Francis Bacon : Vie et Œuvres

Table of Contents

Le Corps Hurlant

Vous vous réveillez à trois heures du matin avec votre cœur qui fait quelque chose de mal. Pas exactement de la douleur, mais une anomalie — une insistance musculaire contre laquelle on ne peut rien argumenter, qu’on ne peut pas raisonner, qu’on ne peut pas classer dans la catégorie des idées que vous avez sur vous-même. Le corps a simplement commencé à parler dans un registre qui contourne tout ce que vous pensez être. Vous restez là, allongé, et vous n’êtes pas une personne avec des opinions, des souvenirs et un nom. Vous êtes de la chair qui sait qu’elle est de la chair.

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C’est là où Francis Bacon a vécu. Pas comme une position philosophique. Pas comme un choix esthétique. Comme une adresse permanente.

Il y a un homme assis dans une boîte de verre, et quelque chose arrive à son visage. Ce n’est pas tout à fait un cri ni tout à fait une grimace — c’est ce que fait le visage lorsque le contrat social qui le maintient ensemble s’est momentanément effondré. La bouche s’ouvre d’une manière que les bouches ne sont pas censées ouvrir en public. La chair autour des yeux perd son architecture. Ce qui reste n’est pas une expression mais une exposition : le fait animal doux d’un être humain dépouillé de la performance qui rend les êtres humains supportables les uns aux autres. Vous avez vu cela. Pas dans une galerie. Vous avez vu cela dans un couloir d’hôpital à deux heures de l’après-midi, quand un médecin vient de dire quelque chose à une famille rassemblée près d’une porte, et l’un d’eux — celui le plus proche du mur — émet un son et une forme que personne ne photographie et que personne ne décrit ensuite parce qu’il n’existe pas de langage social pour cela. Bacon a trouvé le langage. Il se trouve qu’il est peint.

Les enjeux philosophiques ici ne sont pas mineurs. Maurice Merleau-Ponty a passé une grande partie de sa carrière — de manière la plus systématique dans la Phénoménologie de la perception, publiée en 1945 — à soutenir que la conscience n’est pas quelque chose qui se passe au-dessus du corps ou malgré lui, mais à travers lui, en lui, comme lui. Le corps n’est pas le véhicule du soi. Le corps est le soi, vibrant à une fréquence que la pensée peut rarement atteindre directement. Bacon a compris cela non pas par Merleau-Ponty, qu’il a peut-être lu ou non, mais par l’éducation particulière de sa propre chair : un asthme infantile si sévère qu’il a structuré toute sa vie précoce autour du fait d’un corps qui refusait sa transparence assignée, une sexualité criminalisée en Angleterre jusqu’en 1967 et qui faisait donc de son corps un objet légal de persécution, une relation à l’alcool, au jeu et au désir qui le maintenait en contact permanent avec l’animal peu fiable qu’il habitait.

Ce que Bacon a peint n’est pas le corps en crise comme une condition particulière. Il a peint le corps tel qu’il est toujours, sous le muscle de la convention sociale qui le maintient dans une forme reconnaissable. Gilles Deleuze, écrivant sur Bacon en 1981 dans son étude Francis Bacon : La Logique de la sensation, a fait une distinction qui va droit au but — la différence entre la figuration, qui illustre une histoire ou une idée, et la Figure, qui est ce qui reste lorsque l’illustration est dépouillée et que la sensation agit directement sur le système nerveux. La Figure n’est pas une personne. C’est une zone d’intensité. C’est ce que vous êtes à trois heures du matin quand votre cœur fait quelque chose d’anormal et que votre nom est devenu temporairement dénué de sens.

C’est pourquoi rencontrer son œuvre ne ressemble pas à une rencontre avec l’histoire de l’art. L’histoire de l’art est quelque chose qui se passe en plein jour, avec des catalogues, des déclarations curatoriales et l’architecture rassurante de la chronologie. Ce que Bacon a créé se situe dans une juridiction tout à fait différente — plus proche du moment avant l’arrivée du langage, quand quelque chose est arrivé au corps dont l’esprit n’a pas encore été informé.

L’identité, à ce moment-là, ne se dissout pas de manière dramatique. Elle révèle simplement qu’elle a toujours été plus fragile qu’annoncé. Et que la chair le savait depuis toujours.

The Mirror and the Rascal

The Mirror and the Rascal
Maintenant disponible

Film dramatique, de Valerio De Filippis, Italie, 2019.
Le miroir et le fripon est un film expérimental basé sur la tragédie "Richard III" de William Shakespeare. Il raconte le délire du pouvoir contemporain dans une réinterprétation d'auteur mêlant cinéma, art vidéo et musique. Le protagoniste, Richard duc de Gloucester, frère du roi Édouard IV, élimine par une longue série de crimes tous les obstacles qui se dressent entre lui et le trône d'Angleterre.

Valerio de Filippis, peintre reconnu qui suit depuis longtemps un chemin de recherche, explorant la relation entre lumière, corporealité et psyché. Le miroir et le fripon est l'équivalent cinématographique de la peinture de Valerio De Filippis, son style figuratif étant en effet très reconnaissable à la vue de ses tableaux. Mais le cinéma est une nouvelle voie où l'artiste peut aussi s'impliquer en tant qu'acteur et performeur, avec un mélange original entre jeu d'acteur et chant. Mettant en scène le côté sombre de l'âme humaine, le film est une interprétation surréaliste et troublante d'un grand classique. Le réalisateur déclare : « La première suggestion était musicale : je voulais transformer le texte de la tragédie de Shakespeare Richard III en notes. J'aime le cinéma et à un certain moment j'ai senti qu'il était temps de combiner la recherche sur l'image picturale à mon amour pour le cinéma et la musique. Quand le film est terminé, je réalise que je suis resté fidèle à la peinture : chaque plan du film me semble comme un tableau : la même lumière, les mêmes couleurs, la même atmosphère ». Le miroir et le fripon est une sorte de séance psychanalytique que le peintre réalise en se cachant derrière le masque de Richard III. Derrière ce personnage féroce et sans scrupules, on trouve un chemin d'auto-analyse de De Filippis, qui s'intéresse principalement aux aspects les plus violents et troubles. Un film expérimental dans lequel, avec un grand courage, l'auteur s'engage pleinement, fragmentant les images dans un montage non conventionnel, qui est à la fois un flux de conscience et un spectacle.

LANGUE : anglais
SOUS-TITRES : italien

Une vie bâtie sur les décombres

Il existe un type de personne qui apprend la forme du monde non pas par les livres ou les mentors, mais en en étant expulsé. Bacon avait seize ans lorsque son père le surprit en train d’essayer les vêtements de sa mère et décida que quoi que soit cette chose debout dans le couloir, elle ne resterait pas sous son toit. L’expulsion ne fut pas dramatique au sens cinématographique. Elle fut silencieuse, administrative, définitive. Une porte se ferma et ne se rouvrit pas. Ce qui suivit ne fut pas une histoire d’apprentissage. Ce fut quelque chose de plus brut et moins téléologique : une longue dérive à travers les marges de l’Europe du début du XXe siècle, un jeune homme traversant des espaces qui n’avaient pas de nom pour ce qu’il était.

Berlin à la fin des années 1920 était une ville qui avait temporairement suspendu certaines règles, non par générosité mais par épuisement. La République de Weimar fonctionnait à crédit, en temps et en argent, et dans cet intervalle d’effondrement, quelque chose ressemblant à la liberté existait dans les interstices. Bacon la traversa, observant. Puis Paris, où il rencontra l’œuvre de Picasso dans une galerie de la rue La Boétie en 1927, et quelque chose explosa silencieusement en lui. Il commença à faire des aquarelles et des dessins, puis des tapis et des meubles, les arts pratiques d’un homme qui ne s’était pas encore permis de croire qu’il pouvait peindre. Il était autodidacte au sens le plus absolu, ce qui signifie qu’il n’avait aucune institution pour le valider, aucune lignée à revendiquer, aucun maître à absorber puis éventuellement trahir. Il n’avait que la preuve de ce qu’il avait vu et de ce qu’il ne pouvait cesser de ressentir.

Michel Foucault, dans ses cours rassemblés sous le titre Abnormal, donnés au Collège de France entre 1974 et 1975, a retracé la généalogie de ce qu’il appelait le corps anormal, le corps que le pouvoir marque comme déviant précisément parce qu’il dépasse les catégories que le pouvoir exige pour fonctionner. Ce n’est pas une métaphore. C’est un mécanisme. Le corps qui ne se conforme pas à la grille normative du genre, de la productivité, de la lisibilité devient le corps qui doit être soit corrigé, soit expulsé. Le père de Bacon a effectué cette expulsion avec une efficacité bureaucratique. Ce que Foucault a compris, et ce que la biographie de Bacon confirme dans chaque détail, c’est que l’exclusion ne détruit pas l’exclu. Elle le transforme en témoin. La personne qui a été repoussée hors de la structure peut voir la structure dans son ensemble, peut en voir les articulations, la violence et l’arbitraire profond, d’une manière qu’aucun initié ne peut jamais percevoir.

Bacon est finalement retourné à Londres, comme les exilés reviennent souvent, non pas parce que la ville avait changé, mais parce que l’exilé avait besoin d’un point fixe autour duquel orbiter. Il a travaillé tout au long des années 1930 dans une quasi-obscurité, exposant quelques œuvres, détruisant la plupart, buvant beaucoup, jouant avec la dévotion méthodique de quelqu’un qui a décidé que la relation entre effort et récompense est une fiction qu’il ne prétendra pas croire. Il a été rejeté à plusieurs reprises, non seulement ignoré mais activement rejeté, ce qui est une chose différente. Le rejet exige d’être remarqué. Quelqu’un a regardé ce qu’il faisait et a décidé que cela ne méritait pas une attention sérieuse, et cette décision n’était pas seulement esthétique. C’était aussi une réaffirmation de la frontière qu’il avait déjà franchie une fois.

Les fractures se sont accumulées sans former de motif. Dublin, expulsion, Berlin, Paris, Londres, pauvreté, effacement, le travail lent et harassant d’un homme construisant un vocabulaire à partir de matériaux dont personne ne lui avait dit qu’ils étaient disponibles. Ce qui frappe, rétrospectivement, ce n’est pas qu’il ait survécu. La survie n’est pas remarquable. Ce qui frappe, c’est que les décombres sont devenus porteurs. Le déplacement n’a pas produit de nostalgie ni d’amertume dans son œuvre, du moins pas sous une forme reconnaissable. Il a produit autre chose : une suspicion radicale des surfaces, une conviction que sous chaque extérieur composé, quelque chose est comprimé, déformé et maintenu en place par la force.

Le Triptyque et le Procès

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Il y a un moment — vous l’avez vécu, même si vous ne pouvez pas le nommer — où vous vous tenez devant quelque chose et votre corps réagit avant votre esprit. Pas de compréhension, pas d’interprétation, mais un choc dans le sternum, une conscience soudaine de votre propre respiration. Quelque chose vous est arrivé avant que vous n’y consentiez.

C’est ce que c’était que de se tenir devant Trois études de figures au pied d’une crucifixion lorsqu’il fut exposé pour la première fois à Londres en avril 1945. La guerre n’était pas encore terminée. Les gens arrivaient des rues qui portaient encore l’odeur des décombres. Et là, ils étaient : trois organismes sur des fonds orange, ni humains ni animaux, avec des cous qui s’étiraient comme des accusations et des bouches qui s’ouvraient sur le néant — ni parole, ni cri, ni silence, mais quelque chose de préalable à ces trois états. Plusieurs visiteurs rapportèrent un malaise physique. Un critique décrivit l’expérience comme une agression. Ils n’avaient pas tort. Les peintures n’invitaient pas à la contemplation. Elles incarnaient quelque chose.

Pensez à une femme assise dans une salle d’audience, regardant un homme jugé qui fut autrefois son mari, et soudain — pas au moment où la sentence est prononcée, pas lorsque les preuves sont présentées, mais à un instant aléatoire, neutre — remarquant la forme de son oreille, la manière spécifique dont son cou rejoint son col, et ressentant quelque chose s’effondrer en elle qu’elle ne peut nommer ni comme chagrin ni comme soulagement. Le corps sait avant que le langage n’arrive. Les figures de Bacon opèrent dans ce même registre pré-linguistique. Elles ne sont pas des symboles de la souffrance. Elles sont la souffrance rendue comme organisme, comme nerf, comme la connaissance déraisonnable du corps de lui-même.

Les papes hurlants des années 1950 intensifièrent cette logique. La figure — dérivée d’un portrait de Velázquez que Bacon, de son propre aveu, n’a jamais vu en original et qu’il craignait presque de voir — est enfermée dans ce qui semble être une boîte de verre, ou peut-être un rideau d’obscurité, hurlant dans un vide qui n’offre aucun écho. Ce qui rend ces peintures insupportables n’est pas le cri lui-même mais sa futilité. La bouche s’ouvre en exposition maximale et rien ne parvient nulle part. Pensez à un homme debout dans un couloir, venant de recevoir une nouvelle qui le détruit, et le couloir est vide, et il comprend pour la première fois ce que signifie ne pas avoir de témoin. Ne pas être seul, mais voir l’acte de souffrir devenir purement privé, scellé à l’intérieur du verre.

Gilles Deleuze, écrivant sur Bacon en 1981, donna à cette expérience un nom philosophique précis. Il soutint que Bacon n’était pas un peintre figuratif — pas quelqu’un qui représente des êtres humains — mais un peintre de ce qu’il appelait la Figure : la sensation rendue visible, le système nerveux mis en forme. La représentation, dans le cadre deleuzien, passe par le cerveau, se déploie à travers le récit, la ressemblance et la reconnaissance. La sensation contourne tout cela. Elle va directement de la peinture au système nerveux, du pigment à la terminaison nerveuse, sans demander la permission au sens. Le pape hurlant ne signifie pas l’angoisse. Il est l’angoisse, transmise à une fréquence qui précède l’interprétation. C’est pourquoi se tenir devant ces œuvres ressemble moins à regarder de l’art qu’à être impliqué dans quelque chose.

Au moment des grands triptyques des années 1970 — ceux peints dans le sillage de la mort de George Dyer, ceux qui tentent, échouent et tentent encore de localiser une personne qui n’est plus là — la logique est devenue presque insupportable dans sa précision. Trois panneaux, car aucun cadre unique ne peut le contenir. La figure déformée, la chair déplacée hors de son propre contour, l’ombre plus présente que le corps qui la projette. On ne regarde pas ces peintures en pensant à la perte. On ressent le poids spécifique d’un corps dans une pièce qui n’a pas encore compris qu’elle est vide, le délai entre l’événement et la compréhension que Bacon semblait percevoir comme le seul lieu honnête d’où commencer.

Ce que le Cri ne Peut Dire

Il y a un moment où la bouche s’ouvre et rien d’utile ne sort. Ni silence, ni parole — quelque chose avant les deux. Vous l’avez vu, peut-être ressenti : la mâchoire tombe, la gorge se contracte, et ce qui allait être dit se dissout en un son qui n’appartient à aucune langue, ne porte aucun argument, ne revendique rien que la civilisation puisse traiter. Ce n’est pas un échec de la communication. C’est la communication atteignant son mur extérieur et découvrant que ce mur est fait de chair.

Elaine Scarry, dans son étude de 1985 sur la douleur et sa relation au langage, a soutenu quelque chose que la plupart des gens pressentent mais ne peuvent articuler : que la sensation physique extrême ne produit pas d’expression, elle la détruit. La douleur, écrivait-elle, n’a aucun contenu référentiel. Elle ne pointe pas vers l’extérieur, vers le monde, comme la faim pointe vers la nourriture ou le désir vers son objet. Elle est, dans sa formulation précise, « destructrice de langage ». La personne en agonie régresse — non pas métaphoriquement mais structurellement — vers un état pré-linguistique, vers un mode d’être dans le corps qui précède tout le projet de création de sens. Le cri n’est pas ce que la douleur dit. Le cri est ce qui arrive quand la douleur a dévoré tout ce qui pouvait être dit.

Bacon a compris cela avant même de pouvoir lire Scarry. Il est revenu obsessionnellement, à travers les décennies, à une seule image : une bouche ouverte, figée au moment de l’ouverture maximale, placée dans, sous ou à la place d’un visage. La bouche qui réapparaît sans cesse dans ses réinterprétations du portrait du pape Innocent X de Velázquez ne crie pas quelque chose. Elle ne proteste pas contre une injustice ni n’exprime un chagrin qui pourrait éventuellement se résoudre en récit. Le violet, le noir et l’or que Bacon a déversés autour de ce trône papal, l’étalement des contours de la figure jusqu’à ce que le corps semble se dissoudre sous la pression intérieure — tout cela encadre une bouche qui a dépassé la portée de la doctrine, de l’autorité, de la dignité, du rôle. Les vêtements du pape ne signifient rien pour cette bouche. Les siècles de langage théologique, le poids latin du christianisme institutionnel, tout l’appareil symbolique du pouvoir terrestre vêtu de tissus sacrés — tout cela devient hors de propos au moment où la mâchoire tombe aussi bas.

Il y a une femme qui regarde son fils être emmené quelque part d’où il ne reviendra pas. Elle se tient à une fenêtre, et son visage traverse toutes les expressions humaines en l’espace de trois secondes avant de se fixer sur quelque chose qui n’est plus une expression du tout — un masque fait d’absence, un visage qui a cessé d’être un visage et est devenu une surface sur laquelle s’inscrit quelque chose de terrible. Lorsqu’elle finit par ouvrir la bouche, ce qui en sort n’est pas un mot, ni un cri dans une langue choisie par quelqu’un. C’est le son que décrit Scarry. C’est la peinture de Bacon sous forme acoustique.

Et puis il y a un homme dans un couloir, seul, qui vient de comprendre quelque chose qu’il ne peut plus décomprendre. Il s’assoit. Il respire. La caméra — la vie, la mémoire, peu importe comment vous appelez cette chose qui nous enregistre — reste braquée sur lui plus longtemps que ce qui est confortable. Rien ne se passe au sens théâtral. Mais son corps se réorganise autour d’un savoir que le langage ne peut métaboliser, et le processus est visible dans la façon dont ses épaules se replient vers l’intérieur, la façon dont ses mains perdent leur but, la façon dont son visage devient le lieu d’une catastrophe privée qui ne sera jamais entièrement traduisible en mots.

C’est cela que Bacon peignait. Pas le moment du cri. La condition épistémologique du cri — ce que cela signifie qu’un système nerveux humain, poussé au-delà d’un certain seuil, cesse de produire du sens et commence à produire un signal pur. La bouche hurlante dans ces images papales n’est pas du mélodrame, ni un excès théâtral. C’est une affirmation philosophique sur les limites de la capacité de l’animal humain à convertir l’expérience en langage, et ce qui reste lorsque cette capacité échoue.

Chair, Viande et le Sacré

Il y a un moment dans toute boucherie — pas le meuble aseptisé du supermarché avec sa géométrie sous film plastique, mais une vraie, avec de la sciure sur le sol et un froid qui porte l’odeur du fer — où vous sentez quelque chose changer dans votre poitrine. Pas tout à fait de la nausée. Quelque chose de plus ancien. La carcasse suspendue attire votre regard et pendant une fraction de seconde, avant que la pensée n’intervienne et ne rétablisse les catégories appropriées, vous voyez quelque chose que vous n’êtes pas censé voir. La viande vous regarde. Ou plutôt, la viande ressemble à quelque chose qui regardait autrefois. La peau, la graisse, l’architecture intérieure exposée — c’est trop familier, et cette familiarité est le problème.

Bacon n’a jamais résolu ce sentiment. Il l’a cultivé, délibérément, à travers des décennies de travail. Il parlait sans détour de se tenir dans une boucherie et de ne percevoir aucune distinction catégorique entre l’animal écorché sur le crochet et une figure sur une croix. Pas comme provocation, pas comme blasphème pour l’effet, mais comme une simple observation sur ce qu’est la chair lorsque l’on retire les histoires qui s’y superposent. La croix, après tout, est un instrument d’abattoir. Le corps du Christ est une carcasse rendue sacrée. Bacon refusait simplement la hiérarchie qui sépare ces deux propositions.

Georges Bataille a consacré une grande partie de sa vie intellectuelle à cartographier précisément ce territoire. Son concept de matérialisme de base, développé à la fin des années 1920 et au début des années 1930 dans la revue Documents, insiste sur le fait que la civilisation occidentale s’organise autour de la suppression violente de certaines rencontres avec la matière — une matière qui refuse d’être élevée, qui ramène la pensée dans le biologique, le putride, l’indifférencié. Ce que Bataille appelait l’informe, le sans-forme, n’est pas simplement la laideur. C’est une menace structurelle pour les systèmes de sens que la culture érige pour rendre la vie supportable et organisée. L’abattoir, dont il a directement parlé dans son essai de 1929 sur l’abattoir, n’est pas simplement un lieu de mise à mort. C’est un lieu que la civilisation doit cacher parce qu’il révèle ce dont nous sommes faits et ce que la transformation des animaux en nourriture exige réellement. Nous mangeons le produit et effaçons le processus. Bacon peint le processus.

Son tableau de 1945 — le parapluie sombre, la silhouette en costume, la carcasse suspendue comme un retable grotesque en arrière-plan — fusionne le bureaucratique et le sacrificiel en une seule image sans échappatoire. L’homme en costume n’est pas horrifié. Il est simplement présent, comme nous le sommes devant un écran, devant une réunion, devant un repas. La carcasse n’envahit pas son monde. C’est son monde. Ce qui rend l’image insupportable n’est pas la viande. C’est l’absence du recul attendu.

Ce que Bacon a compris, et ce que Bataille a théorisé sous un angle différent, c’est que le sacré et l’abject ne sont pas des opposés disposés sur un spectre moral. Ils sont structurellement identiques. Tous deux marquent une rupture dans la surface ordinaire des choses. Tous deux produisent la même réaction physique involontaire — la respiration retenue, le léger recul du corps, la reconnaissance de quelque chose qui dépasse le cadre que vous aviez préparé. L’Église le sait. Elle l’a toujours su. L’Eucharistie est une consommation rituelle d’un corps. La blessure du martyr est exposée, non dissimulée. L’art religieux est saturé de chair déchirée, de sang rendu dans un détail affectueux, du percé et du brisé élevés à une contemplation prolongée. Le sacré a toujours été construit sur l’abject. Il suffit que vous ne le remarquiez pas.

Bacon a remarqué, et a peint cette remarque. Il a dépouillé le doré du retable et laissé la viande. Il n’a pas remplacé un sens par un autre. Il vous a simplement montré ce qui était là avant que le sens n’arrive, et a demandé, avec une curiosité sincère plutôt qu’avec cruauté, si le sens avait jamais vraiment changé quoi que ce soit.

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L’Atelier comme Scène de Crime

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Quand ils ont ouvert la porte après sa mort en 1992, le premier réflexe de tous ceux qui l’ont vu n’était pas l’émerveillement. C’était quelque chose de plus proche de la sensation que l’on éprouve en entrant dans une pièce où quelque chose s’est passé — où l’air garde encore la forme d’un événement que vous êtes arrivé trop tard pour voir. Le sol était enfoui sous des décennies de couches de peinture, un registre géologique de chaque éclaboussure, accident et correction qui n’a jamais été corrigée. Des photographies étaient épinglées aux murs, puis arrachées et réépinglées ailleurs, des images de bouches, de colonnes vertébrales et de mouvements d’animaux extraites de manuels médicaux, d’études de Muybridge et de coupures de journaux, toutes froissées et maculées de pigment comme si les images elles-mêmes avaient été retravaillées, manipulées jusqu’à l’usure. Des pinceaux obstrués de peinture sèche. Des miroirs inclinés de manière incompréhensible. La poussière accumulée pendant des décennies en une substance avec sa propre texture, sa propre couleur. L’atelier de Reece Mews à South Kensington n’était pas un espace de travail. C’était une preuve.

L’intégralité de cette pièce — chaque bout de papier, chaque toile craquelée, chaque tube de peinture plié — a été cataloguée et physiquement déplacée à la Hugh Lane Gallery de Dublin, où elle a été reconstruite avec une précision médico-légale. Sept mille objets individuels. Le projet a duré des années et a produit une sorte d’archive qui fonctionne moins comme une exposition muséale que comme une scène de crime préservée pour examen. Ce qui est exactement le cadre approprié, car ce que l’atelier révèle, si on le regarde sans la mythologie qui tend à s’accumuler autour des grands artistes comme la peinture s’accumulait sur le sol de Bacon, c’est que la création de ces images avait presque rien à voir avec une vision contrôlée. Elle avait tout à voir avec la gestion du chaos, la volonté de laisser un accident en place, le refus de résoudre ce qui restait productivement non résolu.

Walter Benjamin a écrit sur l’image dialectique comme un moment où le passé et le présent entrent en collision dans un éclair — non pas une continuité fluide mais une rupture, une cristallisation soudaine qui rend visible quelque chose qui était auparavant caché dans le flux du temps. Ce que l’atelier de Bacon rend visible, debout dans ce chaos reconstruit, c’est la rupture au cœur de la manière dont tout travail sérieux est réellement produit. Le mythe du génie artistique est un mythe de la maîtrise : l’artiste comme quelqu’un qui voit clairement et exécute précisément, dont la main obéit à la vision, dont la vision obéit à un ordre supérieur. L’atelier de Reece Mews est la réfutation physique de cette histoire. Chaque surface en est la preuve que l’œuvre a émergé d’un processus incluant l’échec, l’accident, l’indécision, et le résidu accumulé d’images qui signifiaient quelque chose sans que personne ne sache vraiment ce qu’elles signifiaient ni pourquoi elles étaient sans cesse réépinglées sur différents murs.

Bacon était explicite à ce sujet. Il parlait à plusieurs reprises du rôle de ce qu’il appelait l’accident — non pas comme une perturbation romantique de l’intention, mais comme le mécanisme réel par lequel quelque chose de véritable entrait dans la toile. On jette de la peinture. On la laisse tomber quelque part où on ne l’avait pas prévu. Puis on travaille avec ce que l’accident vous a donné plutôt que de le corriger pour revenir à ce que vous aviez initialement prévu. L’image qui en résulte porte quelque chose que l’exécution délibérée ne pourrait jamais produire, car l’exécution délibérée ne livre jamais que ce que vous saviez déjà.

C’est ce que le studio de Reece Mews rend impossible à ignorer. Les photographies épinglées et réépinglées sur ces murs n’étaient pas des références au sens où un architecte consulte un plan. Elles étaient des provocations, des collisions, du matériel pour un processus qui ressemblait plus à un rêve sous pression qu’à l’application d’une compétence. Les sept mille objets catalogués à Dublin ne sont pas les outils d’une vision contrôlée.

L’intimité comme destruction

George Dyer est entré dans la vie de Bacon par une fenêtre brisée — un cambriolage raté, une rencontre fortuite dans l’obscurité du studio, puis des années de relation qui se termineront par la mort de Dyer d’une overdose dans la salle de bains d’un hôtel parisien, deux nuits avant le vernissage de la rétrospective de Bacon au Grand Palais en 1971. Bacon l’a peint avant et après, l’a peint comme si l’acte de regarder pouvait d’une certaine manière maintenir ensemble ce qui était déjà en train de se défaire. Les portraits de Dyer montrent un homme replié sur lui-même, son corps un lieu de pression impossible, son visage glissant hors de son propre centre comme si le crâne en dessous migrerait vers une autre configuration. Regarder ces peintures, c’est comprendre que Bacon ne commémorait pas Dyer. Il le consumait.

Roland Barthes écrivait en 1977 que le discours de l’amant est fondamentalement un discours de catastrophe — que voir véritablement une autre personne, c’est exercer sur elle une sorte d’annihilation, car l’acte de voir n’est jamais neutre, jamais sans appétit. Le regard réorganise ce qu’il touche. Et ce que le regard de Bacon touchait, il le réorganisait avec une férocité presque chirurgicale, dépouillant la surface sociale d’un visage jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelque chose de pré-linguistique, quelque chose qui existait avant que la personne ait appris à se performer pour les autres. Isabel Rawsthorne apparaît dans son œuvre avec son visage compressé et multiplié, comme si plusieurs instants de son expression avaient été condensés en un moment impossible. Elle est à la fois complètement présente et complètement illisible.

C’est le paradoxe que Barthes explorait lorsqu’il décrivait l’amour comme un régime d’images — l’être aimé devient une série de projections, chacune plus insistante que la précédente, jusqu’à ce que la personne réelle disparaisse dans l’accumulation de l’urgence avec laquelle elle est perçue. Les portraits de Bacon matérialisent cette violence. Ils ne sont pas des distorsions au sens péjoratif. Ce sont des témoignages honnêtes du prix à payer pour être regardé par quelqu’un qui refuse de détourner les yeux. Lucian Freud, qui posa pour Bacon et qui peignit Bacon en retour à travers des décennies d’amitié chargée et compétitive, comprenait cette réciprocité. Chacun des deux hommes essayait de voir à travers le visage de l’autre ce qui se cachait en dessous. Aucun n’y parvint entièrement, ce qui explique peut-être pourquoi ils restèrent si longtemps indispensables l’un à l’autre.

Les visages dans ces portraits ne sollicitent pas la sympathie. Ils habitent leur propre destruction avec une sorte de dignité qui rend la sentimentalité impossible. Ce n’est pas ainsi que les peintres traitent traditionnellement le deuil ou l’amour. Un hommage adoucit. Un mémorial flatte. Bacon ne fait ni l’un ni l’autre. Il prend le visage qu’il aime et le presse jusqu’à ce qu’il révèle quelque chose que le visage lui-même n’aurait pas pu vous dire — quelque chose sur la structure du besoin, l’architecture de la dépendance, la manière dont la proximité d’une autre personne use vos contours jusqu’à ce que vous ne soyez plus tout à fait sûr où vous finissez et où elle commence.

Barthes appelait cette condition le « ravissement » — le ravissement, la saisie — et il entendait cela comme quelque chose de plus proche de l’enlèvement que du plaisir. Vous êtes arraché à vous-même par le fait de l’autre personne. Bacon semble avoir vécu cela comme une vérité physique, non métaphorique. Les corps dans ses peintures se pressent les uns contre les autres et contre les limites de leur propre peau avec l’urgence de personnes qui ne peuvent supporter la séparation et ne peuvent survivre à la proximité. Ils sont pris dans l’instant précis où l’intimité devient indiscernable de la dissolution.

Ce que Bacon comprenait, et ce qui rend ces portraits presque insupportables à revoir, c’est que peindre quelqu’un qu’on aime, c’est admettre qu’on l’a déjà regardé avec plus d’honnêteté qu’il n’a jamais consenti. La peinture est la preuve. Elle n’enregistre pas l’être aimé, mais l’acte de regard — qui est toujours, en un certain sens, un acte de transgression.

La Figure Insoluble

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Il est mort à Madrid en avril 1992, dans une ville qui n’était pas la sienne, ce qui semble d’une certaine manière approprié. Un homme qui a passé toute sa vie à refuser d’appartenir à un lieu — à une école, à un mouvement, à une interprétation confortable — devait finir quelque part en périphérie de son propre mythe. Il a laissé plus de cinq cents œuvres et un atelier si chaotiquement superposé de peinture, photographies, poussière et débris accumulés qu’il a fallu le démonter et le reconstruire intégralement à l’intérieur d’un musée à Dublin, préservé comme un artefact en soi. Le désordre n’était pas accessoire. Il était la condition même de la production. On ne peut pas séparer les peintures de l’environnement qui les a générées, pas plus qu’on ne peut séparer une blessure du corps qui la porte.

Maurice Merleau-Ponty soutenait, dans le manuscrit inachevé publié à titre posthume sous le titre Le Visible et l’Invisible en 1968, que le corps n’est pas un objet que nous habitons mais le médium même par lequel le monde et le soi deviennent lisibles l’un pour l’autre. La perception, pour Merleau-Ponty, n’est jamais pure ni désincarnée. Elle est toujours déjà enchevêtrée, toujours déjà prise dans ce qu’il appelait le chiasme — le croisement entre le touchant et le touché, le voyant et le vu. Nous ne regardons pas le monde depuis l’extérieur. Nous y sommes pliés, et il est plié en nous. C’est précisément pourquoi les figures de Bacon ne peuvent être domestiquées par l’interprétation. Elles ne s’offrent pas à un regard qui se tiendrait en sécurité à distance. Elles tendent la main en retour. Elles impliquent le corps du spectateur dans quelque chose qui n’a pas de nom confortable.

Chaque cadre théorique construit pour contenir Bacon a fini par montrer ses coutures. La lecture existentialiste — Bacon en philosophe de l’absurde, du désespoir d’après-guerre — aplatit l’excès sensoriel en une idée. La lecture formaliste — Bacon en innovateur technique, maître de l’impasto et de la distorsion — évacue la chair et ne laisse que l’artisanat. Même la lecture psychobiographique, qui retrace chaque pape hurlant et amant contorsionné jusqu’à son enfance dans le comté de Kildare, son père alcoolique, ses années de violence et de soumission érotique, réduit les peintures à des symptômes, comme si comprendre la cause pouvait neutraliser l’effet. Aucun de ces cadres ne survit à un contact prolongé avec les toiles elles-mêmes. Restez assez longtemps devant une œuvre et la lecture se dissout. Ce qui demeure, c’est la sensation.

Il y a un moment particulier — vous en avez peut-être fait l’expérience — lorsque vous regardez quelqu’un se déplacer dans une pièce familière, quelqu’un que vous connaissez bien, et qu’en une fraction de seconde cette personne vous devient étrangère. Pas menaçante, pas exactement inconnue, mais soudainement dépourvue de la catégorie dans laquelle vous l’aviez placée. Le corps visible devant vous dépasse ce que vous en savez. Bacon a peint ce moment, encore et encore, pendant près d’un demi-siècle. La figure sur le lit, l’homme dans la cabine de verre, les amants fusionnés en une masse unique de rose et d’ocre — ils sont tous pris dans cette fraction de seconde où le corps refuse d’être seulement ce qu’il signifie.

Merleau-Ponty écrivait que le visible n’est pas une quantité positive mais un pli de l’être, un lieu où la chair du monde et la chair du spectateur se touchent brièvement puis se séparent à nouveau, laissant une trace qui n’appartient entièrement à aucun des deux. Les peintures de Bacon sont ce pli. Elles n’illustrent ni la souffrance, ni le désir, ni la mortalité. Elles sont la texture de ces choses, arrivées avant que tout mot ne soit prêt à les recevoir.

Et c’est là la question que son œuvre laisse en vous, non pas dans votre esprit mais quelque part plus bas, quelque part sans adresse anatomique précise : que faites-vous d’une sensation qui est venue avant que vous ne soyez prêt pour elle, qu’aucun cadre n’a encore absorbée, qui est encore dans votre corps maintenant, pressant doucement contre l’intérieur de ce que vous pensez être ?

🎨 Peinture, Chair et l’Abîme de l’Existence

Les figures brutes et déformées de Francis Bacon le placent à l’intersection de l’histoire de l’art, de la philosophie existentielle et de la réinvention radicale de l’image humaine. Pour saisir pleinement la profondeur de sa vision, il est utile d’explorer les courants plus larges de l’art et de la pensée qui entouraient et façonnaient sa pratique singulière.

Caravaggio : Vie et Œuvres

Comme Bacon, Caravaggio était un peintre des extrêmes qui utilisait le corps humain comme un lieu d’intensité psychologique et spirituelle brute. Son usage dramatique du clair-obscur et son réalisme sans concession annoncent la charge émotionnelle viscérale qui définirait les toiles de Bacon des siècles plus tard. Étudier la vie et les œuvres de Caravaggio éclaire une longue tradition picturale qui refuse de détourner le regard de l’obscurité.

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Henri Matisse : Vie et Œuvres

Henri Matisse offre un contrepoint saisissant à Bacon, poursuivant la joie et la libération à travers la couleur et la forme tout en partageant la même urgence moderniste de refaçonner le langage de la peinture. Comprendre la trajectoire de Matisse révèle comment les artistes du XXe siècle ont lutté avec la figuration, l’abstraction et les limites expressives de la surface peinte. Ensemble, Bacon et Matisse définissent les pôles jumeaux du spectre émotionnel de la peinture moderne.

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Albert Camus : Vie et Pensée Philosophique

Albert Camus et Francis Bacon étaient presque contemporains et ont affronté le même paysage européen d’après-guerre, marqué par l’angoisse existentielle et la désorientation morale. La philosophie de l’absurde de Camus, qui insiste sur le fait de vivre pleinement face au non-sens, résonne profondément avec les papes hurlants et les figures tremblantes de Bacon, prisonnières d’espaces anonymes. Explorer la pensée de Camus enrichit le cadre philosophique à travers lequel l’art de Bacon peut être compris.

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Vanités dans l’Art : Symbolisme et Signification

La tradition des vanités dans l’art — avec ses méditations sur la décomposition, la mortalité et la nature éphémère de la chair — forme un arrière-plan historique crucial à l’obsession de Bacon pour la vulnérabilité et l’impermanence du corps. Des natures mortes baroques aux images memento mori, ce langage symbolique imprègne l’art occidental et trouve un écho brutal et moderne dans les formes décomposées et les figures carnées de Bacon. Cet article retrace la longue ombre que le thème des vanités projette à travers l’histoire de l’art.

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Silvana Porreca

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