.

La Fille Sicilienne (2008)

La Siciliana Ribelle Trailer

Une version romancée de l’histoire de Rita Atria. Après l’assassinat de son père mafieux et de son frère, Rita, âgée de dix-sept ans, décide de se venger en remettant ses journaux intimes à la justice et en collaborant avec un juge. Ce choix la contraint à rompre avec sa famille et à vivre sous protection.

Dix ans après son documentaire, Marco Amenta revient sur l’histoire de Rita Atria avec un film de fiction. Bien que la production soit plus structurée (italo-française), l’approche reste indépendante. Le film déconstruit la mafia du point de vue d’une femme. La Sicile est vue à travers les yeux d’une jeune fille qui rejette son code d’honneur. C’est un film important car il déplace le récit mafieux de l’épopée des parrains à la tragédie personnelle de ceux qui choisissent la justice.

Viola di Mare (Mer Pourpre) (2009)

Viola di mare - Trailer

En Sicile au XIXe siècle, Angela et Sara vivent une histoire d’amour lesbienne. Pour sauver leur relation et la protéger du scandale, le père d’Angela la force à se déguiser en homme, la transformant en « Angelo ». Elle vivra le reste de sa vie avec une identité masculine, dans un monde patriarcal qui ne peut concevoir son désir.

Réalisé par Donatella Maiorca et adapté du roman Minchia di re de Giacomo Pilati, Viola di Mare est un film indépendant crucial pour la manière dont il utilise le passé de la Sicile pour parler d’identité de genre. L’île du XIXe siècle est un lieu archaïque, dominé par un patriarcat absolu. Le film montre la Sicile comme un système rigide de règles sociales où le seul chemin vers la liberté est la dissimulation totale. L’île, belle et sauvage, devient une prison pour l’identité féminine et queer.

Via Castellana Bandiera (Une Rue à Palerme) (2013)

Via Castellana Bandiera Trailer Ufficiale (2013) Emma Dante Movie HD

À Palerme, deux femmes au volant de deux voitures se font face dans une rue étroite, la Via Castellana Bandiera. Ni Rosa, dans la voiture avec sa compagne, ni la vieille Samira, têtue, ne veulent reculer. Ce qui commence comme un banal embouteillage se transforme en un duel muet, existentiel et presque westernien qui dure toute la journée et la nuit.

Le premier film réalisé par la dramaturge Emma Dante est une pièce de chambre en plein air. Produit par Vivo Film et Wildside, c’est un film indépendant qui transpose le théâtre de Dante au cinéma. La rue de Palerme devient une scène pour l’absurde. La Sicile est un lieu où l’entêtement atavique et la fierté transforment une banalité en tragédie. Dante analyse la condition féminine et la subalternité, dans un duel à la fois réaliste et profondément métaphorique.

Salvo (2013)

Salvo Trailer Ufficiale

Salvo est un tueur à gages pour la mafia palermitaine. Il entre dans une maison pour tuer un chef et trouve Rita, la sœur aveugle. Après le meurtre, Salvo braque son arme sur elle, mais un miracle se produit : Rita retrouve la vue. Bouleversé, Salvo l’enlève et la séquestre, entamant un voyage qui le conduira à remettre en question sa propre vie.

Premier long métrage de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, Salvo est un film noir qui transcende le genre. Lauréat à Cannes, le film utilise la mafia comme contexte, mais le cœur de l’histoire est un événement « magique ». La Sicile est un labyrinthe sombre, photographié par Daniele Ciprì avec une esthétique qui mêle l’ultra-réalisme des filatures au métaphysique. C’est un film sur la grâce et la possibilité de rédemption dans un monde dominé par la violence, où la vue (et la conscience) est un miracle dangereux.

L’attente (The Wait) (2015)

THE WAIT - Official Trailer - A Film By Piero Messina

Dans une vieille villa sicilienne sur les pentes de l’Etna, Anna (Juliette Binoche) attend son fils, Giuseppe. Inopinément, Jeanne, sa petite amie française, arrive. Mais Giuseppe n’est pas là, et Anna, incapable de révéler une terrible vérité, dit à la jeune fille qu’il reviendra bientôt. Les deux femmes entament une cohabitation suspendue, en attendant Pâques.

Premier long métrage de Piero Messina, élève de Sorrentino, L’attente est un film indépendant à portée internationale. Librement inspiré de Pirandello, le film utilise la Sicile de manière presque spectrale. La villa est un lieu hors du temps, enveloppé dans le brouillard de l’Etna. Messina emploie le mysticisme et les rituels de Pâques non pas pour le folklore, mais pour créer une atmosphère d’attente métaphysique. C’est un film sur le deuil et l’auto-illusion, où le paysage sicilien devient la projection d’un état d’âme intérieur.

Regards émergents et visions internationales

La section finale explore les tendances les plus récentes, qui confirment la vitalité de la scène indépendante sicilienne. Une double tendance se dessine. D’une part, les films underground étrangers en Sicile utilisent l’île pour sa valeur apocalyptique et primordiale. D’autre part, une nouvelle génération de réalisateurs émergents de Palerme et de Catane s’approprie les genres « populaires » (horreur, fantastique, animation) pour raconter des histoires locales avec un langage universel.

Confino (2016)

CONFINO - Trailer Ufficiale

Un court-métrage d’animation. En Sicile, durant la période fasciste, un artiste de marionnettes d’ombres est envoyé en « confino » (exil) sur une île isolée après avoir osé se moquer de Mussolini lors d’un spectacle. Là, dans la solitude, il utilisera son art pour résister et trouver une forme de liberté.

Le court-métrage indépendant sicilien multi-récompensé du réalisateur sicilien Nico Bonomolo est un joyau de l’animation indépendante. Il est significatif car il utilise une technique (l’animation) rarement associée à la Sicile pour raconter une histoire de résistance politique. L’île-prison, thème récurrent (voir L’isola ou Stromboli), est ici une métaphore de l’exil fasciste. Bonomolo emploie la poésie visuelle des ombres pour montrer comment l’art (le cinéma lui-même) peut être un outil de liberté même dans l’isolement le plus total.

Dio non ti odia (Le Seigneur ne te déteste pas) (2019)

DIO NON TI ODIA - trailer di lancio

Un jeune homme tourmenté, affligé d’une crise spirituelle et de visions troublantes, lutte pour trouver sa place dans le monde. Sa descente dans la folie ou une réalité surnaturelle se déroule dans une Sicile rurale et oppressante, où la frontière entre foi, superstition et horreur psychologique est floue.

Réalisé par le cinéaste émergent basé à Bagheria, Fabrizio La Monica, Dio non ti odia est un exemple de la nouvelle vague underground sicilienne. Fondateur de Kàlama Film, La Monica œuvre dans le cinéma de genre à petit budget (défini comme « drame-horreur-fantastique »). Ce film utilise la Sicile non pour son soleil, mais pour ses ombres. C’est un film d’horreur psychologique qui exploite le paysage local pour explorer des thèmes universels tels que la culpabilité et la foi, démontrant la vitalité d’une scène qui s’exprime à travers de nouveaux langages.

Io sono Lucia (Je suis Lucia) (2022)

IO SONO LUCIA trailer HD

Le film du réalisateur catanais Danilo Arena raconte l’histoire d’une jeune femme chinoise qui arrive en Sicile, mêlant son récit à celui d’un poète local. Le film explore des thèmes tels que l’identité, l’intégration et le choc entre différentes cultures, sur fond de Sicile contemporaine.

Récompensé dans divers festivals indépendants, Io sono Lucia représente un courant important du nouveau cinéma sicilien : l’histoire de la Sicile multiculturelle. Le réalisateur Arena s’éloigne des thèmes classiques (mafia, passé archaïque) pour se concentrer sur le présent et la rencontre (ou le choc) entre la culture locale et les nouvelles migrations. C’est un cinéma indépendant qui utilise l’île comme laboratoire social, interrogeant ce que signifie « identité sicilienne » au XXIe siècle.

The End (2024)

The End | Trailer | Joshua Oppenheimer | Tilda Swinton | George MacKay | Moses Ingram

Un musical post-apocalyptique. Une famille aisée survit à la fin du monde dans un luxueux bunker souterrain. L’équilibre délicat de cette vie rituelle est brisé par l’arrivée d’une jeune fille venue de l’extérieur, qui apporte avec elle la réalité du monde détruit et fracture la dynamique familiale.

Réalisé par Joshua Oppenheimer et mettant en vedette Tilda Swinton et Michael Shannon, The End est une grande production internationale d’auteur qui a choisi la Sicile pour une raison précise. Le bunker souterrain du film a été tourné dans la mine Raffo, au cœur de l’île. Ce choix est symbolique : la Sicile n’est plus seulement l’île du soleil, mais, comme De Seta l’avait déjà pressenti dans Surfarara, c’est un lieu « souterrain », un ventre terrestre. Oppenheimer utilise la géologie sicilienne comme décor pour un film sur la fin de l’humanité, transformant l’île en dernier refuge apocalyptique.

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Image de Fabio Del Greco

Fabio Del Greco

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