Introduction : La genèse et le prestige durable du Festival de Venise
Le Festival international du film de Venise, inauguré en 1932, détient la distinction d’être le plus ancien festival de cinéma au monde, un phare qui a d’abord illuminé le cinéma comme une forme d’art digne d’une célébration internationale. Né comme une émanation de la Biennale de Venise, une institution culturelle pluridisciplinaire fondée en 1895, le Festival a hérité d’un lien profond avec les arts visuels, qui a façonné sa perception initiale et souligné sa vocation artistique. Dès sa conception, l’objectif principal était de « présenter les meilleurs produits du cinéma compris comme une forme d’art », une intention qui distinguait le festival des événements purement commerciaux et qui a imprégné son histoire.
Au fil des décennies, le Festival est devenu un événement d’une résonance mondiale extraordinaire, un carrefour fondamental pour la découverte de nouveaux talents, le lancement d’acteurs et de réalisateurs sur la scène internationale, et un puissant moteur d’influence dans l’histoire même du cinéma. Sa capacité à anticiper les tendances, à présenter des œuvres innovantes et parfois controversées, a consolidé son prestige. Cependant, le festival n’a pas été une entité détachée du contexte historique et politique italien ; au contraire, il a souvent été un miroir fidèle, pour le meilleur et pour le pire, des politiques culturelles exprimées par les différents régimes et gouvernements qui se sont succédé, traversant des périodes de fort conditionnement mais aussi d’autonomie courageuse.
La fondation du Festival en 1932, en pleine période fasciste, n’était pas un événement fortuit. Elle s’inscrivait en effet dans une stratégie culturelle plus large visant à promouvoir l’image d’une Italie moderne et avant-gardiste, utilisant le cinéma – un puissant média de masse en pleine expansion – comme un instrument d’influence culturelle et, implicitement, d’affirmation politique. La figure de Giuseppe Volpi, alors président de la Biennale et ancien ministre des Finances de Mussolini, souligne ce lien étroit initial entre le festival et les sphères du pouvoir politique. Cette connexion originelle avec le régime allait inévitablement marquer les premières éditions, influençant leurs choix et leur perception internationale, et nécessiterait, dans l’après-guerre, un engagement significatif pour réaffirmer l’autonomie et la crédibilité culturelle du festival.
Son affiliation initiale à la Biennale d’art conférait immédiatement une aura d’« artistisme » au Festival. Si ce lien offrait une plateforme prestigieuse et des ressources organisationnelles, il pouvait initialement encadrer le cinéma comme un art « mineur » ou accessoire par rapport à des disciplines plus établies. Cependant, la croissance ultérieure et écrasante du Festival, sa progressive autonomisation, et sa capacité à s’imposer comme l’un des événements cinématographiques les plus importants au monde témoignent de l’affirmation définitive du cinéma comme un langage artistique indépendant, doté d’une force expressive et d’un impact culturel autonomes et profonds.
II. Les Origines et les Premières Éditions (1932-1939) : Entre Expérimentation et Influence Politique

Les racines du Festival international du film de Venise plongent dans une période de grand ferment culturel et de tensions politiques croissantes. Sa naissance et ses premières années furent marquées par une phase d’expérimentation pionnière, mais aussi par une influence progressive et inexorable du contexte politique italien et européen.
La Première Exposition (1932) : Un Début Non Compétitif
La première édition, appelée « Exposition internationale de l’art cinématographique », eut lieu du 6 au 21 août 1932, sur la terrasse pittoresque de l’Hôtel Excelsior au Lido de Venise. Cet événement pionnier vit la participation de neuf nations et fut inauguré par la projection du film américain Dr. Jekyll and Mr. Hyde de Rouben Mamoulian. Dans cette phase embryonnaire, aucun prix officiel n’était décerné par un jury. Un référendum fut plutôt organisé parmi le public présent, invité à indiquer les films et performances qu’il jugeait les plus méritants. Parmi les distinctions attribuées par vote populaire, À Nous la Liberté de René Clair fut élu Film le Plus Divertissant, The Sin of Madelon Claudet de Edgar Selwyn fut désigné Film le Plus Émouvant (avec Helen Hayes récompensée comme meilleure actrice et Fredric March comme meilleur acteur), tandis que Dr. Jekyll and Mr. Hyde reçut une reconnaissance pour le Film Fantastique le Plus Original. Malgré un succès public et critique considérable, l’événement ne se tint pas en 1933, marquant une brève interruption avant sa définitive institutionnalisation.
Le Tournant Compétitif (1934) et l’Institution de la Coupe Mussolini
1934 fut une année cruciale pour le Festival : il fut déclaré événement annuel, et la participation internationale s’éleva à dix-sept pays. Mais la nouveauté la plus significative fut l’introduction de la compétition officielle et des premiers prix. Parmi ceux-ci, la « Coupe Mussolini », destinée au Meilleur Film Étranger et au Meilleur Film Italien, témoigna clairement de l’attention croissante et de l’influence du régime fasciste sur l’organisation. Au total, dix-sept prix furent décernés lors de cette édition (quatorze aux films et trois aux artistes individuels), en plus de cinq mentions honorables. La Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger fut attribuée à Man of Aran du pionnier du documentaire Robert J. Flaherty, tandis que celle du Meilleur Film Italien fut remise à Teresa Confalonieri de Guido Brignone.
L’évolution d’un événement fondé sur un référendum public vers une compétition dotée de prix à connotation politique aussi marquée fut extrêmement rapide. Cette transformation refléta le désir du régime fasciste de s’approprier le festival, le transformant en vitrine du prestige italien et en instrument de soft power culturel. Le financement par le Ministère de la Culture Populaire, créé à cette époque, et la dénomination même du principal prix en l’honneur du Duce, n’étaient pas de simples hommages mais indiquaient un contrôle politique direct et l’instrumentalisation du Festival à des fins de propagande et de consolidation du consensus. Une telle politisation eut un impact immédiat sur la perception internationale du festival, conduisant dans les années suivantes à des critiques et, en réaction directe, à la naissance de festivals alternatifs, en premier lieu Cannes.
Consolidation et Croissance (1935-1938)
Les éditions suivantes ont vu une consolidation progressive de la structure et une augmentation du prestige du Festival. En 1935, Ottavio Croze fut nommé premier directeur artistique, poste qu’il occupa jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La même année, un jury fut introduit pour décerner les prix, bien qu’il fût initialement composé exclusivement de membres italiens. Le soutien financier provenait en grande partie du Ministère de la Culture Populaire, complété par des contributions de la Biennale et de la ville de Venise.
1937 fut une année particulièrement significative avec l’inauguration du nouveau Palazzo del Cinema sur le Lido, conçu par l’architecte Luigi Quagliata. Ce nouveau lieu imposant ne représentait pas seulement une amélioration logistique, mais un investissement symbolique visant à consacrer Venise comme l’une des capitales mondiales du cinéma, capable de rivaliser avec Hollywood, et à offrir un cadre monumental à la vision culturelle du régime. La construction d’un bâtiment dédié et majestueux dépassait la simple nécessité fonctionnelle, signalant l’ambition de faire de Venise un pôle cinématographique majeur, en accord avec les aspirations nationalistes et impérialistes de l’époque. La présence sur le Lido de stars internationalement reconnues telles que Marlene Dietrich, Bette Davis et Jean Gabin durant ces années contribua à légitimer davantage cette ambition.⁵
Cependant, parallèlement à la croissance structurelle et d’image, les pressions politiques se firent de plus en plus sentir. L’édition de 1938 fut particulièrement emblématique de cette tendance : des prix importants furent attribués à des films explicitement propagandistes. Les sources historiques rapportent que Benito Mussolini et Adolf Hitler intervinrent directement pour subvertir les décisions du jury, imposant l’attribution de Leni Riefenstahl pour Olympia en tant que Meilleur Film Étranger et de Luciano Serra pilota, avec l’idole du régime Amedeo Nazzari et réalisé par Goffredo Alessandrini (sous la supervision non créditée du fils même du Duce, Vittorio Mussolini), en tant que Meilleur Film Italien. Ces ingérences flagrantes sapèrent profondément la crédibilité artistique du prix et du festival lui-même.
L’Édition de 1939 et les Ombres de la Guerre
L’édition de 1939 se déroula dans un climat international extrêmement tendu, à la veille du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Les absences de nombreuses industries cinématographiques furent nombreuses et significatives, reflétant la détérioration des relations diplomatiques. Dans ce contexte, seul le Prix Mussolini fut décerné, attribué au film italien Abuna Messias – Vendetta africana de Goffredo Alessandrini. Certaines sources le listent comme « Meilleur Film » en général, d’autres comme lauréat du Prix Mussolini du Meilleur Film Italien (sous le titre Cardinal Messias). Compte tenu du contexte et de la réduction drastique de la participation étrangère, il est plausible que le prix ait été attribué au film d’Alessandrini en tant que principale œuvre en compétition, reflétant les priorités politiques du moment.
L’ingérence politique croissante et effrontée dans les récompenses, culminant avec les épisodes de 1938 et l’édition réduite de 1939, a marqué un point de non-retour pour la crédibilité artistique du Festival à l’international. Si les prix ne reflétaient plus le mérite artistique mais l’agenda politique des régimes totalitaires, la participation et l’intérêt de la communauté cinématographique non-alignée étaient destinés à décliner drastiquement, comme cela s’est effectivement produit. Ce vide de crédibilité a contribué à créer un espace propice à la naissance et à l’affirmation d’autres festivals, tels que Cannes, fondé en 1939 (bien que sa première édition effective ait eu lieu seulement en 1946) précisément en réaction aux manipulations politiques à Venise.
Voici un tableau récapitulatif de l’évolution des premiers prix décernés au Festival de Venise de 1932 à 1939 :
| Année | Nom principal du prix / Type de reconnaissance | Film gagnant (étranger/général) | Réalisateur | Nation | Film gagnant (italien) | Réalisateur |
| 1932 | Référendum du public : Film le plus divertissant | A Nous la Liberté | René Clair | France | — | — |
| 1932 | Référendum du public : Film le plus émouvant | The Sin of Madelon Claudet | Edgar Selwyn | USA | — | — |
| 1932 | Référendum du public : Film le plus original | Dr. Jekyll and Mr. Hyde | Rouben Mamoulian | USA | — | — |
| 1934 | Coupe Mussolini – Meilleur film étranger | Man of Aran | Robert J. Flaherty | Royaume-Uni/Irlande | — | — |
| 1934 | Coupe Mussolini – Meilleur film italien | — | — | — | Teresa Confalonieri | Guido Brignone |
| 1935 | Coupe Mussolini – Meilleur film étranger | Anna Karenina | Clarence Brown | USA | — | — |
| 1935 | Coupe Mussolini – Meilleur film italien | — | — | — | Casta Diva | Carmine Gallone |
| 1936 | Coupe Mussolini – Meilleur film étranger | The Emperor of California | Luis Trenker | Allemagne nazie | — | — |
| 1936 | Coupe Mussolini – Meilleur film italien | — | — | — | Lo squadrone bianco | Augusto Genina |
| 1937 | Coupe Mussolini – Meilleur film étranger | Un carnet de bal | Julien Duvivier | France | — | — |
| 1937 | Coupe Mussolini – Meilleur film italien | — | — | — | Scipione l’africano | Carmine Gallone |
| 1938 | Coupe Mussolini – Meilleur film étranger | Olympia | Leni Riefenstahl | Allemagne nazie | — | — |
| 1938 | Coupe Mussolini – Meilleur film italien | — | — | — | Luciano Serra pilota | Goffredo Alessandrini |
| 1939 | Coupe Mussolini – Meilleur film italien | — | — | — | Abuna Messias (Cardinal Messias) | Goffredo Alessandrini |
Note : En 1939, en raison du contexte imminent de guerre et de nombreuses absences, la Coupe Mussolini a été principalement attribuée au film italien.
III. Les années de guerre et l’immédiat après-guerre (1940-1948) : Suspension, reprise et nouvelle identité
La décennie qui débute en 1940 est profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale, qui a eu des répercussions directes et dramatiques sur le Festival de Venise. Les éditions tenues pendant les années de guerre ont été inévitablement conditionnées par le climat politique et militaire, cédant finalement la place à une suspension forcée puis à une phase complexe de reprise et de redéfinition de l’identité dans l’après-guerre.
Les éditions de guerre (1940-1942) : Un festival conditionné
Les éditions du Festival qui se sont déroulées entre 1940 et 1942 ont été fortement influencées par le contrôle de l’Axe Rome-Berlin. La programmation et les récompenses reflétaient clairement les intérêts de propagande des régimes fasciste et nazi, transformant de fait le festival en une plateforme pour la cinématographie des pays belligérants et de leurs alliés, l’isolant davantage du contexte cinématographique international non-aligné.
En 1940, le Mussolini Cup du meilleur film étranger fut décerné à Der Postmeister du réalisateur autrichien Gustav Ucicky, une production allemande. Pour le meilleur film italien, les sources rapportent une divergence : certaines indiquent L’assedio dell’Alcazar d’Augusto Genina, d’autres La corona di ferro d’Alessandro Blasetti.⁸
L’édition de 1941 vit la présentation et la remise par le Ministère de la Culture Populaire de Heimkehr, un film de propagande nazie explicite. Le Mussolini Cup du meilleur film étranger fut attribué à une autre œuvre de propagande du Troisième Reich, Ohm Krüger de Hans Steinhoff. Les sources divergent également pour le meilleur film italien de 1941, citant La corona di ferro de Blasetti ou La nave bianca de Roberto Rossellini⁸, ce dernier étant une œuvre significative pour les développements futurs du cinéma italien.
1942 représenta la dernière édition du Festival avant la suspension due à la guerre. Le Mussolini Cup du meilleur film étranger fut remporté par Der große König du réalisateur allemand Veit Harlan, tandis que celui du meilleur film italien revint à Bengasi d’Augusto Genina.⁸
Ces éditions, dominées par des œuvres célébrant l’idéologie et les efforts de guerre de l’Axe, représentèrent l’apogée de l’instrumentalisation politique du festival. La participation fut effectivement limitée aux pays de l’Axe ainsi qu’aux nations neutres ou sympathisantes, déformant la vocation internationale du Festival. Cette période sombre rendit encore plus impératif un profond processus de renouveau à la fin du conflit pour retrouver la crédibilité.
En septembre 1942, avec la détérioration de la situation militaire pour l’Italie, les activités de la Biennale de Venise, et par conséquent du Festival du Film, furent officiellement suspendues.
La Suspension (1943-1945)
Entre 1943 et 1945, le Festival international du film de Venise ne se tint pas en raison des événements de guerre dévastant l’Italie et l’Europe. Pendant cette période d’interruption, pendant un court moment, les pavillons de la Biennale aux Giardini di Castello furent utilisés comme studios de cinéma improvisés, connus sous le nom de « Cinevillaggio », une initiative inspirée de Cinecittà qui y resta jusqu’en avril 1945.
La Reprise (1946) et le Néoréalisme

Le Festival du Film reprit ses activités en septembre 1946, dans une Italie récemment sortie de la guerre et en pleine reconstruction matérielle et morale. De manière significative, cette reprise eut lieu presque simultanément avec la première véritable édition du Festival de Cannes, également né avec l’intention d’offrir une plateforme pour le cinéma international libre de toute condition politique. Lors de cette édition de renaissance, le prix principal, décerné par un jury de journalistes, fut attribué à The Southerner du grand réalisateur français Jean Renoir, figure majeure du cinéma mondial et antifasciste connu, exilé de France durant l’occupation. Le choix de récompenser Renoir fut hautement symbolique, marquant une volonté claire de rupture avec le passé fasciste du festival et un réalignement avec les valeurs démocratiques et la communauté cinématographique internationale. Ce prix est souvent considéré comme un précurseur direct du Lion d’Or ou identifié comme le « Grand Prix International de Venise ».
1946 fut également l’année de l’affirmation puissante du Néo-réalisme italien, un mouvement qui allait profondément marquer l’histoire du cinéma mondial. Des œuvres telles que Paisà de Roberto Rossellini, Il sole sorge ancora d’Aldo Vergano, et, l’année suivante, Giuseppe De Santis avec Caccia tragica, trouvèrent une vitrine importante au Festival.
Le « Grand Prix International de Venise » (1947-1948)
Lors des deux éditions suivantes, le prix principal prit le nom de « Grand Prix International de Venise », une étape supplémentaire dans le processus de détachement des connotations politiques du passé et d’affirmation d’une nouvelle identité liée au prestige de la ville et à sa vocation internationale.
L’édition de 1947, tenue exceptionnellement dans la pittoresque cour du Palais des Doges, fut un grand succès, enregistrant un record de quatre-vingt-dix mille participants et étant considérée comme l’une des plus réussies de l’histoire du Festival. Le Grand Prix International de Venise fut attribué au film tchécoslovaque Siréna (La Sirène) de Karel Steklý.
En 1948, la plus haute distinction revint à un chef-d’œuvre du cinéma britannique, Hamlet, réalisé par et avec Laurence Olivier.
Ces changements de nom pour les récompenses, abandonnant la « Coupe Mussolini », furent essentiels pour marquer une rupture nette avec le passé fasciste et reconstruire la crédibilité internationale du festival. Ancrer le prix à la ville de Venise, d’abord par une référence générique à son prestige international puis, comme on le verra, par le symbole du Lion de Saint Marc, visait à lui conférer une aura plus universelle, moins liée aux contingences politiques, un choix qui s’avéra payant sur le long terme.
IV. L’Ère du Lion d’Or (1949-1968) : Consécration Internationale et Nouvelles Tendances
À la fin des années 1940, le Festival international du film de Venise entra dans une nouvelle phase, caractérisée par l’introduction de son prix le plus emblématique, le Lion, et par une affirmation progressive comme l’une des scènes les plus prestigieuses du cinéma d’auteur mondial. Cette période vit la consécration de grands maîtres, la découverte de nouvelles cinématographies, et l’émergence de courants stylistiques qui allaient profondément influencer le septième art.
Naissance du Lion de Saint Marc (puis Lion d’Or)
1949 marqua un tournant symbolique fondamental : le prix principal du Festival fut renommé « Lion de Saint Marc », en hommage direct au symbole millénaire de la ville de Venise. Ce choix renforça encore le lien du festival avec l’identité et le prestige historique et culturel de la cité lagunaire, se distançant définitivement des dénominations précédentes. Quelques années plus tard, en 1954, le nom fut légèrement modifié pour devenir le définitif « Lion d’Or », destiné à devenir l’une des récompenses cinématographiques les plus convoitées au monde.
Le premier Lion de Saint-Marc, en 1949, a été décerné au film français Manon de Henri-Georges Clouzot. L’année suivante, en 1950, le prix est allé à un autre film français, Justice est faite d’André Cayatte.⁸
1951 fut une année particulièrement significative : le Festival obtint l’accréditation officielle de la FIAPF (Fédération Internationale des Associations de Producteurs de Films), une reconnaissance officielle de son importance sur la scène internationale des festivals. Mais, surtout, le Lion de Saint-Marc fut attribué à Rashomon du réalisateur japonais Akira Kurosawa. Cette victoire eut un impact épocal : Rashomon ne fut pas seulement la reconnaissance d’un chef-d’œuvre absolu, mais ouvrit également les portes du cinéma occidental à la cinématographie japonaise et, par extension, au cinéma asiatique, qui jusqu’alors était largement méconnu ou ignoré en Europe et en Amérique. Le Festival de Venise se confirma ainsi comme un puissant « découvreur de talents » mondial, capable de redéfinir la carte du cinéma mondial et d’agir comme un pont entre différentes cultures cinématographiques, stimulant un dialogue interculturel qui enrichirait le langage cinématographique global.
En 1952, le Lion de Saint-Marc fut décerné à Jeux interdits de René Clément. L’édition de 1953, en revanche, se termina sans que le prix principal ne soit attribué, en raison de l’incapacité du jury à se décider.
Les années cinquante : affirmation des grands auteurs et nouvelles stars
Les années 1950 furent une période de grand éclat pour le Festival, qui contribua de manière décisive à l’affirmation internationale d’une nouvelle génération de réalisateurs italiens tels que Federico Fellini, Francesco Rosi, Ermanno Olmi, et Michelangelo Antonioni, aux côtés de maîtres européens de la trempe d’Ingmar Bergman, Robert Bresson, et Claude Chabrol, ainsi que d’importants auteurs américains comme Elia Kazan. Outre la « découverte » déjà mentionnée du cinéma japonais avec Kurosawa, le Festival donna également de la visibilité à d’autres maîtres japonais tels que Kenji Mizoguchi.⁸
En 1954, le prix prit son nom définitif de « Lion d’or » et la victoire revint à Roméo et Juliette, une coproduction italo-britannique réalisée par Renato Castellani. Ce fut le premier film à production majoritairement italienne à remporter la plus haute distinction du festival sous sa nouvelle appellation.
Le Lido de Venise devint une rampe de lancement essentielle pour les nouvelles stars du panorama cinématographique de ces années : en 1954, ce fut au tour de Marlon Brando, vedette du film Sur les quais d’Elia Kazan, tandis qu’en 1958 l’attention fut captée par la présence de Brigitte Bardot, interprète de Le Mépris de Claude Autant-Lara.
Le Lion d’or de 1955 fut attribué au chef-d’œuvre du réalisateur danois Carl Theodor Dreyer, Ordet (La Parole). L’édition de 1956 se termina également sans la désignation d’un lauréat pour le Lion d’or.
En 1957, le prix est revenu à l’Inde avec Satyajit Ray et Aparajito (L’Invaincu), le deuxième volet de sa célèbre trilogie d’Apu. L’année suivante, en 1958, le Lion d’or est retourné au Japon avec Muhomatsu no issho (L’Homme au Rickshaw) de Hiroshi Inagaki.⁸
L’édition de 1959 a vu un ex æquo entièrement italien, le Lion d’or étant partagé entre deux œuvres fondamentales de la cinématographie nationale : Mario Monicelli avec La grande guerra (La Grande Guerre), une réflexion amère et puissante sur la Première Guerre mondiale, et Il generale Della Rovere (Le Général Della Rovere) de Roberto Rossellini, un drame intense situé pendant l’occupation nazie.⁸
Les années soixante : Free Cinema, Nouvelle Vague et engagement social

Les années 1960 s’ouvrent sous le signe d’un renouveau culturel et cinématographique. Le Festival de Venise devient une plateforme privilégiée pour la présentation et la consécration de nouveaux mouvements et tendances esthétiques. Le festival accueille des films importants du Free Cinema britannique, jusque-là semi-inconnus du grand public, tels que Saturday Night and Sunday Morning de Karel Reisz, A Taste of Honey de Tony Richardson, et Billy Liar de John Schlesinger. Parallèlement, la Nouvelle Vague française trouve sa pleine consécration, présente avec des œuvres qui allaient redéfinir le langage cinématographique.⁸
Le Lion d’or de 1960 est attribué à Le passage du Rhin (Demain est un autre jour) d’André Cayatte, une coproduction franco-italo-allemande. En 1961, le prix revient à une œuvre charnière de la modernité cinématographique, Alain Resnais et L’année dernière à Marienbad (L’Année dernière à Marienbad).⁸
L’édition de 1962 voit un autre ex æquo, cette fois entre l’Italie et l’Union soviétique : le Lion d’or est partagé entre Valerio Zurlini avec Cronaca familiare (Chronique familiale) et Ivanovo detstvo (L’Enfance d’Ivan), œuvre de début d’Andrei Tarkovsky, destiné à devenir l’un des plus grands maîtres du cinéma mondial.⁸
Le cinéma italien continue de récolter des succès : en 1963, Le mani sulla città (Les Mains sur la ville) de Francesco Rosi remporte le prix, un film puissant dénonçant la spéculation immobilière et la corruption politique. En 1964, le Lion d’or revient à Michelangelo Antonioni et Il deserto rosso (Le Désert rouge), son premier film en couleur, une œuvre d’une puissance visuelle et thématique extraordinaire. L’année suivante, en 1965, c’est Luchino Visconti avec Vaghe stelle dell’Orsa… (Sandra).
L’attention croissante du Festival aux films à fort engagement civil et politique, reflétant le changement du climat culturel et social de l’époque, est confirmée en 1966 avec la victoire de Gillo Pontecorvo et La battaglia di Algeri (La Bataille d’Alger), une œuvre épocale sur la lutte algérienne pour l’indépendance. En récompensant ces films, le Festival reconnaissait non seulement leur valeur artistique, mais devenait aussi une tribune pour des débats cruciaux, démontrant sa capacité à capter et valoriser un cinéma qui interrogeait de manière critique le présent.
En 1967, le Lion d’or fut décerné au maître surréaliste Luis Buñuel pour Belle de jour. Enfin, l’édition de 1968, qui se déroula dans un climat de fortes protestations étudiantes et sociales qui marquera profondément la décennie suivante, vit la victoire du film ouest-allemand Die Artisten in der Zirkuskuppel: ratlos (Artists Under the Big Top: Perplexed) d’Alexander Kluge.
Cette période de vingt ans, de 1949 à 1968, fut cruciale pour le Festival de Venise. Le festival réussit à équilibrer la célébration des maîtres établis avec la découverte de nouvelles cinématographies et mouvements, consolidant son rôle de plateforme essentielle pour l’évolution du cinéma d’auteur et l’affirmation de nouvelles esthétiques. Sa capacité à intercepter et amplifier les exigences d’un cinéma engagé socialement annonçait, d’une certaine manière, les profondes transformations et protestations qui allaient caractériser la décennie suivante.
V. Crise et Contestation (1969-1979) : Années de Non-Compétitivité et d’Interruption
La période entre 1969 et 1979 représente une phase complexe et troublée dans l’histoire du Festival international du film de Venise. Dans le sillage prolongé des protestations sociopolitiques de 1968, qui remettaient en question les institutions culturelles traditionnelles et leurs structures hiérarchiques, le festival entra dans une profonde crise d’identité qui conduisit à l’abolition des prix et à plusieurs interruptions.
Abolition des Prix (1969-1979)
La poussée de la contestation fut telle que les réalisateurs italiens inscrits à l’ANAC (Association Nationale des Auteurs de Cinéma) refusèrent de participer à l’événement dans ses formats traditionnels. En réponse à ces pressions et dans une tentative de réforme du festival, visant à le faire percevoir comme plus « démocratique » ou moins lié aux logiques compétitives vues comme une expression de la culture bourgeoise, le Festival supprima les prix à partir de l’édition de 1969. Commence ainsi une longue phase non compétitive qui caractérisa toute la décennie, le festival, en un certain sens, revenant à l’esprit de sa première édition en 1932, centrée sur la présentation des œuvres plutôt que leur évaluation hiérarchique.
Ce choix, tout en révélant d’une part une certaine « noblesse culturelle » et une tentative de se détacher des pressions du marché et de la spectaculaire, rendit d’autre part le Festival « pratiquement étranger au concept d’un véritable festival » entendu comme un événement compétitif à portée internationale. L’absence du Lion d’or et des autres principaux prix affaiblit le profil international du festival, réduisant son attractivité pour une partie de l’industrie cinématographique et du public.
Interruptions du Festival
La crise du Festival dans les années 1970 fut encore aggravée par plusieurs interruptions. Le festival ne se tint pas en 1973, 1977 et 1978. En 1977, au lieu de l’événement habituel, seule une revue spécifiquement dédiée au cinéma d’Europe de l’Est fut organisée. Ces interruptions furent un symptôme clair de la profonde crise que traversait le festival.
Les difficultés du Festival de Venise dans cette décennie n’étaient pas un phénomène isolé mais faisaient partie d’un tableau plus large de crise d’identité et financière que de nombreuses institutions culturelles italiennes ont affrontée à cette époque, marquée par une forte instabilité politique, des tensions sociales croissantes (les fameux « Années de plomb ») et des difficultés économiques. L’expression « suite à la réforme de la Biennale », mentionnée dans certaines sources comme cause des interruptions, suggère également que des réorganisations internes au sein de l’organisme principal ont pu contribuer à cette phase d’incertitude et de réduction de l’activité.
Le Lion d’Or « suspendu »
Par conséquent, le Lion d’Or, symbole du prestige du Festival, ne fut pas décerné pendant plus d’une décennie. Son retour sur la scène ne se produisit qu’en 1980, marquant le début d’une nouvelle phase de relance et de récupération du prestige perdu. Ce long intermède non compétitif et les interruptions fréquentes créèrent un vide que d’autres festivals de cinéma émergents ou plus stables purent exploiter pour accroître leur influence, rendant la « renaissance » ultérieure de Venise dans les années 1980 plus ardue et significative.
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VI. La Renaissance et les années 80 : Le retour du Lion d’Or et de nouvelles découvertes
Après la décennie turbulente de protestations et de non-compétitivité, les années 1980 marquèrent une période de renaissance significative et de prestige international retrouvé pour la Mostra de Venise. Sous la direction de nouvelles orientations artistiques, le festival réussit à se renouveler, revenant à la formule compétitive et se réaffirmant comme l’un des événements cinématographiques les plus importants au monde.
Le retour à la compétitivité (1980)
Le tournant fut le retour du Lion d’Or en 1980. Cette décision, prise sous la nouvelle direction de Carlo Lizzani (en fonction de 1979 à 1982), s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à restaurer l’image et l’influence du festival sur la scène internationale, après la perte de centralité subie dans les années 1970. Le choix de décerner ex aequo à deux réalisateurs de grand calibre et d’origines différentes, comme le Français Louis Malle pour Atlantic City, U.S.A. et l’Américain John Cassavetes pour Gloria, fut un signe clair de cette ambition renouvelée et de cette ouverture mondiale.
Une décennie d’or pour le Festival
Les années 1980 sont souvent considérées comme un véritable « âge d’or » pour la Mostra de Venise¹, caractérisé par une programmation riche et audacieuse, capable d’attirer de grands auteurs et de découvrir de nouveaux talents.
En 1981, le Lion d’Or fut attribué au film ouest-allemand Die bleiernen Jahre (Marianne et Juliane) de Margarethe von Trotta, une œuvre intense qui reflétait les tensions politiques et sociales de l’époque.
L’édition de 1982 vit le triomphe d’un autre maître du Nouveau cinéma allemand, Wim Wenders, avec Der Stand der Dinge (L’État des choses). Cette année-là, le Festival accueillit, souvent hors compétition ou dans des sections parallèles, des films destinés à devenir emblématiques, tels que E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg, Blade Runner de Ridley Scott, et Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, démontrant une capacité à capter le grand cinéma sous toutes ses formes.
Le Lion d’or de 1983 fut attribué à Prénom Carmen (Prénom Carmen) du légendaire Jean-Luc Godard⁸, tandis qu’en 1984, le réalisateur polonais Krzysztof Zanussi remporta le prix avec Rok spokojnego słońca (Une année de soleil tranquille).⁸
La France triompha à nouveau en 1985 avec Sans toit ni loi (Sans toit ni loi) d’Agnès Varda, l’une des figures féminines les plus importantes de la Nouvelle Vague, puis en 1986 avec Le Rayon vert (Le Rayon vert) d’Éric Rohmer.⁸
1987 fut une année de renouveau particulier pour le Festival, qui bénéficia d’un fort soutien du public et intensifia sa recherche de nouveaux auteurs et d’œuvres issues de cinématographies alors considérées comme émergentes ou moins connues en Occident, telles que celles de l’Inde, du Liban, de la Suisse, de la Norvège, de la Corée et de la Turquie. Le Lion d’or de cette année fut attribué pour la deuxième fois dans sa carrière à Louis Malle, pour le poignant Au revoir les enfants (Au revoir les enfants).
L’édition de 1988 est mémorable pour la présentation du film controversé de Martin Scorsese, La Dernière Tentation du Christ, qui suscita un large débat, et pour avoir contribué à la découverte internationale du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar. Durant ces années, le Festival enrichit également son offre avec de nouvelles sections telles que « Orizzonti », « Événements spéciaux » et « Notte », visant à explorer différentes facettes de la production cinématographique contemporaine. Le Lion d’or de 1988 fut remporté par un maître du cinéma italien, Ermanno Olmi, pour La leggenda del santo bevitore (La Légende du buveur d’eau bénite).
La décennie se conclut en 1989 par la victoire du film taïwanais Beiqing chengshi (Une ville de tristesse) de Hou Hsiao-hsien, confirmant l’attention du festival portée aux cinématographies asiatiques de qualité.
Cette « nouvelle orientation » des années 1980 permit au Festival de Venise de retrouver pleinement son statut dans le circuit des grands festivals internationaux. La capacité à attirer à nouveau de grands auteurs et des films de premier plan, combinée à un rôle actif dans la découverte de nouvelles cinématographies et de talents émergents, consolida son influence. Le Festival démontra une stratégie éditoriale équilibrée, accueillant des films controversés stimulant le débat culturel et, en même temps, des blockbusters populaires, maintenant une forte attention médiatique sans sacrifier la recherche artistique. Cette polyvalence – vitrine de la haute société, plateforme du cinéma d’auteur et lieu de discussion – renforça son image d’événement culturel central et indispensable dans le monde du cinéma.
VII. Des années quatre-vingt-dix au nouveau millénaire : Consolidation et nouvelles sections
Sur la lancée de la renaissance des années quatre-vingt, le Festival international du film de Venise aborda les années quatre-vingt-dix et l’entrée dans le nouveau millénaire en consolidant son prestige, en continuant à récompenser de grands auteurs internationaux et en prêtant attention aux évolutions du langage cinématographique et des technologies de production.
Les années quatre-vingt-dix : Grands auteurs et coproductions internationales
La décennie s’ouvrit avec le Lion d’or 1990 attribué à Rosencrantz & Guildenstern Are Dead, premier film du célèbre dramaturge Tom Stoppard. En 1991, le prix fut décerné à Urga du réalisateur russe Nikita Mikhalkov, une coproduction soviéto-française explorant des paysages et cultures lointains.
Le cinéma asiatique continua d’être un protagoniste à Venise : en 1992, le réalisateur chinois Zhang Yimou remporta le prix avec Qiu Ju da guan si (Le Histoire de Qiu Ju).
Les éditions 1993 et 1994 furent marquées par des Lions d’or attribués ex aequo, un choix pouvant refléter soit une qualité moyenne exceptionnelle des films en compétition, une difficulté pour le jury à parvenir à un consensus unanime, ou encore une volonté de reconnaître simultanément plusieurs tendances ou cinématographies significatives dans un panorama mondial en rapide transformation après la fin de la Guerre froide. En 1993, le prix fut partagé par l’Américain Robert Altman avec Short Cuts et le Polonais Krzysztof Kieślowski avec Trois couleurs : Bleu. L’année suivante, en 1994, l’ex aequo revint au Macédonien Milčo Mančevski avec Pred doždot (Avant la pluie) et au Taïwanais Tsai Ming-liang avec Aiqing wansui (Vive l’amour). Si partager le prix peut diluer l’unicité de la reconnaissance, cela témoigne aussi de la richesse et de la complexité du cinéma de cette période, le Festival agissant comme un interprète de cette diversité.
En 1995, le Lion d’or fut remporté par Xích lô (Cyclo) du réalisateur franco-vietnamien Trần Anh Hùng. L’année suivante, en 1996, le prix fut attribué à Michael Collins de l’Irlandais Neil Jordan, une imposante reconstitution historique.
Le Japon triompha à nouveau en 1997 avec Hana-bi (Feux d’artifice) de Takeshi Kitano, une œuvre qui consacra définitivement le réalisateur à l’international. En 1998, le Lion d’or récompensa le cinéma italien avec Gianni Amelio et son Così ridevano (Ainsi riaient-ils).⁸
La décennie se clôtura par une seconde victoire du Lion d’or pour Zhang Yimou, qui en 1999 remporta le prix avec Yi ge dou bu neng shao (Pas un de moins).
Début des années 2000 : Innovation et nouvelles technologies
L’entrée dans le nouveau millénaire vit le Festival de Venise poursuivre sa voie de prestige, mais aussi s’ouvrir résolument à l’innovation et aux nouveaux défis posés par l’évolution de l’industrie cinématographique.
En 2000, le Lion d’or a été décerné à Dayereh (Le Cercle) de l’Iranien Jafar Panahi, un film puissant et courageux sur la condition des femmes dans son pays. L’année suivante, en 2001, Mira Nair remporte le prix avec Monsoon Wedding, une coproduction internationale vibrante célébrant la culture indienne.
2002 fut une année importante pour l’introduction de la section « Controcorrente » (initialement « Upstream »), dédiée aux « films d’une vitalité et d’une originalité particulières », souvent des premiers ou deuxièmes films, ou des œuvres d’auteurs expérimentant de nouveaux langages. Cette nouvelle section démontrait la volonté du Festival de rester une plateforme de découverte et d’innovation, ne se limitant pas à la consécration d’œuvres plus traditionnelles. Le Lion d’or 2002 fut attribué à The Magdalene Sisters de Peter Mullan, un drame irlando-britannique.
En 2003, la plus haute distinction fut attribuée au film russe Vozvraščenie (Le Retour) d’Andrey Zvyagintsev, une œuvre de début d’une grande force visuelle et narrative.
L’attention portée aux nouvelles technologies s’est manifestée en 2004 avec la proposition de la section « Cinéma numérique » (précédemment « Nouveaux territoires numériques » ou « Image Net »), qui explorait le potentiel créatif offert par les nouveaux moyens de production et de diffusion. La même année, des Lions d’or pour l’ensemble de leur carrière furent remis à deux géants du cinéma, Manoel de Oliveira et Stanley Donen. Le Lion d’or du meilleur film de 2004 fut attribué à Vera Drake du réalisateur britannique Mike Leigh.
La capacité à évoluer et à intégrer les nouveautés technologiques et artistiques s’est avérée cruciale pour un festival historique comme Venise, lui permettant de conserver sa pertinence au fil du temps et de continuer à être un lieu de découverte et d’anticipation des futures orientations du cinéma.
VIII. Le Festival au XXIe siècle (2005-Présent) : Défis mondiaux, nouveaux auteurs et diversité

Tout au long du XXIe siècle, le Festival international du film de Venise a continué de représenter un point de référence indispensable dans le paysage cinématographique mondial. Il a su relever les défis contemporains, promouvoir de nouveaux auteurs venus des quatre coins du monde et élargir ses horizons thématiques et formels, confirmant son statut de festival d’avant-garde.
Prestige continu et reconnaissance des cinématographies diverses
Le palmarès du Lion d’or au nouveau millénaire témoigne d’une ouverture géographique extraordinaire et d’une capacité à repérer des œuvres de grande valeur artistique issues de contextes culturels hétérogènes.
En 2005, le Lion d’or fut attribué à Ang Lee pour Brokeback Mountain, un film abordant avec sensibilité le thème de l’amour homosexuel dans le contexte de l’Ouest américain. L’année suivante, en 2006, le prix revint au réalisateur chinois Jia Zhangke pour Sanxia haoren (Still Life), une œuvre poétique et critique sur la transformation de la Chine contemporaine. Ang Lee remporta son deuxième Lion d’or en 2007 avec Se, jie (Lust, Caution), devenant l’un des rares réalisateurs à obtenir cette double reconnaissance.
Le cinéma américain est revenu en force en 2008 avec Darren Aronofsky et The Wrestler, qui a également marqué un grand retour pour l’acteur Mickey Rourke. En 2009, le Lion d’or a récompensé le cinéma israélien avec Samuel Maoz et Levanon (Lebanon), un drame de guerre claustrophobique.
Sofia Coppola a remporté le prix en 2010 avec Somewhere, suivie en 2011 par le Russe Aleksandr Sokurov avec sa puissante adaptation de Faust. En 2012, le Lion d’or est allé au réalisateur sud-coréen controversé Kim Ki-duk pour Pietà.
Un tournant significatif s’est produit en 2013, lorsque pour la première fois dans l’histoire du Festival, le Lion d’or a été attribué à un documentaire : Sacro GRA de l’Italien Gianfranco Rosi, un portrait inédit de la vie autour du Grand Périphérique de Rome. Ce choix a signalé une ouverture notable du festival aux formes cinématographiques auparavant considérées comme moins « auteuriales » ou adaptées à la compétition principale, reflétant une évolution dans le concept même du cinéma d’art.
En 2014, le prix est allé au réalisateur suédois Roy Andersson pour le très original En duva satt på en gren och funderade på tillvaron (A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence). En 2015, la victoire est revenue au Vénézuélien Lorenzo Vigas avec Desde allá (From Afar), le premier film vénézuélien à recevoir une telle reconnaissance. En 2016, le Lion d’or a été remporté par le Philippin Lav Diaz avec son œuvre longue et intense Ang Babaeng Humayo (The Woman Who Left).
Le Mexicain Guillermo del Toro a gagné en 2017 avec la fable sombre The Shape of Water, qui triomphera également plus tard aux Oscars. L’année suivante, en 2018, ce fut au tour d’un autre réalisateur mexicain, Alfonso Cuarón, avec Roma, une œuvre autobiographique d’un grand impact visuel et émotionnel, qui marqua également la première victoire d’un film produit par une plateforme de streaming (Netflix) dans un grand festival, indiquant une ouverture supplémentaire du Festival vers de nouveaux modèles de production et de distribution.
2019 a vu un autre événement historique : le Lion d’or a été attribué à Todd Phillips pour Joker, le premier film basé sur un personnage de bande dessinée à concourir et à remporter le grand prix à Venise, démontrant la capacité du festival à légitimer artistiquement des œuvres issues de genres populaires.
La réalisatrice Chloé Zhao a triomphé en 2020 avec Nomadland, un portrait touchant de l’Amérique contemporaine. En 2021, le Lion d’or est allé au film français L’Événement (Happening) d’Audrey Diwan, un drame intense sur le thème de l’avortement.
En 2022, le deuxième documentaire de l’histoire du Festival a remporté le Lion d’or : All the Beauty and the Bloodshed de l’Américaine Laura Poitras, une œuvre qui mêle art, activisme et dénonciation sociale. En 2023, le prix a été attribué à Poor Things du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, une œuvre visionnaire et provocante. Enfin, en 2024, le Lion d’or a été remporté par The Room Next Door du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, marquant la première victoire d’un film espagnol dans l’histoire du festival.
Cette remarquable diversité géographique et de genre des lauréats témoigne du rôle consolidé du Festival en tant que plateforme véritablement mondiale, capable de valoriser l’excellence cinématographique de chaque continent et de refléter un paysage cinématographique en constante évolution.
Nouvelles Sections et Attention à la Durabilité
En plus des prix principaux, le Festival a continué d’évoluer structurellement. En 2017, une section compétitive dédiée aux films en Réalité Virtuelle (VR) a été introduite, appelée « Venice Immersive » (précédemment Venice VR), témoignant de l’intérêt du festival pour les nouvelles frontières de la narration audiovisuelle.
Parallèlement, une attention croissante et significative s’est portée sur les enjeux de l’impact environnemental et de la durabilité des événements culturels à grande échelle. Le Festival a commencé à mettre en œuvre des pratiques visant à réduire son empreinte écologique et à promouvoir une plus grande sensibilisation à ces questions au sein de l’industrie cinématographique, en collaborant avec des experts en durabilité et en évaluant la compensation des émissions.
Cette projection vers l’avenir, qui combine innovation technologique et responsabilité environnementale, indique un Festival conscient des défis contemporains et de son rôle dans la promotion d’une industrie cinématographique plus responsable et en phase avec son temps.
IX. Tableau d’Honneur : Les Films Lauréats du Prix Principal du Festival International du Film de Venise
L’histoire du prix principal du Festival International du Film de Venise est complexe et reflète l’évolution même du festival. Avant de lister les films lauréats, il est utile de revenir brièvement sur les transformations du nom de la récompense la plus prestigieuse et sur les périodes où elle n’a pas été attribuée.
Tableau récapitulatif de l’évolution du prix principal
| Période | Dénomination du Prix | Notes |
| 1932-1933 | Référendum du public | Pas de prix officiel avec un nom spécifique pour le « Meilleur Film ». L’édition 1933 n’a pas eu lieu. |
| 1934-1942 | Coupe Mussolini | Prix distincts pour le Meilleur Film Italien et le Meilleur Film Étranger. |
| 1943-1945 | Festival suspendu | En raison de la Seconde Guerre mondiale. |
| 1946 | Prix du Jury des Journalistes | Attribué à The Southerner de Jean Renoir. |
| 1947-1948 | Grand Prix International de Venise | |
| 1949-1953 | Lion de Saint Marc | Non attribué en 1953. |
| 1954-1968 | Lion d’Or | Non attribué en 1956. |
| 1969-1979 | Festival non compétitif | Pas de Lion d’Or décerné. Interruptions du festival en 1973, 1977, 1978. |
| 1980-Présent | Lion d’Or |
Voici la liste chronologique des films ayant remporté le prix principal du Festival International du Film de Venise, avec le titre du film, l’année, le réalisateur, le pays de production, un lien vers une bande-annonce ou un extrait significatif sur YouTube, et une brève description.
Man of Aran 1934 (Robert J. Flaherty, Royaume-Uni/Irlande)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger)
L’île d’Aran, un rocher inhospitalier au large de la côte ouest irlandaise, est le théâtre de la vie rude d’une petite communauté de pêcheurs et de bergers. Le film, à mi-chemin entre documentaire et fiction, narre leur lutte perpétuelle contre l’océan et les forces de la nature, rythmée par les cycles naturels et la quête quotidienne de survie.
Teresa Confalonieri 1934 (Guido Brignone, Italie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Italien)
Le film raconte l’histoire de Teresa Confalonieri, une figure célèbre du Risorgimento italien. En 1821, son mari, le comte Federico Confalonieri, un Carbonaro, est arrêté par les Autrichiens et condamné à mort. Teresa entreprend une lutte acharnée, implorant les puissants de Vienne d’obtenir une grâce pour son mari, dont la peine de mort est finalement commuée en emprisonnement à vie.
Anna Karénine 1935 (Clarence Brown, États-Unis)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger)
Adapté du célèbre roman de Leo Tolstoy, le film relate l’histoire d’amour bouleversante et tragique entre Anna Karénine, épouse d’un haut fonctionnaire russe, et le comte Vronsky, officier de l’armée. Pour lui, Anna abandonne son mariage, son fils et sa position sociale, s’engageant vers un destin dramatique. 28
Casta Diva 1935 (Carmine Gallone, Italie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Italien)
Le film romantise la jeunesse du compositeur Vincenzo Bellini. Amoureux de Maddalena Fumaroli, il compose pour elle le célèbre air « Casta Diva ». Ayant rencontré le succès, Bellini insérera cet air dans l’opéra Norma, le sauvant d’un fiasco potentiel et consacrant sa renommée.
L’Empereur de Californie (L’imperatore della California) 1936 (Luis Trenker, Allemagne nazie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger)
Au début du XIXe siècle, Johann August Sutter, citoyen allemand d’origine suisse, émigre en Amérique du Nord pour des raisons politiques. S’installant dans les vallées autour de Sacramento, il fonde un ranch prospère. Cependant, la découverte d’or sur ses terres déclenche une ruée vers l’appropriation qui mènera à sa ruine.
L’Escadron blanc (Lo squadrone bianco) 1936 (Augusto Genina, Italie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Italien)
Un officier de cavalerie, déçu en amour, se porte volontaire pour les troupes italiennes de chameaux en Libye. La vie dans le désert est extrêmement dure, mais le jeune officier affronte chaque épreuve avec courage, prouvant sa valeur et étant témoin de la mort héroïque de son capitaine, choisissant finalement de rester fidèle à son devoir.
Un Carnet de Bal (Carnet di ballo) 1937 (Julien Duvivier, France)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger)
Une jeune veuve, Christine, redécouvre un vieux carnet de bal après seize ans. Cette découverte la pousse à retrouver ses différents partenaires de danse de l’époque pour savoir ce qu’ils sont devenus. Le voyage dans la mémoire la conduit à affronter le passé et à réaliser que les beaux moments passés ne peuvent revenir, la poussant à se consacrer au fils orphelin de l’homme qu’elle avait le plus aimé.
Scipion l’Africain : La Défaite d’Hannibal (Scipione l’africano) 1937 (Carmine Gallone, Italie)
(Lauréat du Mussolini Cup du Meilleur Film Italien)
Cette épopée historique relate les exploits de Publius Cornelius Scipio durant la Seconde Guerre punique. Après la désastreuse défaite romaine à Cannes face à Hannibal, le film narre la campagne militaire de Scipion en Afrique, culminant avec la victoire décisive des Romains à la bataille de Zama, marquant la fin de la puissance carthaginoise.
Olympia 1938 (Leni Riefenstahl, Allemagne nazie)
(Lauréat du Mussolini Cup du Meilleur Film Étranger)
Un documentaire monumental sur les Jeux olympiques de Berlin de 1936, divisé en deux parties : « Festival des Nations » et « Festival de la Beauté ». Le film, commandé par le régime nazi, célèbre l’événement sportif avec une esthétique imposante et innovante pour l’époque, mais est également imprégné d’éléments de propagande, exaltant l’idéal aryen et la puissance de l’Allemagne nazie. Il capture des images de masse du public, des personnalités présentes, dont Adolf Hitler, et des compétitions sportives.
Luciano Serra, pilote (Luciano Serra pilota) 1938 (Goffredo Alessandrini, Italie)
(Lauréat du Mussolini Cup du Meilleur Film Italien)
Luciano Serra, pilote héroïque de la Première Guerre mondiale, peine à s’adapter à la vie civile après la guerre et, par amour du vol, risque de perdre l’affection de sa famille. Abandonné par sa femme et cru mort dans un accident, il s’engage sous un faux nom pour la guerre d’Éthiopie. Là, il retrouve son fils, également pilote, et sauve sa vie en sacrifiant la sienne.
Cardinal Messias (Abuna Messias) 1939 (Goffredo Alessandrini, Italie)
(Lauréat du Mussolini Cup du Meilleur Film Italien)
Le film raconte la vie du cardinal Guglielmo Massaia, missionnaire et évangélisateur de l’Abyssinie (Éthiopie) au XIXe siècle. Arrivé seul en Afrique et sans soutien gouvernemental, Massaia, surnommé « Abuna Messias », forme une alliance avec le roi Ménélik mais doit faire face à l’hostilité d’Abuna Atanasio et de l’empereur, qui le contraignent finalement à abandonner sa mission.
Der Postmeister (Le Maître de poste) 1940 (Gustav Ucicky, Allemagne nazie)
(Lauréat du Mussolini Cup du Meilleur Film Étranger)
Adapté d’une nouvelle d’Alexander Pushkin, le film raconte l’histoire de Dunja, la belle fille d’un maître de poste naïf et attachant. La jeune fille tombe follement amoureuse du capitaine de cavalerie Minskij, qui la convainc de le suivre à Saint-Pétersbourg avec la promesse du mariage. Là, l’officier la déshonore, faisant d’elle une femme entretenue de la haute société. Son père dévasté part à sa recherche.
Le Siège de l’Alcazar (L’assedio dell’Alcazar) 1940 (Augusto Genina, Italie)
Film de propagande de guerre célébrant la résistance des forces nationalistes espagnoles assiégées dans l’Alcázar de Tolède pendant la guerre civile espagnole. L’œuvre exalte l’héroïsme et le sacrifice des défenseurs face aux forces républicaines.
Ohm Krüger (Oncle Krüger) 1941 (Hans Steinhoff, Allemagne nazie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger)
Film biographique de propagande anti-britannique qui raconte la vie de Paul Kruger, chef boer et président de la République sud-africaine, et sa lutte contre l’Empire britannique durant la Seconde Guerre des Boers. Le film dépeint les Britanniques comme impitoyables et duplicités, et les Boers comme des victimes héroïques.
Le Navire blanc (La nave bianca) 1941 (Roberto Rossellini, Italie)
Œuvre de propagande réalisée sous la supervision de la Marine royale italienne, le film raconte la vie à bord d’un navire de guerre italien lors d’une action navale. Après avoir été touché, l’équipage est secouru par un navire-hôpital (le « navire blanc »), où les blessés sont soignés par des infirmières dévouées de la Croix-Rouge, trouvant un peu de sérénité. Le film est considéré comme l’un des précurseurs du Néoréalisme.
Le Grand Roi (Der große König) 1942 (Veit Harlan, Allemagne nazie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Étranger)
Film historique monumental glorifiant la figure de Frédéric II de Prusse, connu sous le nom de Frédéric le Grand. Situé pendant la guerre de Sept Ans, le film dépeint le roi prussien comme un leader charismatique et un génie militaire, capable de mener son pays à la victoire contre des adversaires supérieurs, exaltant l’esprit de sacrifice et la discipline prussienne. Ce fut une importante production de propagande du Troisième Reich.
Bengasi 1942 (Augusto Genina, Italie)
(Lauréat de la Coupe Mussolini du Meilleur Film Italien)
Film de propagande de guerre situé pendant la campagne d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale. Il narre les événements de quelques civils et soldats italiens durant l’occupation britannique de Benghazi et la reconquête ultérieure par les forces italo-allemandes. Le film exalte l’héroïsme italien et la loyauté envers la patrie.
Grand Prix International de Venise
Le Sudiste 1946 (Jean Renoir, États-Unis)
(Lauréat du Prix du Jury des Journalistes)
Sam Tucker, un pauvre métayer du Texas, décide de cultiver seul une parcelle de terre négligée pour offrir un avenir meilleur à sa famille. Il affronte une année de combats difficiles contre la maladie, le mauvais temps (une inondation) et l’hostilité d’un voisin jaloux, luttant pour sa survie et le rêve d’une existence indépendante.
La Grève (Siréna) 1947 (Karel Steklý, Tchécoslovaquie)
(Lauréat du Grand Prix International de Venise)
Situé dans une ville minière bohémienne à la fin du XIXe siècle, le film, stylistiquement proche du néoréalisme italien, raconte l’histoire d’une grève des mineurs. La protestation, provoquée par de bas salaires et des conditions de vie misérables, est durement réprimée par la police, et une foule en colère attaque la demeure de l’industriel responsable.
Hamlet 1948 (Laurence Olivier, Royaume-Uni)
(Lauréat du Grand Prix International de Venise)
Une adaptation cinématographique de la célèbre tragédie de William Shakespeare. Le prince Hamlet du Danemark soupçonne que son père, le roi, a été assassiné par son frère Claudius, qui a usurpé le trône et épousé la veuve, Gertrude. Le fantôme du père apparaît à Hamlet, confirmant le crime et exigeant vengeance, déclenchant une spirale de folie (réelle ou feinte), d’intrigues et de mort.
Lion de Saint-Marc / Lion d’Or
Manon 1949 (Henri-Georges Clouzot, France)
(Lauréat du Lion de Saint-Marc)
Une adaptation libre du roman de l’Abbé Prévost Manon Lescaut, située pendant la Seconde Guerre mondiale. Robert Des Grieux, un résistant français, sauve Manon, une jeune femme accusée de collaboration avec les nazis. Une passion dévorante naît entre eux, les conduisant dans une fuite désespérée et une série de compromis, culminant dans un épilogue tragique dans le désert alors qu’ils tentent d’atteindre la Palestine.
Justice est faite (Justice est faite) 1950 (André Cayatte, France)
(Lauréat du Lion de Saint-Marc)
Le film explore le fonctionnement de la justice à travers le procès d’Elsa Lundenstein, accusée d’avoir euthanasié son mari en phase terminale. Le récit se concentre sur les délibérations du jury populaire, dont les membres sont influencés par leurs propres expériences de vie et préjugés personnels, menant à des interprétations divergentes des faits présentés et soulevant des questions morales complexes.
Rashomon 1951 (Akira Kurosawa, Japon)
(Lauréat du Lion de Saint-Marc)
Dans le Japon médiéval, un bûcheron, un moine et un roturier cherchent refuge d’une tempête sous la porte délabrée de Rashomon. Ils discutent d’un crime récent et déconcertant : le meurtre d’un samouraï et le viol de sa femme dans une forêt par un bandit notoire, Tajomaru. L’événement est raconté à travers quatre témoignages contradictoires : celui du bandit, de la femme, de l’esprit du samouraï (évoqué par un médium), et du bûcheron, qui prétend l’avoir secrètement observé. Le film explore la relativité de la vérité et la nature de la mémoire humaine.
Jeux interdits (Forbidden Games) 1952 (René Clément, France)
(Lauréat du Lion de Saint-Marc)
Lors de l’exode français de juin 1940, la petite Paulette, âgée de cinq ou six ans, perd ses parents et son chiot lors d’un raid aérien allemand. Traumatisée, elle est recueillie par une famille paysanne et noue une profonde amitié avec leur fils de dix ans, Michel. Ensemble, les deux enfants tentent de surmonter le deuil et la brutalité de la guerre en créant un cimetière secret pour animaux, un jeu innocent et macabre qui reflète le monde des adultes.
(1953 : Aucun Lion de Saint-Marc décerné)
Roméo et Juliette (Giulietta e Romeo) 1954 (Renato Castellani, Italie/Royaume-Uni)
(Lauréat du Lion d’Or)
Une adaptation cinématographique de la célèbre tragédie de William Shakespeare. Dans la Vérone de la Renaissance, les familles Montague et Capulet sont divisées par une haine ancestrale. Roméo Montague et Juliette Capulet tombent follement amoureux, mais leur passion est contrecarrée par la querelle familiale, les conduisant à un destin tragique. Le film est connu pour son approche réaliste et son tournage évocateur en lieux originaux.
Ordet (Le Mot) 1955 (Carl Theodor Dreyer, Danemark)
(Lauréat du Lion d’Or)
Situé dans la campagne danoise au début du XXe siècle, le film explore les thèmes de la foi, du doute et du miracle à travers les événements de la famille Borgen. Le patriarche Morten, ses trois fils – Mikkel, marié et athée ; Johannes, étudiant en théologie devenu fou qui croit être Jésus-Christ ; et le jeune Anders, amoureux de la fille d’un tailleur d’une autre confession religieuse – font face à une crise spirituelle et familiale qui culmine avec la mort et la possible résurrection d’Inger, l’épouse de Mikkel.
(1956 : Aucun Lion d’Or décerné)
Aparajito (L’Invaincu) 1957 (Satyajit Ray, Inde)
(Lauréat du Lion d’Or)
Le deuxième volet de la « Trilogie Apu », le film suit la croissance du jeune Apu. Après la mort de son père à Bénarès, Apu et sa mère Sarbajaya déménagent dans un village du Bengale. Apu excelle dans ses études et obtient une bourse pour aller à l’université de Calcutta. Son départ et son indépendance croissante causent une profonde tristesse à sa mère, qui se sent de plus en plus seule. Le film explore le conflit entre les aspirations individuelles et les liens familiaux.
Muhomatsu, l’homme à la pousse-pousse (Muhomatsu no issho) 1958 (Hiroshi Inagaki, Japon)
(Lauréat du Lion d’Or)
Situé dans le Japon du début du XXe siècle, le film raconte l’histoire de Matsugoro, un conducteur de pousse-pousse pauvre mais vif et généreux. Après avoir aidé un enfant blessé, Toshio, Matsu devient ami avec sa famille. Lorsque le père de Toshio meurt subitement, Matsu assume un rôle paternel pour le garçon et tombe secrètement amoureux de la mère veuve, Yoshiko, malgré la grande différence de classe sociale qui les sépare.
La Grande Guerre (The Great War) 1959 (Mario Monicelli, Italie/France)
(Lauréat du Lion d’Or ex æquo)
Durant la Première Guerre mondiale, en 1916, Roman Oreste Jacovacci et le Milanais Giovanni Busacca, deux soldats fuyards, rusés et fondamentalement lâches, tentent par tous les moyens d’éviter les dangers du front. Malgré leurs différences initiales et leurs querelles, les deux nouent une amitié improbable. Capturés par les Autrichiens lors de la retraite de Caporetto, ils seront confrontés à un choix extrême qui les conduira à un acte d’héroïsme inattendu.
Le Général Della Rovere (General Della Rovere) 1959 (Roberto Rossellini, Italie/France)
(Lauréat du Lion d’Or ex æquo)
Gênes, 1944, pendant l’occupation nazi-fasciste. Emanuele Bardone, un escroc se faisant passer pour le colonel Grimaldi, extorque de l’argent aux familles des prisonniers politiques en promettant des interventions. Découvert et arrêté par la Gestapo, il accepte de collaborer avec les nazis : il doit s’infiltrer dans la prison de San Vittore en se faisant passer pour le général Della Rovere, un chef de la Résistance récemment exécuté, afin d’extraire des informations des détenus politiques. Cette expérience le transformera profondément.
Le Passage du Rhin (Tomorrow Is My Turn) 1960 (André Cayatte, France/Italie/Allemagne de l’Ouest)
(Lauréat du Lion d’Or)
Durant la Seconde Guerre mondiale, après la défaite de la France en 1940, deux soldats français, le pâtissier Roger Perrin et le journaliste Jean Durrieu, sont faits prisonniers et envoyés comme travailleurs forcés dans une ferme allemande. Roger s’intègre à la vie rurale, partageant joies et peines des paysans, tandis que Jean séduit Helga, la fille du bourgmestre, espérant trouver un moyen de s’échapper et de revenir combattre. Le film explore différentes réactions humaines face à la captivité et à la guerre.
L’Année dernière à Marienbad (Last Year at Marienbad) 1961 (Alain Resnais, France/Italie)
(Lauréat du Lion d’Or)
Dans un hôtel baroque somptueux et labyrinthique, un homme (X) tente de convaincre une femme (A) qu’ils se sont rencontrés l’année précédente, peut-être à Marienbad, et ont eu une liaison, promettant de s’enfuir ensemble. Elle ne s’en souvient pas ou le nie. À travers des fragments de conversations, des souvenirs incertains et des situations énigmatiques, le film explore la nature du temps, de la mémoire et de la réalité, dans une structure narrative onirique et non linéaire.
Chronique familiale (Family Diary) 1962 (Valerio Zurlini, Italie)
(Lauréat du Lion d’Or ex æquo)
Adapté du roman autobiographique éponyme de Vasco Pratolini, le film raconte l’histoire de deux frères, Enrico et Lorenzo (Dino dans le film). À l’annonce de la mort prématurée de son frère cadet Lorenzo, Enrico, journaliste romain, se remémore leur passé : leur séparation durant l’enfance, Lorenzo élevé par sa grand-mère pauvre puis confié à un riche majordome, tandis qu’Enrico est resté avec sa grand-mère. Le film explore le lien fraternel complexe et parfois douloureux, marqué par la distance et une affection profonde mais non exprimée.
L’Enfance d’Ivan (Ivanovo detstvo) 1962 (Andrei Tarkovsky, Union soviétique)
(Lauréat du Lion d’Or ex æquo)
Durant la Seconde Guerre mondiale sur le front de l’Est, Ivan Bondarev, un garçon de douze ans dont les parents ont été tués par des soldats allemands, travaille comme éclaireur courageux pour l’Armée rouge, traversant les lignes ennemies à travers marais et rivières. Malgré les tentatives de certains officiers pour le protéger en l’envoyant à l’arrière, Ivan est consumé par un désir de vengeance et refuse d’abandonner le combat. Le film est une puissante dénonciation de la guerre et de la perte de l’innocence.
Les Mains sur la ville (Le mani sulla città) 1963 (Francesco Rosi, Italie)
(Lauréat du Lion d’Or)
Naples, début des années soixante. L’effondrement d’un immeuble dans un quartier ouvrier, causé par des travaux de construction spéculatifs, déclenche une enquête et un débat politique animé. Au centre de l’histoire se trouve Edoardo Nottola, un puissant entrepreneur en bâtiment et conseiller municipal de droite, qui manœuvre pour protéger ses intérêts et poursuivre ses affaires, naviguant entre corruption, intrigues politiques et cynisme. Le film est une dénonciation impitoyable de la spéculation immobilière et des liens entre pouvoir économique et pouvoir politique.
Le Désert rouge (Il deserto rosso) 1964 (Michelangelo Antonioni, Italie/France)
(Lauréat du Lion d’Or)
Giuliana, la jeune épouse d’un ingénieur industriel à Ravenne, traverse une profonde crise existentielle et un sentiment d’aliénation. Se remettant d’un accident de voiture qui l’a traumatisée, elle lutte pour trouver un sens à sa vie, entourée d’un paysage industriel froid et pollué qui semble refléter son malaise intérieur. Elle rencontre Corrado, un collègue de son mari, avec qui elle a une brève liaison, mais même cela ne parvient pas à combler son vide. Le premier film en couleur d’Antonioni, qui utilise la couleur de manière expressionniste.
Sandra des mille délices (Vaghe stelle dell’Orsa…) 1965 (Luchino Visconti, Italie)
(Lauréat du Lion d’Or)
Sandra (Claudia Cardinale) revient avec son mari américain Andrew dans sa ville natale, Volterra, pour une cérémonie en l’honneur de son père juif, un scientifique déporté et tué par les nazis. Le retour dans la maison familiale décadente réveille les fantômes du passé : la relation ambiguë et presque incestueuse avec son frère Gianni, un écrivain raté, les liens difficiles avec sa mère malade et son compagnon actuel, soupçonné d’avoir trahi son père. Des secrets non résolus et des tensions émergent, menant à un épilogue tragique.
La Bataille d’Alger (La battaglia di Algeri) 1966 (Gillo Pontecorvo, Algérie/Italie)
(Lauréat du Lion d’Or)
Le film reconstitue avec un style documentaire et un grand réalisme les événements cruciaux de la Bataille d’Alger (1954-1957) durant la guerre d’indépendance algérienne contre la domination française. Le récit suit l’ascension d’Ali La Pointe, un petit délinquant qui devient l’un des chefs du Front de Libération Nationale (FLN) dans la Casbah, ainsi que la répression impitoyable menée par les parachutistes français sous le commandement du colonel Mathieu. Le film explore la violence et les tactiques des deux camps.
Belle de Jour 1967 (Luis Buñuel, France/Italie)
(Lauréat du Lion d’Or)
Séverine Serizy, la jeune et belle épouse d’un chirurgien parisien à succès, Pierre, semble heureuse mais est intérieurement frigide et tourmentée par des fantasmes érotiques sadomasochistes. Insatisfaite de sa vie conjugale, elle décide secrètement de travailler le jour dans un bordel de luxe sous le pseudonyme de « Belle de Jour ». Cette double vie la confronte à des rencontres et situations risquées, brouillant de plus en plus la frontière entre réalité et fantasme.
Artistes sous le chapiteau : perplexes (Die Artisten in der Zirkuskuppel: ratlos) 1968 (Alexander Kluge, Allemagne de l’Ouest)
(Lauréat du Lion d’Or)
Leni Peickert, fille d’un artiste de cirque décédé tragiquement, hérite de son rêve de créer un cirque réformé et moderne, capable de rivaliser avec les nouvelles formes de divertissement comme la télévision. Elle fait face à des difficultés financières et conceptuelles pour réaliser ce projet utopique, qui reflète les contradictions et aspirations d’une époque de grands changements sociaux et culturels. Le film mêle fiction, documentaire et essai cinématographique.
(1969-1979 : Aucun Lion d’Or décerné en raison de la phase non compétitive du festival. Le festival n’a pas eu lieu en 1973, 1977, 1978)
Atlantic City, U.S.A. 1980 (Louis Malle, Canada/France)
(Lauréat ex æquo du Lion d’Or)
Lou Pascal, un petit gangster âgé qui survit par son astuce dans une Atlantic City en déclin, rêve encore de gloires passées. Sa vie s’entrelace avec celle de Sally Matthews, une jeune serveuse de casino aspirant à devenir croupière à succès en Europe. L’arrivée de l’ex-mari de Sally, impliqué dans un trafic de drogue mafieux volé, les entraîne tous deux dans une spirale de danger et de violence, offrant à Lou une dernière chance illusoire de grandeur.
Gloria 1980 (John Cassavetes, États-Unis)
(Lauréat ex æquo du Lion d’Or)
Gloria Swenson, ancienne compagne d’un chef de la mafia, se retrouve à devoir protéger Phil, un garçon portoricain de six ans, après que sa famille a été exterminée par la mafia. Le père du garçon, comptable pour l’organisation, lui a confié un registre compromettant avant de mourir. D’abord réticente, Gloria entreprend une fuite désespérée à travers New York avec Phil, poursuivie par des tueurs mafieux, se transformant en une figure maternelle dure et protectrice.
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